Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 16:50

Nicolas Sarkozy vouait naguère Dominique de Villepin à la pendaison à un croc de boucher. Ironie du sort, c’est lui qui se trouve, aujourd’hui, pendu au « croc de boucher » de la justice. En demeurant partie civile dans l’affaire Clearstream après son élection à la présidence de la République, il a commis une grave erreur.

 Erreur, en premier lieu, par rapport à la fonction qu’il incarne et dont l’actuel chef de l’Etat n’a jamais mesuré l’exigence, en termes de prestige et de solennité. Quoi qu’on en ait, et quelle que soit l’incongruité de cette usurpation, le président de la République française, surtout sous la Vème du nom, apparaît comme l’héritier des rois de France. « Le roi de France ne vengera pas les offenses faites au duc d’Orléans », disait Louis XII après son sacre. Nicolas Sarkozy n’a pas compris – ou pas voulu comprendre – la force et la sagesse de cette règle de conduite politique.

Lui, qui n’a eu de cesse d’apparaître comme un artisan d’unité en affectant de rassembler autour de sa personne des personnalités débauchées de la gauche aux côtés de ministres issus de sa majorité, a montré qu’en dépit des apparences qu’il veut donner, il reste incapable de se situer au-dessus de la mêlée et du niveau ordinaire de la politichiennerie.

 Cette première erreur en a provoqué une seconde. La relaxe de Villepin est un camouflet qui l’atteint directement. Si Sarkozy ne s’était pas constitué partie civile, s’il n’avait pas, depuis New-York, anticipé la décision du juge en se prononçant publiquement sur la culpabilité de l’accusé Villepin, la décision du Parquet de faire appel de la relaxe de l’ancien premier ministre semblerait peut-être moins commandée par l’Elysée.

 Dans les circonstances actuelles, on a le sentiment que le président de la République s’accroche à sa rancune et refuse de renoncer à sa vengeance. Il importe peu que ce sentiment soit vrai ou faux, et que l’Elysée ait fait pression ou pas sur le Parquet : telle est la lecture que la majorité des Français fera de l’événement.

 Si la cour d’appel confirme le jugement de première instance, sa décision n’apparaîtra même plus comme un camouflet pour le chef de l’Etat, mais comme sa complète déconfiture. Si elle condamne Dominique de Villepin, on accusera la justice d’avoir pris ses ordres du pouvoir.

 Car Villepin le manipulateur, Villepin le combinard, Villepin tel qu’on l’a vu en ses œuvres, a beau jeu dès à présent de se présenter en victime expiatoire de la vindicte présidentielle. Il en remet. Il en rajoute. Il vibrionne. Respirant lui aussi la haine et la vengeance, il endosse déjà le manteau des Atrides, celui du frère ennemi, issu du même bord politique, de la même droite abâtardie et mollassonne, celle des repentances et de la discrimination zéro-positive, qui, depuis des années, enfonce du même pas que la gauche le pays dans l’impasse.

 Il avertit qu’il sera, contre Sarkozy, candidat à la présidentielle et l’on comprend déjà que le but principal de l’ex-premier ministre ne consistera pas à gagner l’élection – les enquêtes d’opinion, pour l’instant, ne le créditent pas plus que de 8 % des voix – mais à faire perdre Sarkozy.

 Ainsi divague la politique française en ce début d’année 2010, alors que l’OCDE prévoit 11 % de chômeurs en France en 2010, que nos entreprises sont étranglées, que le déficit du budget de l’Etat et celui de la Sécurité sociale battent des records, et que le pays, qui ne parvient même plus à définir sa propre identité, risque de se désintégrer sous la pression de communautarismes exogènes.

Hervé Bizien

Par monde et vie
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 14:27

Un rapport de l’Inspection générale des affaires sociale (Igas), qui devait être remis ce mardi au ministre de la Santé Roselyne Bachelot, affirme que, trente-cinq après la loi Veil, l’accès à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception est encore compliqué. Dans le même temps, le rapport affirme que la France compte plus de 200 000 avortements par an. On se demande ce qu’il en serait si l’accès n’y était pas aussi « compliqué » !

Pour l’Igas, il s’agit là d’une « situation paradoxale », puisque la France cumule un taux de natalité très élevé, un taux de diffusion de la contraception « parmi les plus élevés au monde » et un taux d’avortement qui « reste à un niveau relativement important ».

On ne sait trop ce qu’elle entend par taux de natalité très élevé, puisque, pour 2009, celui-ci était de 1,99 (enfant par femme en âge de procréer) en France, alors que le taux officiel de renouvellement de la population est de 2,1.

Mais l’Igas n’en estime pas moins que, malgré les « progrès réels » de la loi de 2001 – qui a porté le délai légal d’IVG de dix à douze semaines – il convient de renforcer la prévention, en particulier en direction des plus jeunes.

La prévention des naissances donc, pour faire en sorte que notre taux de natalité très élevé chute, bien au-dessous du taux de renouvellement de la population. Autrement dit, c’est la mort programmée d’une population…

Le rapport se lamente d’ailleurs de ce que le nombre d’établissements pratiquant l’avortement soit passé de 729 en 2000 à 639 en 2006. En cause le fait que l’avortement ne paie pas…

Autre préoccupation de l’Igas, l’échec de la contraception – qu’il faut pourtant renforcer… – puisqu’elle note un « niveau préoccupant » de ratés. Ainsi 72 % des avortements – c’est tout de même une brèche importante dans le discours… – sont réalisés sur des femmes qui étaient sous contraception.

