Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 19:12

Il y a un autre enseignement d’Oskar Freysinger. Celui-là il est involontaire. Il faut dire que même Freysinger n’imaginait pas le ras de marée auquel donnerait lieu sa votation, et les 57, 5 % d’électeurs suisses votant contre les Minarets. Le résultat du referendum suisse concerne au plus haut point la vie politique française. Il nous montre la méfiance de plus en plus librement affichée de la classe médiatique pour la démocratie. Prenez Renaud Dély, journaliste à Marianne, grand donneur de leçon sur tous les plateaux télé. Cette fois, dans Marianne, c’est à la démocratie qu’il s’en prend. Jugez plutôt :

 

« Cette votation suisse souligne les limites mêmes de l’’arme référendaire. Elle n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Il s’agit d’un outil démocratique à manier avec une extrême précaution. L’identité de ceux qui y recourent (sic), le sujet de la consultation (re-sic) et la manière même dont la question est posée, tous ces ingrédients doivent être étroitement contrôlés pour que le referendum d’initiative populaire éveille les consciences plutôt que les plonge dans les ténèbres de l’obscurantisme. Sauf à verser dans une démagogie infantilisante, l’exercice démocratique ne consiste pas à voter sur tout et n’importe comment » (Marianne du 5 décembre)

 

Nous ne sommes plus en démocratie (ce gouvernement de la majorité des citoyens). Nous ne sommes plus en république (ce gouvernement de l’unanimité présumé des citoyens : cette unanimité personne n’y croit plus). Nous sommes en oligarchie et il est urgent de contrôler l’usage de la démocratie, pour que les gens ne votent pas « n’importe comment », mais votent dans le sens qu’on attend d’eux. L’Union européenne a compris le système : si les gens votent « mal », on les fait revoter jusqu’à ce que le résultat escompté sorte des urnes. Dans le cas de la Suisse (qui rappelons le ne fait pas partie de l’UE et peut encore se permettre ce genre de liberté, raison pour laquelle sans doute on s’en prend à ses banques plus qu’à n’importe quel autre paradis fiscal), le résultat de la votation populaire est tellement sacré qu’il fait immédiatement partie de la constitution.

 

On notera le niveau intellectuel de cette petite coterie mondialisé qui normalise le vote des citoyens et ne supporte pas que l’on vote « n’importe comment ». Renaud Dély n’hésite pas à utiliser une phraséologie complètement obsolète mais toujours diabolisante, en évoquant, à propos de ceux qui votent « mal », « les ténèbres de l’obscurantisme ». il suffit de voir et d’entendre Oskar Freysinger pour s’apercevoir que les ténèbres de l’obscurantisme, son charisme personnel les transperce immédiatement.

 

Depuis la révision du 21 jullet 2008, nous possédons constitutionnellement le pouvoir d’exprimer nos intentions par referendum. En Suisse, il suffit de réunir 110 000 signatures. En France, il faut avoir regroupé 10 % des électeurs inscrit avant de pouvoir penser créer un débat autour d’un référendum . Autant dire que Renaud Dély n’a pas trop de soucis à se faire et que la démocratie en France, la vraie, la démocratie directe, ce n’est pas pour demain.

Alain Hasso

 

Par monde et vie
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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 22:05

Il me semble que trois réalités décisives sont en jeu dans le vote suisse, qui, à 57, 5 % des suffrages exprimés, interdit la construction sur le territoire de la Confédération de minarets « ostensibles ».

 

freysingerdrapeauPremière réalité touchée par Freysinger : il s’agit de savoir si seul l’islam radical est dangereux ou s’il n’existe pas une logique islamique qui, comme l’explique très bien le vaillant Valaisan, conduit l’islam à perdre sa légitimité religieuse pour déborder inéluctablement dans l’ordre politique. Les minarets seraient ainsi des signes ostensibles politico-religieux qui contredisent à la laïcité saine et légitime.

Devant cette première réalité, nos évêques eux mêmes sont perdus. Rien d’étonnant : les textes de Vatican II sur l’islam (celui de Lumen gentium 16 et celui de Nostra aetate) sont aussi catastrophiques l’un que l’autre, envisageant l’islam comme une « foi », simple variante de la foi chrétienne dans la commune descendance d’Abraham, alors que chacun sait que l’islam est une loi (la charia) immédiatement applicable à l’ordre social.

 

Deuxième réalité touchée par Freysinger : le chantre suisse d’une politique vraiment identitaire est parvenu à faire comprendre aux électeurs qu’il existait une politique respectueuse de l’identité chrétienne de la Suisse et de son drapeau frappé d’une croix blanche. « Refusons, s’écrie-t-il dans son discours programme du 1er août 2007 d’échanger la table en mélèze contre le meuble en formica ». La civilisation chrétienne, ce n’est pas simplement une « culture » au sens germanique du terme, une disposition subjective des individus, c’est aussi un patrimoine, fait de pierres et de mots, qui ne dépend pas de nous, que nous trouvons à notre naissance mais qu’il nous appartient de protéger. Les minarets sont conçus par Freysinger comme des pierres de trop…

 

Troisième réalité touchée par Freysinger : la nécessité de la foi en politique, une foi qui est aux antipodes de la résignation qui gagne l’Europe, une foi qui peut tout changer : « Un pays est toujours aussi fort que la foi que ses citoyens ont en lui et aussi faibles que les doutes qu’ils nourrissent à son égard ». Freysinger rendra-t-il aux Européens leur foi en eux-mêmes. Leur fera-t-il oublier enfin le triste sanglot de l’homme blanc en proie à la mauvaise conscience ?

