
L’honneur des capitaines
Le psychodrame à la française autour de la burqa finit par lasser jusqu’aux 32 membres de la commission parlementaire instituée pour réfléchir à cet épiphénomène. Coprésident – avec le communiste André Gérin – de ladite commission, Eric Raoult a fait savoir, en termes plus délicats, qu’il était temps que tout ça se termine et que la comédie commençait à incommoder jusqu’aux députés de province. Au bout de six mois de travaux et de deux cents auditions, comme on pouvait s’y attendre, la montagne accouche d’une souris, que les commentateurs autorisés appellent « un consensus a minima », adopté à une voix seulement de majorité. C’est pourtant à qui s’est montré le plus déterminé et le plus coup de menton, jusqu’à ce que Michelle Alliot-Marie siffle la fin de la récréation en faisant remarquer qu’il serait dangereux de voter une loi qu’on ne serait pas en mesure d’appliquer. On devrait donc commencer par voter solennellement, au printemps, une résolution affirmant que « C’est toute la France qui dit non au voile intégral ». Mais que se passera-t-il si toute la banlieue lui dit oui ? Pour l’instant, nos Belphégor ne sortent guère de leurs quartiers, où elles sont parfaitement tolérées. Entre une « sœur » musulmane et Eric Raoult, on a tout lieu de croire que les néo-Français de La Courneuve et des Minguettes auront vite choisi. Quant aux actes, il est prévu d’interdire le port du voile intégral dans les services publics et les transports en commun. Pourquoi pas les cabines de photomaton? Quel chauffeur de bus refusera-t-il de laisser monter une femme masquée à bord de son véhicule, en plein quartier immigré? Quel contrôleur de métro lui courra-t-il après pour l’empêcher de glisser son ticket de métro dans le composteur ? Je ne trouve même pas cette loi saugrenue, mais indécente. A l’heure où Nicolas Sarkozy veut imposer la discrimination positive aux grandes écoles contre la plus élémentaire équité, où son ministre de l’identité nationale définit la France comme un conglomérat de peuples métissés et envisage d’accorder le droit de vote aux immigrés aux élections locales, cette démonstration de fermeté à l’égard de 1 900 musulmanes doit convaincre les Français que la droite sait taper sur la table pour faire respecter ses valeurs, ou plutôt celles de la République. L’indécence est pourtant ailleurs. Début janvier, trois soldats français, deux sous-officiers et un capitaine, ont été tués en Afghanistan. On nous assure que le contingent qui est présent là-bas se bat pour que les Afghans et les Afghanes puissent jouir des Droits de l’homme – dont, selon toute apparence, un certain nombre d’entre eux ne veulent pas. Et l’on nous a présenté le port de la burqa comme le symbole même de l’asservissement de la femme afghane. Mais tandis que les soldats français se font tuer à l’autre bout du monde, nos parlementaires évitent de voter une loi interdisant à 1900 gamines, dont bon nombre de françaises converties, de porter la burqa dans les quartiers de banlieue, parce qu’une telle décision serait impossible à faire respecter. Encore faudra-t-il se réjouir si cette pantalonnade n’encourage pas d’autres candidates à porter une tenue devenue, à leurs yeux, emblématique de la résistance de la musulmane à l’intolérance de la société française. Tandis que des pères de famille français se font tuer sous l’uniforme, l’Etat français loge à l’hôtel, pour une semaine, soixante clandestins afghans qui trouvent plus confortable de défier nos lois à Paris que de servir leur propre pays.
On dit que le ridicule ne tue pas. En Afghanistan, si.