Pauvres jeunes, se lamente-t-elle, auxquels le droit à la contraception est « dénié dans les faits », puisque les ados doivent présenter la Carte vitale de leurs parents pour se faire rembourser.

Que l’Igas se rassure ! Roseline Bachelot a dit son intention de « mettre le paquet sur l’information en milieu scolaire » en matière d’éducation à la sexualité pour faire reculer le nombre de grossesses chez les mineures.

Le ministre de la Santé entend en outre prendre des mesures pour garantir un égal accès à l’avortement sur le territoire, et promet une consultation médicale gratuite et anonyme pour les mineures. Elle a par ailleurs indiqué que le gouvernement allait augmenter de 10 % la rémunération pour les établissements où l’on pratique l’avortement.

Etc.

Olivier Figueras

Par monde et vie
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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 18:05

En ouvrant, mercredi, le 40e Forum économique mondial de Davos, Nicolas Sarkozy a dénoncé « une crise de la mondialisation », expliquant que « la mondialisation a dérapé à partir du moment où il a été admis que le marché avait toujours raison et qu’aucune raison ne lui était opposable ». En bref, ce n’est pas la politique qui est responsable de la situation, mais le système économique qu’il convient de moraliser pour « remettre l’économie au service de l’homme »…

Les banquiers – et pas seulement les banquiers… – ne se sont pas laissés prendre par cet écran de fumée lancé par le président français. Et les principaux d’entre eux ont dénoncé un interventionnisme dont il n’est pas dit que l’impact, à plus ou moins long terme, soit de nature à redresser la situation économique.

Quoi qu’il en soit – et il serait bien prétentieux de prétendre résoudre la crise actuelle d’un coup de baguette magique –, l’action du chef de l’Etat est à géométrie variable. Ainsi, jeudi, à l’Elysée, a-t-il annoncé, à l’occasion d’une première conférence sur le sujet, que des « décisions extrêmement importantes » pour « contenir » les déficits français seraient prises prochainement.

Prochainement, et plus précisément en avril ; c’est-à-dire après les élections régionales.

Les décisions sont effectivement nécessaires : avec un déficit public prévu à 8,2 % du PIB cette année et une dette à 83,2 %, les comptes publics sont effectivement anémiés. Et, en trente ans, « la dépense publique est passée de 9 500 euros par habitant à 16 500 en 2009 », souligne le ministre du Budget, Eric Woerth.

Puisqu’on a promis aux Français de ne pas toucher aux impôts, « il faut agir sur chacune des composantes de la dépense », assure Nicolas Sarkozy. Et diminuer notamment les dépenses sociales, en s’intéressant à la réforme des retraites et aux dépenses de santé.

En espérant que la main droite du contribuable ignorera ce que fait sa main gauche. Toutefois, comme une rencontre est toujours possible, on attendra pour ce faire que les élections soient passées.

Pourquoi inquiéter inutilement l’électeur ?

Olivier Figueras

Par monde et vie
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Samedi 23 janvier 2010 6 23 /01 /2010 09:38

Alors que les experts de la FSSPX ont été reçu pour la deuxième fois au Palais du saint Office, il importe de comprendre le sens de la démarche de Benoît XVI, pour ne pas tomber de la lune le jour où… « ce qui est (encore) caché apparaîtra… » Il ne s’agit pas seulement pour lui de quelques dissidents à ramener au Bercail mais d’une politique volontariste qui engage toute l’Eglise

On n’a pas assez remarqué, me semble-t-il, que ce magistral cours d’histoire de la liturgie qu’administre le pape à l’occasion du Motu proprio Summorum pontificum (7 juillet 2009) est une sorte d’application concrète au cas de la liturgie de ce que Benoît XVI a dit du concile Vatican II dans son discours du 22 décembre 2009. Nous restons à cette idée d’une nécessaire réconciliation de l’Eglise avec son passé. Plus question d’admettre un discours qui opposerait rite contre rite comme on a souvent, à l’époque de Vatican II, opposé le passé et le présent de l’Eglise. Cette attitude ne convient pas. Elle est officiellement condamnée. On ne peut pas dire que dans l’histoire de l’Eglise, une époque ait eu raison et une autre ait eu tort. De ce point de vue très général, qui est déjà celui du discours du 22 décembre 2009, le Motu proprio libéralisant la liturgie ancienne en en faisant officiellement « la forme extraordinaire du rite romain », s’adresse non seulement à la Fraternité Saint Pie X mais à toute l’Eglise.