 

Il me semble qu’il y a une quatrième réalité, dont Freysinger ne parle pas, mais que son action pourrait mettre en valeur. En écoutant Annie Laurent, hier dans une conférence sur les chrétiens d’Orient, donnée au Centre Saint Paul où elle faisait salle comble, j’ai été saisi par l’urgence du principe de réciprocité : ce que les musulmans font chez eux, ils doivent le subir chez nous… jusqu’à nouvel ordre. Si demain les conversions de musulmans étaient devenues vraiment libres, on ne sait pas quel impact pourrait avoir le christianisme dans ces pays non encore gagnés par la Révolution libérale.

Ce principe élémentaire de réciprocité, on ne comprend pas que les évêques qui y sont les premiers intéressés ne s’en fassent pas les fervents propagandistes. Si on l’applique aux Mosquées, cela signifierait des restrictions considérables dans la construction d’édifices cultuels, comme cela existe pour les édifices voués au culte chrétien dans tous les pays d’islam, intégrisme ou pas.

 

En regardant Oskar Freysinger, je pense à Soljenitsyne le dissident et à son mot : « une seule goutte de vérité peut changer le monde ». Cette goutte de vérité a entraîné la ruine du communisme en son temps. Que fera-t-elle dans le nôtre ?

Alain Hasso

Par monde et vie
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /2009 19:00

Copenhague est devenue lundi, et pour quinze jours, la capitale d’un monde écolo, où 193 pays se sont réunis afin de lancer un appel pressant à « voter pour la Terre ».

« Vous êtes, durant une courte période, dépositaires des espoirs (…) de l’humanité », a lancé le Premier ministre danois Lars Loekke Rasmussen en ouvrant les travaux du sommet devant 1 200 délégués du monde entier, suggérant que la capitale danoise devienne, le temps de cette quinzaine, “Hopenhague” – le port de l’espoir.

La réunion a d’ailleurs débuté par la projection d’un court film-catastrophe montrant une fillette endormie au côté de son ours blanc en peluche, et qui s’éveille au milieu d’un désert au sol craquelé, avant d’être rattrapée par des vagues déchaînées. Les participants auront ainsi économisé le prix de la place de cinéma pour aller voir “2012”…

Cette conférence ne sera un succès que « si une action significative et immédiate commence » le jour-même où ses travaux s’achèveront, a prévenu le patron du climat à l’ONU, Yvo de Boer. « Les pays en développement attendent désespérément une action tangible et immédiate », affirme-t-il. Mais aussi sonnante et trébuchante, puisque les organisateurs n’hésitent pas à proposer l’idée d’un financement de 10 milliards de dollars par an jusqu’en 2012 pour leur permettre de s’adapter aux besoins de la planète…

Aide d’un côté, mais aussi promesse, de l’autre, de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et là, les choses se compliquent.

« A l’heure actuelle, les conditions ne sont pas remplies pour faire passer notre objectif de 20 % à 30 % », déclare ainsi le ministre polonais des Affaires européennes, Mikolaj Dowgielewicz. Notamment parce que les Européens aimeraient bien que les autres pays développés fassent un effort comparable…

Les organisations de défense de l’environnement aimeraient bien, quant à elles, que les Européens franchissent le pas pour montrer l’exemple. Certains pays affirment être prêts à franchir le pas. « C’est le cas de la Suède, des Pays-Bas ou encore du Royaume-Uni », indique un diplomate. En France ou en Allemagne, c’est autre chose…

L’aide à apporter aux pays en développement pose également problème. L’Union européenne n’a pas encore défini le montant global de son aide, même si une contribution annuelle volontaire (sic !) de 1 à 3 milliards d’euros entre 2010 et 2012 est évoquée. Car comment la répartir ?

Il ne faudrait d’ailleurs pas que la réponse à ces questions génère d’autres difficultés. « Avant que nous ne déployons tous nos efforts dans la lutte contre le changement climatique, les pays pauvres rencontraient déjà une série de problèmes », souligna ainsi Kandeh Yumkella, directeur général de l’organisation des Nations unies pour le développement industriel. « Nous ne voulons pas, poursuit-il, que le changement climatique cannibalise d’autres financements pour le développement. »

Autre difficulté, le Climategate, c’est-à-dire l’affaire des courriels de scientifiques piratés en Angleterre, exploitée par les sceptiques du réchauffement pour le remettre en cause. Certains pays, dont l’Arabie saoudite, ont estimé que cette mise en cause d’un certain discours scientifique affectait le « niveau de confiance » des peuples en la science.

Mais, on le voit, sans même remettre en cause le dogme climatologique, certains pays ne semblent guère décidés à mettre la main à la poche…

Olivier Figueras

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Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 14:27
Le site du Monde met en ligne aujourd’hui un entretien avec Micheline Calmy-Rey, qui dirige le Département fédéral suisse des Affaires étrangères. La journaliste qui recueille ses propos, Agathe Duparc, lui pose deux questions qui me paraissent très révélatrice de l’état d’esprit dominant parmi nos prétendues élites, médiatiques ou politiques.

« Le vote anti-minaret ne révèle-t-il pas une sérieuse faille dans le modèle référendaire helvétique ? », demande la journaliste.

« Ce n'est pas parce que le résultat du vote déplaît qu'il faut parler d'une faille, répond Micheline Camy-Rey. La démocratie participative permet à des problèmes de société aigus de remonter à la surface beaucoup plus vite et plus directement, et d'éviter ainsi des réveils plus brutaux. La Suisse n'est pas un pays de révolutions. Les gens s'expriment et n'ont pas peur de dire des choses. Je suis assez sûre que si ce vote avait eu lieu ailleurs, en France par exemple, il aurait donné le même résultat. »

« Mais sur des questions aussi émotionnelles ne faudrait-il pas empêcher les votations populaires ? », insiste Agathe Duparc.

« Si vous allez au bout de ce raisonnement, vous arrivez à la conclusion qu'il faut supprimer la démocratie participative, l'encadrer, bref la remettre en cause. Personne ne le souhaite. Bien sûr, la compatibilité des engagements internationaux de notre pays, comme la Convention européenne des droits de l'homme, avec les résultats de certains votes se pose. La Cour européenne des droits de l'homme pourrait être amenée à se prononcer en cas de recours. »

On sent bien que Micheline Calmy-Rey souhaite qu’une telle solution vienne corriger, très antidémocratiquement, le choix de ses compatriotes. Mais en vraie citoyenne suisse, elle n’en considère pas moins qu’empêcher le peuple de s’exprimer revient à supprimer la démocratie.

En revanche, la République française a renoncé à demander leur avis à ses gêneurs imprévisibles que sont les Français. Sauf une fois tous les cinq ans, à l’occasion d’élections encadrées par les appareils politiques. Et les journalistes de la presse institutionnelle seraient, somme toute, moins choqués que l’on abolisse les référendums qu’ils ne le sont par l’organisation de « votations populaires » sur des questions taboues.

 Hervé Bizien

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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 17:28

Il ne nous parlera pas de liturgie… Le Père Michel Gitton a accepté mercredi dernier l’invitation de l’abbé Guillaume de Tanoüarn et il est venu au Centre Saint Paul parler du dialogue avec les traditionalistes. Mais nous précise-t-il d’emblée, je vous parlerai surtout de ce que je connais bien : la théologie. Directeur gérant de la Revue Résurrection, qui a longtemps groupés les jeunes Normaliens catholiques, le conférencier n’a effectivement aucun mal à nous emmener en promenade dans l’histoire de la théologie, montrant avant tout les insuffisances de la pensée catholique depuis deux siècles. Exemple ? Le seul penseur catholique qu’il cite pour le XIXème siècle est Chateaubriand. Un immense écrivain, qui a mérité le surnom d’ « Enchanteur », en souvenir sans doute de Merlin et de ses origines bretonnes, mais enfin un homme de lettre, pas un théologien… Le coup était robustement asséné… Il y en eut d’autres, pour nous faire comprendre la pauvreté intellectuelle dont a souffert la religion catholique avant le Concile Le Père Gitton s’interdit de crier « Enfin Malherbe vint » à propos de ceux qui se sont nommés eux-mêmes « les nouveaux théologiens », les cardinaux Daniélou, de Lubac et Congar, le Père von Balthasar le Père Bouyer, d’autres encore (mais pas Karl Rahner précise-t-il pour répondre à un auditeur). Pour lui, cependant, pas de doute, tous ces théologiens sont les authentiques promoteurs du Concile. Il faut reconnaître leurs travaux.

A l’adresse des traditionalistes avec lesquels il veut « dialoguer », il  précise que deux points lui semblent essentiels : la place de l’histoire dans l’enseignement de la théologie et dans la « pastorale » et le refus d’une rupture, d’une coupure entre naturel et surnaturel.

Et il admet que sur deux points la théologie d’aujourd’hui puisse avoir besoin des traditionalistes : il faut souligne-t-il que la théologie cesse de s’embarrasser de certain flou artistique (et il cite pour faire bonne mesure une phrase de Gaudium et spes : « Le Christ en s’incarnant s’est uni à tout l’homme et à tous les hommes ». « C’est beau mais c’est faux » martèle-t-il). En tout cas, cela peut amener à des interprétations parfaitement erronées.

Le deuxième point sur lequel il se sent une véritable sympathie avec les traditionalistes c’est la question de « l’ontologie du mystère chrétien ». Je ne vais pas ennuyer les lecteurs de MV avec une explication sur ce sujet. L’abbé de Tanoüarn qui a repris dans l’ordre ces deux points après la conférence a insisté sur « la force de ces conclusions du Père Gitton ». Pour un profane, ce n’est pas forcément facile à apprécier, mais il semble bien que le directeur de Résurrection ait souhaité aller vraiment à l’essentiel avec honnêteté.