De la même façon, le dialogue instauré avec les membres de la FSSPX sur diverses questions doctrinales intéresse tous les catholiques, qui doivent – c’est urgent – se réconcilier avec eux-mêmes. On peut lire de cette manière la levée de l’excommunication des quatre évêques, intervenue le 21 janvier 2009. Il s’agit d’une mesure symbolique destinée à penser les plaies de l’Eglise. Nous avons vu ce que déclarent officiellement les autorités de la FSSPX. Leur raideur n’a pas échappé au pape. Mais, comme il l’a expliqué dans sa lettre du 12 mars 2009, derrière les autorités, ils vise chaque prêtre, il vise les fidèles, « une communauté dans laquelle se trouve 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 Instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs et des milliers de fidèles peut-il nous laisser indifférents ». Le pape sait bien que comme dans tout iceberg, la partie immergé est beaucoup plus importante encore que la partie visible et mesurable. Derrière la discussion avec les quatre ecclésiastiques qu’il a fait venir dans le magnifique « Palazzo » du Saint Office, où il a lui-même régné tant d’années, il tente de guérir les stigmates de la crise qui a secoué l’Eglise en opposant les catholiques entre eux. « J’espère contribuer ainsi à la paix de l’Eglise » a-t-il écrit dans sa Lettre du 12 mars 2009. 

Historiquement – Benoît XVI ne peut l’ignorer - « la paix de l’Eglise » est ce moment où un pape, Clément IX, est parvenu à contenir l’hostilité des jésuites pour les jansénistes et des jansénistes pour les jésuites. Elle a duré 10 ans de 1669 à 1680 environ. Elle ne repose sur aucun compromis doctrinal mais seulement sur une reconnaissance de la bonne foi des deux adversaires, déclarant les uns et les autres adhérer aux condamnations de l’Eglise et aux actes de son Magistère. Il me semble que c’est la ligne de Benoît XVI, une ligne « clémentine », qui correspond à la mystérieuse devise qui lui est attribuée dans les Prophéties de Saint Malachie : « De gloria olivae ». La gloire de l’olivier. Au temps très lointain du Déluge, c’est une colombe portant en son bec un rameau d’olivier qui annonça à Noë la baisse des eaux et le retour à la normal. De même aujourd’hui, la gloire de l’olivier est de tracer un chemin de paix et de force que puissent emprunter tous les catholiques fidèles au Magistère de l’Eglise.

Claire Thomas

 

Par monde et vie
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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /2010 18:29
Cacophonie au sein de la classe politique française, à propos du port du voile intégral, la burqa et le nikab. Sans calembour, il faut bien dire que ces vêtements voilent les véritables problèmes que le développement de l’islam en son sein pose à la société française.


Du côté des politiques, c’est à qui proposera sa mesure-gadget pour impressionner favorablement un électorat que les sondages montrent très largement hostile à la burqa.

Pour Jean-François Copé, il faut une loi ; mais quelle loi ? Jusqu’où le voile devra-t-il descendre ou monter pour être interdit ? Jusqu’aux yeux ? On a parlé d’interdire tout ce qui masque le visage. Mais les personnes défigurées par un accident – voire les jeunes femmes vitriolées par les islamistes – cachent aussi leurs blessures derrière un masque ou un voilage…

Faut-il alors interdire aux femmes de se voiler la face pour des motifs spécifiquement religieux ? Mais à quel titre la République laïque se fera-t-elle juge des consciences ? Selon la déclaration des droits de l’Homme des 1789, « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Or le port de la burqa ne nuit pas – au moins directement – à la liberté de ceux et celles qui ne la portent pas. Par ailleurs – ne nous cachons pas nous aussi les yeux – beaucoup des femmes qui portent aujourd’hui la burqa en France sont des musulmanes convaincues, et même prosélytes. Rien, ni personne, ne les y contraint.

Copé a parlé de leur infliger une amende de 750 euros. Mais qui contrôlera leur identité, puisqu’elles dissimulent leurs traits derrière un voile ou une grille ? Les emmènera-t-on au commissariat pour qu’elles se dévoilent devant une femme policier ? Ce serait céder à leur logique. Les découvrira-t-on de force ? Ce n’est pas imaginable et ouvrirait la voie à une kyrielle de procès, tout en leur donnant le beau rôle – celui du martyr.

Il faut les empêcher d’acquérir la nationalité française, propose Xavier Bertrand. Mais la plupart de ces femmes la possèdent déjà, soit en vertu du droit du sol, lorsqu’elles sont nées en France ; soit parce qu’il s’agit de Françaises de souche converties à l’islam ? Faut-il proclamer leur déchéance de la nationalité française, ou les condamner à l’indignité nationale ?

Il faut les priver de certains droits, leur interdire l’accès aux transports en commun, aux prestations sociales et aux allocations familiales, préconise Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Au nom de la laïcité et pour des motifs religieux ? Ce serait engager le doigt dans un engrenage dangereux ; et l’on imagine ce qu’en dirait la Halde… Au demeurant, Lefebvre sait pertinemment que sa proposition n’a aucune chance d’aboutir ; mais tout est dans les apparences qu’on donne.

Il faut que l’ensemble des parlementaires adopte une résolution solennelle, condamnant moralement le port de la burqa, suggère Eric Besson. Voilà qui devrait empêcher les islamistes de dormir…

Il faut d’abord une résolution, puis une loi, a tranché Nicolas Sarkozy, l’œil rivé sur les sondages. Voilà un président qui possède l’art de mettre tout le monde d’accord, ou presque – car sa solution ne résout évidemment aucune difficulté.