Ah ! Si en France les prêtres – et les évêques – étaient plus nombreux à pratiquer cette vertu d’honnêteté, en y ajoutant un peu du brio dont fit preuve le Père Gitton ce soir-là, nous n’en serions pas là. Hélas ! Ecoutant, comme certains Radio Courtoisie ce soir, j’ai constaté que Dom Louis Marie Père Abbé du Barroux n’a pas pu s’empêcher de souligner combien les évêques menaient la vie dure à ses deux monastères du Barroux et de La Celle (près d’Agen). Au tableau d’honneur l’évêque de Strasbourg, qui se vante d’avoir refusé les bénédictins du Barroux et d’avoir soutenu la construction d’une Mosquée dans sa ville épiscopale, « parce que cela, c’est vraiment nécessaire ».

Mgr Dagens lui-même, dans son récent rapport sur l’identité catholique, se plaint de la désunion qui règne entre les catholiques. Souhaitons qu’ils soient de plus en plus nombreux à comprendre que selon la remarque d’Henri Tincq lui-même, les traditionalistes sont devenus au fil des années un courant important dans l’Eglise. L’heure n’est plus de faire disparaître ce courant dans une sorte de rage négationniste. Il faut parler ! Il faut composer ! Certes il faut… s’aimer, puisque le Christ a dit que c’était à ce signe que l’on reconnaîtrait ses disciples. Mais comment s’aimer si l’on refuse de se connaître. L’exemple du Père Gitton doit être médité. Dans leur jargon nos évêques devraient sans doute l’appeler « prophétique ».

Claire Thomas

 

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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 15:19

Ayant aperçu la semaine dernière ici même le joli article de ma consoeur Claire Thomas sur le film d’Eugène Green, La religieuse portugaise, j’ai pensé que le texte qui suit, paru dans Minute, ne déparerait pas le Blog de Monde et Vie et permettrait au lecteur d’avoir une vision d’ensemble sur la production puissante et variée de cet auteur chrétien.

Oeuvre « impossible » entre littérature régionaliste et pochade métaphysique, entre roman d’initiation et manifeste politique, entre récit fantastique et scénario policier, La bataille de Roncevaux, signé Eugène Green, nous offre, moyennant un détour avoué par Rabelais, le meilleur de la littérature française contemporaine. Cette tentative sans limite et tellement humaine, on ne trouve qu’un épithète pour la qualifier : celui de baroque. Comment appeler autrement un espace stylistique dans lequel on nous laisse sans cesse le choix entre la perfection académique de l’imparfait du subjonctif et la rapidité incisive de dialogues qui flirtent avec l’humour  le plus ordinaire ?

Eugène Green a d’abord choisi un lieu, le Pays basque autour de Saint-Jean Pied de Port. Avec le lieu, c’est l’esprit du lieu qui s’est imposé, fait de sérieux et de rêverie, de virilité sans phrase et d’épanchements qui ne dédaignent pas la solennité. Il campe dans ce cadre un jeune garçon, Gotzon qui va devenir « un homme » (c’est la signification de Gotzon, en basque). Est-ce parce qu’il a perdu ses parents dans un accident de voiture et parce que c’est sa grand mère qui s’est chargée de son éducation ? L’enfant, rêveur, ne fraye pas avec les autres enfants, qui lui semblent superficiels. Monté sur sa mobylette, il hante le pays et vibre aux présences que lui apportent le vent et la lumière. Il connaîtra le coup de foudre avec Elisabeth, le « mystère de la sexualité » avec Justina, l’amour fou avec Maria, mais chaque fois ses conquêtes sont repoussées par son étrangeté. Devenu étudiant à Bayonne, il a un ami Ur (l’eau en basque), avec lequel il fait un bout de chemin et qui tente de l’initier à l’action politique. Mais qu’est-ce que ce poète comprend à la politique ? Dans son esprit, l’action politique pro-euskara prend un tour picaresque. Il va voir « la sorcière » locale et imagine un scénario. Ce montage aurait dû n’être que farcesque, comme un exutoire à la colère de celui qui voit disparaître son pays. La reconstitution de la bataille de Roncevaux, victoire des Basques sur les Français de Charles le Magne, allait se terminer en drame. Mais c’est ce drame qui calmera la colère de Gotson et lui rendra, avec la paix, la libre disposition de sa propre destinée. Il va pouvoir finalement vivre à la profondeur qu’il a choisi depuis toujours, en congédiant le tragique qui semblait attaché à ce choix, tragique provenant non de ce choix mais des soubresauts non maîtrisés d’une vie intérieure qui envahit le monde extérieur et tente de lui imposer un visage qu’il n’a pas.

Pourquoi avoir choisi le Pays basque, ce cadre qui dicte à Eugène Green son intrigue ? Parce que ce Français d’origine américaine trouve les Français décidément trop « atticistes » (le terme est de lui), ne pratiquant rien à fond, pas même leur propre grammaire. Le Pays basque lui offre l’occasion d’aller au bout d’un homme : Gotson.

Mais il y a peut être une autre raison cachée : lui qui n’écrit jamais les mots anglais que selon une graphie francisée (ouiski, koka, rogbi), peut-être imagine-t-il que le combat que mènent aujourd’hui les Basques pour la survie de leur langue – et de leur monde – sera demain celui de ces Français si sûrs d’eux pour la préservation du leur dans l’universel déluge américanomane ? Comme dans tout ce qui est humain, la politique la plus profonde n’est jamais loin de la poésie la plus librement spirituelle.