« La loi sera très difficile à appliquer mais nous sommes tous contre le port de la burqa parce que dans la tradition française il y a l'incarnation du visage, l'identité se fait à partir du visage », a déclaré Christine Boutin avec davantage d’a propos et de bon sens. Au reste, cette affaire de burqa n’est que l’arbre qui cache la forêt, le symbole qui permet de voiler des réalités plus inquiétantes.

A en croire un rapport confidentiel du ministère de l’Intérieur, néanmoins rendu public par Le Figaro en septembre dernier, environ 2000 femmes porteraient aujourd’hui la burqa en France. Mettons quelques milliers, sur environ 5 millions de musulmans. C’est infinitésimal.

A faire tant de publicité à un phénomène mineur, on risque surtout d’en favoriser le développement.

Nos élus auraient été mieux inspirés de tenir un discours aussi ferme au lendemain du référendum suisse sur les minarets. Car, à tout prendre, il serait encore plus gênant d’être réveillé dès potron-minet par l’appel du muezzin à la prière que de croiser Belphégor au coin de la rue.

Le minaret et la burqa ne sont d’ailleurs que les mêmes fruits pourris de l’immigration massive que nos politiciens ont tolérée ou encouragée depuis 35 ans, et de l’échec de la politique d’intégration sur lequel l’islamisme prospère.

Nos apprentis sorciers ont beau lever leur baguette, voilà beau temps qu’ils se la sont mise dans l’œil.

Hervé Bizien

Par monde et vie
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 20:27

Combien étaient-ils à marcher, dimanche, à Paris pour la défense de la vie ? Des milliers ? des dizaines de milliers ? La réalité est blottie quelque part, derrière tel ou tel zéro, bien au-dessus des 3 100 comptabilisés par les forces de l’ordre, et se rapprochant des 20 à 25 000 affichés par les organisateurs. Certains médias, en tout cas, débordés sans doute par cette joyeuse persistance, n’ont pu empêché cette année ces milliers d’entrer dans leurs colonnes et leurs ondes…

Combien étaient-ils de prêtres, de religieux et de religieuses, de tous horizons, et de toutes “sensibilités” ? Des centaines sans doute, pour la plupart jeunes, venus en masse pour répéter aux échos de Paris une réalité qu’un monde préfabriqué veut fuir.

Un évêque ! Il y avait même un évêque, venu prier – et marcher – avec ses ouailles ; un évêque enhardi sans doute par le soutien manifesté par une vingtaine de ses confrères, dont le cardinal Barbarin. Un évêque qui a brisé pour toujours le mur du silence et d’on ne sait trop quelle démarcation entre catholiques. Un évêque discret, mais bien présent : Mgr Lebrun, de Saint-Etienne.

A Bruxelles aussi…

Ce lundi, un autre évêque aussi occupe les pensées, et les colonnes médiatiques. « Le pape a nommé André-Mutien Léonard, jusqu’à présent évêque de Namur, archevêque de Malines-Bruxelles » (et donc nouveau primat de Belgique), a officiellement indiqué le Vatican ce matin.

La rumeur qui se propageait depuis quelques temps se voit donc confirmée, au grand dam de certains qui craignent un retour dont ne sait trop quoi. Pensez : Mgr Léonard est connu pour ses positions “conservatrices”… On l’a vu ordonner des prêtres de la Fraternité Saint-Pierre (qu’il a paternellement accueillie dans son diocèse de Namur), et célébrer la forme extraordinaire au Barroux et dans d’autres lieux. On l’a vu s’opposer à la promotion du “mariage” homosexuel, etc. Bref ! se conduire en évêque, et rappeler sans peur la doctrine catholique. Au point que certains l’appellent le Ratzinger belge. On ose supposer que personne ne s’offusque de ce qu’un évêque catholique soit comparé au Pape…

« Nous avons le même amour pour l’Eglise, nos ADN sont différents », a déclaré ce matin son prédécesseur, le cardinal Danneels, qui a assuré, en réponse aux craintes de certains, que « ce n’est pas parce que le menu est servi par un autre que le menu a changé ».

Mgr Léonard s’est contenté de préciser : « La différence est surtout dans le style, l’approche. Le cardinal a d’abord le souci de l’harmonie, de la paix, de la concorde… J’ai aussi ce souci. Mais je veux bien risquer un petit combat, une petite polémique. »

Ce qui est déjà une « différence » de taille. Qu’il ponctue plus clairement encore en ajoutant : « Je sais par conviction personnelle, par expérience, qu’on gagne à montrer avec clarté ce qu’être chrétien implique. »

Olivier Figueras

 


MARCHE POUR LA VIE 2010 - REPORTAGE CEC

 

Par monde et vie
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /2010 15:37

  La lecture des journaux destinés à nos chères têtes blondes est des plus instructive. J’ai ainsi parcouru, un peu par hasard, le numéro daté du 4 décembre 2009 de Mon Quotidien, un petit journal de huit pages distribué dans la classe de mon fils, élève de CM1.

Dans ce numéro consacré au gorille, je lis : « 6 grands singes. Les grands singes actuels sont le bonobo, le chimpanzé, le gibbon, le gorille, l’orang-outang et l’homme. »

Textuellement.