Joël Prieur

Si l’on veut se convaincre de la profondeur unique de l’œuvre d’Eugène Green, on peut aussi   aller voir son dernier film, La religieuse portugaise, qui passe actuellement dans deux salles à Paris
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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 09:03

 L’appel du muezzin à la prière remplacera-t-il l’Angélus en France ?

Au sein même du gouvernement, Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères qui s’était déjà élevé contre l’arrestation en Suisse de Roman Polanski, s’est déclaré « un peu scandalisé », en considérant que « si on ne peut pas construire de minarets, cela veut dire qu'on opprime une religion ». Souhaite-t-il déclarer la guerre à la Suisse, comme hier à la Serbie ?

Autre ancien cacique du Parti socialiste converti au sarkozisme, le ministre de l’immigration, de l’Intégration, de l’identité nationale et du Développement solidaire (dans l’ordre…), Eric Besson, a estimé qu’il s’agissait d’un « faux débat », en ajoutant : «  Les minarets ne sont pas une question de principe à mes yeux et je ne souhaite pas qu'ils deviennent un sujet politique. »

Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, a affirmé avoir « beaucoup regretté ce vote. C'est un message très dur parce que c'est un message de stigmatisation d'une pratique religieuse ».

Côté socialiste, Benoît Hamon, porte-parole du PS, l’a assimilé à une « tentation à se recroqueviller, à se replier sur soi et à faire de l'étranger, en l'occurrence le musulman, le bouc-émissaire de tous les maux des sociétés occidentales ».

Ceux qui font entendre un autre son de cloche prennent des précautions oratoires, comme le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, qui admet qu’il faut « bien évidemment des lieux de culte » pour l’islam, mais « ne croit pas » souhaitable de « modifier nos règlements d'urbanisme pour permettre qu'il y ait des minarets d'une certaine taille ». Ou encore comme le porte-parole adjoint du parti majoritaire, Dominique Paillé, qui fait lui aussi part de ses doutes : « Les salles de prières sont tout à fait indispensables, mais pour autant faut-il des minarets au-dessus de ces salles de prière ? Moi je n'en suis pas sûr ».

Marine Le Pen, elle, affirme beaucoup plus fermement qu’en Suisse comme en France, les élites « doivent cesser de nier les aspirations et les craintes des peuples européens qui, sans s'opposer à la liberté religieuse, rejettent les signes ostentatoires que veulent imposer des groupes politico-religieux musulmans, souvent à la limite de la provocation. »

 La liberté des citoyens suisses hors de l’Union européenne

Lesdites élites n’ont cure des aspirations des peuples. Loin d’admirer le modèle de démocratie que donne la Suisse, où le référendum d’initiative populaire contraint le pouvoir à écouter le peuple, nos habituels professeurs de démocratie, hommes de parti ou de presse, se sont désolés, non seulement du résultat de ce référendum, mais aussi qu’il ait pu être organisé. Il ne faut pas demander leur avis aux citoyens quand on estime qu’ils risquent de se tromper. Ainsi notre ministre de la Défense, Hervé Morin, déclare-t-il : « Le référendum c'est bien, mais quand le référendum devient un facteur de populisme, cela devient plus gênant. » Dès qu’il vote en dehors des clous, le peuple devient en effet « populiste ». Le « non » à la Constitution européenne, par exemple, relevait déjà du « populisme ».

A cet égard, soulignons la liberté dont jouissent les citoyens suisses par rapport aux peuples courbés sous la domination bruxelloise. Les Suisses auraient-ils pu imposer à leur gouvernement l’organisation de ce référendum, si leur pays était membre de l’Union européenne ? Le socialiste Pierre Moscovici voit dans leur choix un « vote contraire aux valeurs européennes, un vote qui isole ». Traduction : en disant non aux minarets, la Suisse s’est éloignée de l’Union européenne…

 Une dimension religieuse, mais aussi civilisationnelle

« Ce qui semble ressortir du choix du peuple suisse est d'une part le respect de la liberté de religion, de l'autre la nécessité de mettre un frein aux aspects politiques et de propagande liés à l'islam. Cela devrait nous faire réfléchir », a encore dit Roberto Calderoli.

Comme pour illustrer les propos du ministre italien, Kamel Kebtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, a appelé sur France-Inter « à une réaction de tous les musulmans, des fidèles de toutes les religions, et de tous les démocrates, au niveau européen, pour s'opposer à ce que ce vote, contraire aux fondements du droit, devienne une loi ». A quel titre ? Et quelle réaction ?

« Il s'agit d'un vote d'intolérance, tournant le dos aux bases juridiques les plus constantes qui, à travers le monde, garantissent la liberté de religion », a poursuivi Kebtane sans la moindre pudeur.

Il ne faut pas avoir honte, en effet, lorsqu’on est recteur d’une grande mosquée en France, pour invoquer les « bases juridiques » censées garantir la liberté religieuse « à travers le monde », alors qu’en terre d’islam les chrétiens, lorsqu’ils sont tolérés, ont un statut de dhimmis et que tout prosélytisme leur est interdit. Entend-on les cloches sonner en Arabie saoudite ?