L’affirmation m’a fait grimper aux rideaux, à défaut des arbres (un peu handicapé par rapport à mes alter ego le chimpanzé et le gibbon, j’ai malheureusement besoin d’une échelle pour escalader mon poirier). Au demeurant, j’aurais bien tort de penser que cette histoire d’échelle suffise à me hisser au-dessus de mes frères primates, puisque Mon Quotidien affirme dans le même article : « Grâce à leur cerveau plus développé, les grands singes ont de grandes capacités intellectuelles. » (C’est nous faire trop d’honneur…) « Ils peuvent se servir de bâtons, de pierres, etc., comme outils. Certains savent même sélectionner des plantes pour soigner leurs douleurs… »

Il paraîtrait même que l’un des six grands singes – je ne sais plus si c’est le bonobo ou l’orang-outan, il faudra vérifier – a inventé des trucs encore plus forts, comme l’agriculture, la navette spatiale, l’ordinateur, ou même, pour se soigner, la radiologie et la greffe du cœur.

 C’est fou ce que ces grands primates sont doués !

Mon Quotidien, qui ne mélange pas les torchons et les serviettes, comme on dit, prend garde de bien différencier les grands singes des petits : les six espèces précitées « se distinguent des petits (ouistiti, tamarin, mandrill, macaque, capucin…) par leur plus grande taille : entre 70 cm et 2 m (contre 15 cm pour certains petits singes). » Par ailleurs, « les grands singes ont des pattes avant, ou bras, plus longs que les petits singes. Cela leur permet de se suspendre. »

Pour vérifier, j’ai tenté de me suspendre à la tringle à rideaux, qui a malheureusement cassé ; mais ça marche quand même, la preuve : ma femme immédiatement m’a conseillé d’arrêter de faire le singe…

Ce que l’éminent zoologue qui a rédigé l’article de Mon Quotidien n’a pas l’air de savoir, c’est qu’il existe aussi une différence, assez minime sans doute, entre l’homme et les cinq autres grands singes cités dans son article : l’homme a 46 chromosomes, et les grands singes 48. Ça n’a l’air de rien, mais cela le différencie beaucoup plus radicalement que la longueur des bras. Ce genre de détail génétique est même de ceux qui différencient les espèces les unes des autres…

Je l’ai expliqué à mon fils de 9 ans ; Je lui ai aussi expliqué qu’en dépit des apparences, certains grands singes pourtant doté de 46 chromosomes et écrivant dans la presse enfantine sont plutôt des ânes que des singes.

Mais ça, il l’avait déjà compris.

Hervé Bizien

Par monde et vie
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Vendredi 15 janvier 2010 5 15 /01 /2010 10:27

« La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble ». Il faut remercier Eric Besson pour cette phrase déjà ancienne, lancée aux jeunes de la Cité des 4000 à La Courneuve. Il ajoute, pour faire bonne mesure : « Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage ».

On a déjà pas mal glosé sur cette formule, mais il me semble qu’elle mérite mieux que des gloses éventuellement et à juste titre scandalisées. Elle mérite une analyse parce qu’elle constitue la doctrine officielle sur le peuple français de la Upper class mondialisée qui nous dirige.

La France n’est pas un peuple ? Cette formule, aujourd’hui est fausse. Il y a un peuple français et, pour le meilleur (parfois pour le pire) ce peuple français s’identifie avec la France. Seulement voilà, le négationnisme de M. Besson ne recule pas devant cette énormité, nier l’existence de ce peuple. Parce que son dessein politique, clairement, c’est qu’il n’y ait plus de peuple, mais seulement des administrés, qui votent pour lui, administrés qui forment, prononce-t-il avec un mépris souverain, « un conglomérat ».

Sur « conglomérat », la définition du Larousse est clair. Au premier sens, « conglomérat » signifie : « ensemble géologique d'origine glaciaire, constitué d'éléments mal classés, emballés dans une matrice argilo-sableuse, signalant une période de glaciation ». Deux élément dans le « conglomérat » : la glaciation et le mauvais classement. Curieuse façon pour M. Besson d’administrer des vérités désagréables à entendre, en se planquant derrière le vocabulaire. Avec un conglomérat, c’est sûr, on ne risque pas d’aller très loin. Le déclassement est à portée de longue vue.

En revanche, ce conglomérat n’a pas de frontière. Il peut s’étendre aussi loin. Je pourrais m’attarder longtemps sur les négations de M. Besson. Mais je me contenterais ici de souligner la plus flagrante : « la France n’est pas un territoire ». Effectivement si la France est un conglomérat, où donc s’arrête-t-elle ?

Il n’y a pas de raison d’enfermer la francité dans l’hexagone. Tous ceux qui se retrouveraient dans l’expression « conglomérat » pourraient former les Etats unis du monde civilisé, dont les Français comme M. Besson auraient en quelque sorte le leadership (oui, il vaut mieux parler anglais puisque ce conglomérat qui porte le nom « France » « n’est pas une langue » dixitM. Besson), au moins le leadership moral. Et voilà où mène le déni de nation et la nostalgie de l’empire France. Dans cette perspective la France n’est plus rien qu’un conglomérat, mais elle est partout… Elle est le monde cosmopolite de demain.

Jean Michel Hardy

Par monde et vie
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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /2010 19:44

Voici une lettre signée, reçue suite à mon article sur Thiberville :

Monsieur l’abbé,

Il me semble que votre acharnement contre le Concile Vatican II vous entraîne un peu loin. Le CIC/17 avait déjà fait une brèche de taille dans l'inamovibilité des curés, suite à l'évolution durable tout au long du XIXème siècle. L'inamovibilité curiale posait déjà un problème, notamment avec l'âge avancé des titulaires, mais aussi avec l'incompétence de certains. Vous oubliez de préciser que le Concile Vatican II, dans la "relatio" de CD31 rappelle que le terme voulu est la stabilité paroissiale en vue du bien des âmes. La discipline française actuelle n'est pas la norme de l'Église Universelle, comme malheureusement dans bien des domaines. Dans toutes nos analyses, nous devons faire attention à ne pas nous enfermer dans nos problèmes franco-français et juger de l'Église à
l'aune des comportements ou habitudes que nous avons la tristesse de constater dans notre pays.
Vous assurant de ma prière
don Maurice Franc, curé de paroisse

Cher Père, merci de votre mise au point, merci de nous faire profiter de vos compétences en Droit canonique. Je ne dis pas que l’inamovibilité curiale ne pose pas de problème. Je crois seulement qu’elle est conforme à la constitution non-écrite de l’Eglise, qui est d’être le Royaume de Dieu sur la terre, non pas un nième « Machin » comme aurait dit De Gaulle des institutions supranationales, mais un pouvoir spirituel sui generis, respectant fondamentalement l’analogie de la création.

Le Pouvoir spirituel, comme Platon déjà l’avait compris dans sa République, ne peut pas ne pas être Un, car l’esprit est en perpétuelle quête de l’unité. Un esprit qui se disperse ou se dissipe s’annule lui-même comme esprit et se condamne à l’impuissance.

Mais il y a plusieurs mode de l’unité. Il y a un mode conceptuel ou objectivé, qui est la grande tentation de tous les aspirants au gouvernement mondial. Et il y a un mode analogique.

On peut imaginer une Monarchie mondiale qui trouverait sa légitimité dans une monstrueuse Correctness, étendant son empire intellectuel sur toute la Planète et produisant des « commission grises » de fonctionnaires invisibles gouvernant l’univers depuis l’écran de leurs ordinateurs géants. Ce serait l’apogée d’une gouvernance conceptuelle, qui, mécaniquement et sans même s’en prendre à elle de façon explicite, exclurait l’autorité spirituelle de l’Eglise et sonnerait (au moins officiellement) le glas de la Romanité. La Puissance technologique et la Nécessité économique rendent une telle perspective non pas immédiatement praticable, mais enfin raisonnablement envisageable.

Faut-il renoncer à l’unité spirituelle ? Le vœu du Christ – « Père, qu’ils soient un comme nous sommes un – nous interdit de traiter cette idée de rêverie. Car la prière du Christ est nécessairement efficace. Elle ne saurait être considérée comme un vœu pieux.

Le seul modèle d’unité spirituelle qui paraisse respectueux  des personnes est l’unité analogique, parce que cette unité commence par les personnes. Chaque personne est une, et toutes les personnes se ressemblent au moins en cela que chacune est une et que toutes sont à l’image de Dieu (Gen. 1, 29). C’est dans cette métaphysique personnaliste que s’inscrit le message biblique (cf. Exode 3, 14-15 : « Tu diras que « Je suis » m’envoie vers vous ») et l’Evangile ne fait que confirmer notre responsabilité personnelle à chacun face à la Parole de Dieu.

L’Eglise, ce Royaume de Dieu construit selon ce que saint Paul appelle « la loi du Christ » respecte foncièrement ce personnalisme analogique. Elle est une sorte d’antifascisme subsistant depuis 2000 ans. Le fascisme ? Selon la définition célèbre qu’en donne Giovanni Gentile, c’est « Tout pour l’Etat et rien en dehors de l’Etat ». L’unité fasciste ressemble, en s’en tenant à une nation donnée à laquelle on se fixerait arbitrairement, au mirage de l’unité spirituelle mondiale, tel que nous le décrivions plus haut. Cette unité n’est pas analogique et provenant de la base, elle est englobante et assimilatrice depuis un sommet défini au préalable, aujourd’hui potentiellement pour l’Europe, la Commission de Bruxelles ou la toute nouvelle présidence de l’UE. Attention ! Cette unité n’est pas démocratique mais technocratique, c’est-à-dire rationnelle.

Dans l’Eglise non plus, l’unité n’est pas démocratique, mais elle est naturelle, ou plus exactement, car vécue en mode divin, surnaturelle. Chacun reçoit la grâce et, selon la parabole des talents, chacun est responsable de la grâce qu’il reçoit. Ainsi la monarchie ecclésiale n’est pas englobante ou conceptuelle, étendant son empire du haut en bas, mais personnelle et analogique, chaque degré d’autorité valant autant par lui-même que par tous les autres. L’Eglise, dans sa constitution divine non écrite, est une monarchie de monarchies, à la fois totalement personnaliste et totalement hiérarchique, d’une hiérarchie qui ne provient pas immédiatement d’en haut, comme on pourrait pourtant le penser, mais qui consiste dans la fidélité avec laquelle chacun exerce la charge qui lui est confiée.