Mgr Antonio Maria Sveglio, président du conseil pontifical pour les migrants, en convient lui-même tout en condamnant, comme l’ont également fait les évêques suisses, le vote helvète, comme « un coup dur porté à la liberté de religion ». « Je ne vois pas comment on peut entraver la liberté de religion d'une minorité ou empêcher un groupe de personnes d'avoir sa propre église. On note un sentiment d'aversion et de peur un peu partout, mais un chrétien doit savoir dépasser cela, même s'il n'y a pas de réciprocité », a-t-il dit. On chercherait vainement, en effet, la réciprocité…

Le président du conseil pontifical pour les migrants et les évêques suisses peuvent regretter tant qu’ils voudront la décision du peuple suisse, la construction de minarets n’a pas seulement une dimension religieuse, mais aussi civilisationnelle et « identitaire ». C’est en substance ce que signifiait Dominique Paillé en déclarant sur France-Inter : « Il y a évidemment des clochers sur les églises, mais c'est un héritage historique. »

Les racines de la France et de l’Europe sont chrétiennes. Depuis la naissance de la France elle-même, les cloches de nos églises ont rythmé l’existence de générations de Français, qui, comme les paysans peints par Millet, arrêtaient leurs travaux à l’heure de l’Angélus. Est-ce désormais l’appel musulman à la prière qui doit régler nos existences ? La future Grande mosquée de Marseille, que l’on peut virtuellement visiter sur le site du Monde sur un fond musical adéquat, comportera un minaret «  de 25 mètres diffusant un jet de lumière pour appeler à la prière avec une valeur symbolique forte de reconnaissance», selon son architecte…

On n’entend plus guère l’Angélus chez nous ; ce n’est pas une raison pour le remplacer par le chant du muezzin.


Nous pouvons nous aussi voter pour l'interdiction des minarets en France sur le site de l'Express :

http://www.lexpress.fr/opinions/sondages/?idSondage=831955

 Hervé Bizien

http://www.lemonde.fr/societe/video/2009/11/06/le-projet-de-la-grande-mosquee-a-marseille_1263508_3224.html

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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 17:36

En Suisse, une majorité importante – soit 57,5 % – a voté dimanche par référendum l’interdiction des minarets à l’appel du parti UDC de la droite populiste et du parti chrétien de droite UDF qui dénoncent un « symbole apparent d’une revendication politico-religieuse du pouvoir, qui remet en cause les droits fondamentaux ».

Sur les 26 cantons de la Confédération helvétique, seuls quatre cantons (Bâle-ville et les cantons francophones de Genève, Vaud et Neuchâtel) ont rejeté la proposition. Un résultat qui sonne comme un désaveu tout à la fois du politiquement correct et de l’angélisme, dont la plupart des politiques européens se font désormais les chantres.

« La construction de minarets est désormais interdite en Suisse », a annoncé le gouvernement helvétique dans un communiqué officiel. « Les quatre minarets existants ne sont pas concernés », ont précisé les autorités. L’interdiction de la construction de minarets doit être intégrée dans l’article 72 de la Constitution sur les relations entre l’Etat et les religions comme une mesure « propre à maintenir la paix entre les membres des diverses communautés religieuses ».

Sitôt connu le résultat de la votation, un tollé quasi-généralisé s’est élevé pour dénoncer tout à la fois l’intolérance, le réflexe de peur et l’esprit de clocher – sans jeu de mots, semble-t-il…

Le grand Mufti d’Egypte, Ali Gomaa, a même parlé d’insulte pour les musulmans du monde entier. Il a cependant lancé un appel à ses frères religieux, leur demandant de ne pas se sentir provoqués par cette interdiction.

Kamel Kebtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, a d’ailleurs lancé un appel similaire, appelant à « une réaction de tous les musulmans, des fidèles de toutes les religions, et de tous les démocrates (sic !), au niveau européen, pour s’opposer à ce que ce vote, contraire aux fondements du droit, devienne une loi ».

« Préjugé » pour la Suède, préoccupation pour le Conseil de l’Europe, « vote de la peur » pour la Belgique, « décision inquiétante » pour les socialistes français, on pourrait multiplier les citations de déclarations politico-médiatiques allant dans le sens d’une… crainte, justement, de la réaction de l’autre.

Le ministre français de l’Immigration, Eric Besson, a été jusqu’à demander qu’on évite de « stigmatiser l’islam » ; et préciser que, en ce qui concerne la France, il aimerait beaucoup qu’on évite ce type de débat, qui relève de l’urbanisme

Il y a mieux… Il y a les évêques suisses, qui ne sont pas contents du résultat du référendum, selon ce qu’a déclaré dimanche le secrétaire général de la conférence épiscopale, Mgr Felix Gmür, qualifiant ce vote de « coup dur pour la liberté religieuse et l’intégration ».

« Le concile Vatican II dit clairement qu’il est licite pour toutes les religions de construire des édifices religieux, et les minarets sont des édifices religieux. C’est un coup dur pour l’intégration de tous ceux qui viennent en Suisse », a-t-il ajouté.

Nous sommes « sur la même ligne que les évêques suisses », a déclaré lundi le président du conseil pontifical pour les migrants, Mgr Antonio Maria Sveglio.

Mais certains hommes politiques italiens, allemands, français, autrichiens, ont néanmoins déclaré comprendre ce vote.

Critiquer la décision suisse serait contre-productif, avertit ainsi l’Allemand Wolfgang Bosbach, responsable de la commission des affaires intérieures du Parlement, et membre de la CDU. Ce résultat traduit la peur d’une islamisation de la société, et « cette crainte doit être prise au sérieux ».

Et il ajoute : « Cela fait des années que je constate un grand écart entre l’opinion publique et les autorités » à ce sujet.

Manfred Weber, député européen de la CSU, précise qu’il ne « suffira pas de coller l’étiquette racisme sur ce vote », mais qu’« il nous faut un débat sur l’identité européenne ».

On peut ainsi, comme Dominique Quinio, dans La Croix, se demander si « un tel référendum dans d’autres pays européens ne donnerait (…) pas des résultats semblables ».

Car là est peut-être la réalité : se demander ce que pensent les peuples – c’est-à-dire les gens de la rue – avant de qualifier leur vote de populiste. Marine Le Pen a ainsi demandé aux élites de « cesser de nier les aspirations et craintes des peuples européens ». Et Bruno Gollnisch estime que le problème de fond est « celui de l’immigration massive et de la mauvaise conscience des Européens, qui les empêche d’exiger ce que chaque pays est en droit d’exiger des plus récents arrivés : le respect de ses lois, mais aussi de ses mœurs, de ses coutumes, de ses traditions, et même de ses goûts ».

Plusieurs hommes politiques italiens, de leur côté, ont réagi favorablement au résultat du référendum suisse, qualifié de « leçon de démocratie ». « La Suisse nous envoie un signal clair : oui aux clochers, non aux minarets », a ainsi déclaré le ministre de la Simplification administrative Roberto Calderoli. « Ce qui semble ressortir du choix du peuple suisse est d’une part le respect de la liberté de religion, de l’autre la nécessité de mettre un frein aux aspects politiques et de propagande liés à l’islam », ajoute-t-il.

« Je suis satisfait du non contre les minarets en Suisse », renchérit le président de la région Veneto, Giancarlo Galan.

En France, pendant ce temps-là, des dizaines de projets de construction de mosquées se font jour, à l’instar de la Grande Mosquée de Strasbourg qui ouvrira ses portes à l’automne 2010, et de celle de Marseille dont la première pierre sera posée en avril…

Par monde et vie
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Samedi 28 novembre 2009 6 28 /11 /2009 20:32

Retour sur la polémique suscitée par les propos de Pierre Bergé et de Line Renaud, respectivement président et vice-présidente du Sidaction, concernant le Téléthon.


Les accusations qu’ils ont portées, trop vagues pour faire vraiment mouche, ont provoqué l’indignation des habituelles ligues de vertu, scandalisées par cette rupture de consensus au sein du camp du Bien. Sidaction contre Téléthon ? L’opposition est impensable.

Les responsables de cette rupture ont donc été provisoirement mis au ban desdites ligues de vertu, ce qui les aura sans doute laissés tout drôles. Si Pierre Bergé lui-même n’est pas à l’abri de l’ostracisme – ou du moins d’un semblant d’ostracisme –, c’est que plus personne ne l’est, pas plus que les révolutionnaires les plus radicaux n’étaient à l’abri de la guillotine en 1793. L’excommunication médiatique, c’est la guillotine de notre temps.

L’hostilité de Bergé et de Line Renaud au Téléthon se fonde essentiellement sur le pactole empoché chaque année par l’Association Française contre les Myopathies (AFM), unique bénéficiaire du Téléthon : soit environ 100 millions d’euros (102,3 en 2007, 95,2 en 2008), quand le Sidaction n’en rapporte que 5.

Jaloux, Bergé ? Accusant le Téléthon de « parasiter la générosité des Français d’une manière populiste » – un qualificatif qui sent son Front national et devrait suffire à faire peser de lourds soupçons sur le Téléthon –, il propose sans ambages de « mutualiser » les dons de la recherche – autrement dit de partager le gâteau.

C’est se moquer des donateurs, qui sont assez grands pour choisir la cause qu’ils veulent soutenir. Si le Sidaction reçoit moins de dons que le Téléthon, peut-être est-ce en raison des prises de positions politiques voyantes de certaines associations de lutte contre le Sida et des actions provocatrices qu’ont conduites certaines d’entre elles, comme Act-up.

Surtout, les reproches qu’adresse au Téléthon – et, partant, à l’AFM – l’ancien « ami » d’Yves Saint-Laurent ne sont pas les bons. Les vraies critiques qu’encourt cette association doivent être cherchées ailleurs, dans certaines de ses pratiques, que Pierre Bergé n’évoque pas parce qu’elles ne le choquent probablement pas.

 On tue le malade au lieu de le soigner

Ces pratiques concernent en premier lieu les recherches sur les cellules souches embryonnaires que finance l’AFM, et en second lieu les dérives eugénistes dont elle se rend coupable.

Dans le premier cas, on utilise des êtres humains vivants à des fins de recherche thérapeutiques. Il s’agit de tout petits êtres, issus de la fécondation in vitro, mais comme le disait le professeur Jérôme Lejeune lors d’un procès resté célèbre, à Maryville, aux Etats-Unis, il est impossible de nier que ces embryons sont humains, et qu’ils sont vivants. Tout le génome (l’inné) est en place, ainsi que le message qui doit leur permettre de se développer jusqu’à la naissance et au-delà. Or après avoir été utilisés comme du matériel de recherche, ces être humains-là sont tués.