Et c’est là que nous en venons à Thiberville. De même que chacun est son propre monarque, avec une responsabilité éternelle, le curé, lui, à l’étage au dessus et dans un premier mode territorial de regroupement, est le roi de sa paroisse, raison pour laquelle il est traditionnellement nommé à vie. De la même façon l’évêque s’identifie à son diocèse et le pape à son Eglise. A chaque niveau, l’autorité est absolue, prise en elle-même, mais elle est en même temps reliée à toutes les autres et ne tient sa légitimité que de cette relation : que serait un curé sans son évêque ? Un évêque sans le pape, vicaire du Christ ?  Un pape sans ses fidèles ? Un évêque sans une communauté chrétienne ardente ? Il y a, à chaque degré de la hiérarchie, une dualité foncière entre la personne prise en elle-même et la personne en tant que, dans le corps mystique du Christ, elle est reliée à toutes les autres dans une relation qui n’est pas une relation politique (issue d’un pacte ou d’un contrat) mais une relation physique, marquant l’urgence d’un salut – d’une vie - qui se donne, toujours, non seulement à chacun mais à tous ceux qui veulent la recevoir.

La question de l’inamovibilité curiale n’est donc pas purement canonique, elle est théologique, elle touche à la nature même de l’Eglise comme corps surnaturel, diffusant, par la foi, la vie éternelle. Comment l’évêque peut-il rester un monarque si ses curés ne le sont plus ? Comment les curés peuvent-ils être des rois si leurs fidèles ne sont pas eux-mêmes les rois de leur propre destinée personnelle ?

Que ce ne soit pas Vatican II qui ait marqué le début d’un processus de sécularisation des structures ecclésiastiques, j’en suis bien convaincu. Jean Madiran posait le problème de manière générale dans un récent numéro de Présent Il soulignait qu’il est foncièrement inexact de dire que tous les maux viennent du Concile. Le Concile est lui-même un moment, qui a entériné une évolution antérieure. Concernant l’inamovibilité de la charge curiale, c’est d’ailleurs aussi ce que vous dites vous-mêmes. Je suis heureux de savoir que le Concile se réfère néanmoins à « la stabilité curiale pour le bien des âmes ». Quant aux inconvénients que vous voyez à l’inamovibilité, certains se résolvent : on peut imaginer, par exemple, comme c’est le cas pour les prêtres et les évêques, un âge limite, au-delà duquel on n’exerce plus telle ou telle fonction.

Quant au cas du mauvais curé ou du curé incompétent, comme vous dites, il se résout si l’on considère qu’il existe un ordre général, reposant sur la fidélité des hommes à la constitution divine de l’Eglise. Les autorités, inamovibles les unes et les autres, s’équilibrent ou se contre balancent. En revanche conserver l’inamovibilité de la charge épiscopale et supprimer l’inamovibilité de la charge curiale, c’est oublier que le peuple chrétien est un peuple de rois, c’est sortir du schéma primitif à partir duquel est construit le Royaume de Dieu sur la terre et introduire un déséquilibre grave entre les autorités constituées. Le risque est statistiquement très grand alors d’avoir un évêque tyrannique, devant lequel les curés, nommés pour six ans, n’ont au fond pas grand chose à dire.

J’ai conscience que ces propos sont particulièrement dures à entendre aujourd’hui, mais je ne vois pas selon quelle autre constitution l’Eglise peut bien vivre. Nous avons dit qu’elle n’est pas une démocratie. Le risque ? C’est qu’elle évolue comme une sorte de technostructure spirituelle, sans cet équilibre vital entre les pouvoirs, sans cette responsabilité essentielle aux personnes qui exercent ces pouvoirs à tous les degrés, en réduisant ses serviteurs à vivre un statut de fonctionnaires de Dieu, ni responsables ni coupables, mais toujours et uniquement obéissants et surtout sans histoire.

Cette monarchie polyresponsabilisante, j’en ai bien conscience, ne peut tenir que si l’unité entre ses membres provient non de l’exercice de l’autorité exclusivement, mais de la réalité, j’allais dire biologique, des trois lien, le gouvernement bien sûr, mais aussi et au préalable, l’unité de foi et l’unité de culte. Dans la mesure où la foi est encore trop souvent à géométrie variable et où le culte est encore trop souvent laissé à l’improvisation du pasteur, la liberté que procure la monarchie ecclésiastique, ce peuple de rois, est sans doute beaucoup trop risquée. Mieux vaut (c’est ce qui, avec le temps paraitra particulièrement difficile dans l’affaire de Thiberville) s’en tenir à une planification fonctionnarisée, qui, assurant l’unité d’en haut, ne fait pas d’impasse sur son déploiement pastoral.

Décidément le cas de Thiberville, vu de Sirius, est intéressant….  Voilà en tout cas ce que m’inspire l’abbé Michel lorsqu’il invoque le curé d’Ars, resté 40 ans dans sa paroisse…

Abbé G. de Tanoüarn

Par monde et vie
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Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 13:07

Les commentaires sur le nouveau projet gouvernemental d’imposer 30 % de boursiers aux grandes écoles, dont le recrutement ne serait pas assez démocratique, et le refus desdites grandes écoles de sacrifier leur niveau et leur prestige à la démagogie de la « discrimination positive », ont déjà fait couler beaucoup d’encre.

Quant au fond du débat, le principe d’accorder des bourses aux élèves méritants, doués et d’origine trop modeste pour financer leurs études est évidemment excellent. « Il y a de l’or dans les enfants du peuple ! Cet or, il faut l’amener à la surface. », s’écriait naguère Léon Daudet, député royaliste, lors d’un célèbre débat à la Chambre sur les humanités (ô temps, ô mœurs !). Le système de bourses français peut certes être amélioré, mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici. La logique gouvernementale s’inscrit dans le fil de la « démocratisation » de l’enseignement supérieur, qui vise à conduire au baccalauréat (autrement dit au premier grade universitaire) 80 % de chaque classe d’âge et à la licence 50 % de cette même classe d’âge.

Or il n’existe que deux manières d’y parvenir : soit améliorer le niveau de l’ensemble des élèves et des étudiants, soit baisser le niveau de l’examen, et par conséquent de l’enseignement. La deuxième solution étant évidemment plus la plus facile, c’est non moins évidemment celle qui a été retenue au cours du dernier quart de siècle. La faillite de notre système scolaire montre ce qu’il faut en penser.

C’est pourtant dans la même logique que se place Luc Chatel lorsqu’il affirme qu’il faut « réfléchir au contenu des concours » et que « Le contenu même des épreuves peut entraîner une certaine discrimination ». Ce sont essentiellement les épreuves de culture générale qui sont dans le collimateur, accusées d’attenter à l’égalité républicaine.

L’idée des promoteurs de la réforme, comme Richard Descoings, n’est pas nouvelle : elle est reprise des analyses des Bourdieu et des Meirieu, qui prévalent au sein de l’Education nationale depuis 40 ans et sont à l’origine de ses échecs. Pour résumer cette idée, les enfants issus de familles aisées, dont les parents possèdent – d’ordinaire– une culture générale plus élevée que l’ouvrier immigré, sont favorisés. Et cette évidence constituerait, paraît-il, une entorse insupportable à la sacro-sainte Egalité.

Le plus simple, pour la rétablir, consisterait évidemment à enlever tous les enfants à leurs parents dès le plus jeune âge pour les placer dans des centres éducatifs républicains : c’est de cette solution qu’avait rêvé Saint-Just, et celle qui est encore appliquée en Corée du Nord.

Dans la France sarkozienne, il serait évidemment problématique de l’imposer. La solution consiste donc à évacuer la culture générale des critères de sélection des écoles. Mais cela suffira-t-il ? Est-il tolérable que certains enfants soient plus doués pour les mathématiques que d’autres, ou possèdent un don pour les langues, ou un meilleur style en français ?

Est-il concevable que certains soient plus portés sur le raisonnement abstrait et les matières intellectuels, et que d’autres soient plutôt manuels ? Est-il admissible – j’ose à peine l’écrire – qu’il existe des formes différentes d’intelligence et pis encore, des degrés d’intelligences différents ?

N’est-il pas scandaleux, en somme, que les êtres humains n’aient pas été tous conçus dans un moule unique et soient complémentaires ?

Nicolas Sarkozy ne le pense pas lui-même, puisqu’il affirme aujourd’hui – horresco referens ! – que « Les grandes écoles, c’est pour tout le monde, pourvu que l’on travaille, pourvu que l’on ait du talent ». Supposer que certains aient du talent, ou le goût du travail, et d’autre pas, c’est déjà établir une discrimination !

Les directeurs des grandes écoles n’ont jamais pensé autrement. Que veut donc dire le président de la République lorsqu’il juge « invraisemblables » et « parfaitement déplacées » leurs prétendue réticences à accueillir au sein de leurs établissements 30 % d’élèves boursiers ?

Sarkozy sait parfaitement que les grandes écoles ne refusent pas d’accueillir des élèves boursiers, mais d’intégrer des élèves d’un niveau insuffisant sous prétexte qu’ils sont issus de milieux défavorisés.

Il ne peut pas ignorer non plus que, comme le montrait en 2007 un rapport du sénateur socialiste Yannick Bodin, 29 % des élèves des grandes écoles étaient issus des milieux populaires dans les années 50, contre 9 % seulement quarante ans plus tard. Cette différence s’explique à la fois par les effets de la pseudo-démocratisation de l’enseignement, qui a entraîné une baisse du niveau ; et par l’arrivée massive sur le sol national de millions de familles issues de l’immigration extra-européenne, que la République n’est pas parvenue à intégrer.

Cela, Nicolas Sarkozy le sait parfaitement. Mais il est plus simple de se draper dans sa vertu en pointant du doigt le manque de générosité « invraisemblable » des directeurs des grandes écoles, que d’avouer qu’il s’est trompé.

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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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