Cette destruction de vies humaines, réalisée au nom d’un utilitarisme médical et scientifique, n’est même pas utile (ce qui ne suffirait d’ailleurs nullement à la légitimer). Elles n’ont pas permis d’enregistrer de véritables succès contre la maladie, à l’inverse des recherches réalisées à partir de cellules souches adultes ou provenant du sang de cordon ombilical – qui ne tuent donc pas d’embryon humain. Les dérives eugénistes résultent, quant à elles, des diagnostic pré-implantatoires, qui sont réalisés afin de trier les embryons sains et de détruire les autres, ou des diagnostic pré-nataux, qui conduisent à l’avortement des fœtus atteints : on élimine le malade au lieu de le soigner. Les « bébéthons » qui sont présentés comme « guéris » ne le sont pas en réalité, puisqu’ils n’ont jamais été malades ! Ce sont les survivants du tri embryonnaire et de l’avortement prétendument thérapeutique.

Ces dérives-là sont beaucoup plus graves que celles dénoncées par Pierre Bergé. Malheureusement, bien peu de Français s’en émeuvent.

Par monde et vie
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /2009 08:30

Comment représenter Dieu au cinéma sans que l’on dise aussitôt : Dieu, c’est du cinéma !

Deux films tout récents contribuent à répondre à cette question : l’un, d’un réalisateur qui ne fait pas dans le fracas médiatique mais qui en est quand même à son troisième film. Sans une concession. L’autre, d’un réalisateur habitué aux projecteurs de la télé, mais qui, cette fois, semble bien sortir ses tripes pour de bon.

J’ai vu le premier film, celui d’Eugène Green avec une sorte de ravissement muet. Vous allez sans doute me traiter de midinette, mais moi au cinéma, il faut que je pleure ou que je rie. Cette fois : rien. Ni l’un ni l’autre. Mais un poids. Tout sauf l’indifférence.

L’histoire de Julie de Hauranne n’est pas originale, elle est emblématique. Cette jeune femme, de mère portugaise, vient à Lisbonne comme actrice. Elle joue dans un film qui s’appelle La religieuse portugaise… comme le film que nous regardons. Voulant s’approprier la ville, elle erre dans Lisbonne la nuit. Cette ville est comme toutes les belles femmes, toujours une autre. Dès le premier soir, par hasard, Julie entre dans une église illuminée ; elle voit prier, devant l’autel… son double pour de vraie : la religieuse portugaise. Elle sort précipitamment, mal à l’aise. Elle se renseigne. Dans le quartier on l’appelle « la sainte ». Irrésistiblement attirée, Julie revient encore une fois, puis une troisième fois. La rencontre se fait à ce moment là… rencontre ? Fusion spirituelle plutôt de deux femmes dont l’expérience de la vie paraît si différente, l’une collectionnant les amants et souffrant à chaque séparation comme si c’était la première fois. L’autre, vouée tout entière à l’amour du Christ et uniquement occupée à faire en sorte de ne plus « assiéger Dieu », de le laisser être en elle, de se laisser totalement investir par lui. Il n’y a qu’un amour ! Ce n’est pas tout à fait l’histoire de Marie Madeleine qui se rejoue, mais presque. En lieu et place du Christ, son amante : la religieuse portugaise. Elle explique à Julie comment ne plus avoir mal, en acceptant que l’amour porte non à une fusion/disparition dans l’autre, mais à l’enfantement. Enfantement de soi même d’abord. Le jeune Vasco lui montrera ensuite une autre dimension, active, pratique d’un amour qui ne se contente pas des vœux pieux mais sait bouleverser le ciel et la terre. Sans bruit.

Pas originale cette histoire, mais emblématique de l’itinéraire de l’âme chrétienne. Il n’est pas explicitement  question de Dieu dans le parcours de Julie. Mais elle trouve Dieu dans les œuvres de l’amour, qui ne se réduisent pas à l’œuvre de chair. Avouez que c’est tout l’Evangile. Simplement. C’est le B A BA de l’évidence chrétienne, que nous découvre Eugène Green. Sans la nommer, mais en la désignant avec une éloquence toute baroque qui n’appartient qu’à lui.

Allez voir ce film de toute urgence : deux salles  à Paris cette semaine.

Je voudrais vous dire deux mots à propos du deuxième film, que je n’ai pas encore vu : Hadewijch de Bruno Dumont, réalisateur tout récemment des Derniers jours du monde. Je ne vous parlerai pas du film, puisque je ne l’ai pas vu, mais je laisserai parler Bruno Dumont, interviewé dans La Vie cette semaine : « L’absolu est dangereux. Même s’il peut partir d’un bon sentiment. Ce pur amour de Céline (qui est « Hadewijch rediviva ») est beau. Mais la pureté n’existe pas. L’être humain est moyen, médiocre. Il faut donc renoncer aux absolus. Et redécouvrir l’ordinaire des choses. Le bonheur est là, vraiment ! Il y a une vraie sainteté, un vrai sacré, mais ils sont humains. Il faut reprendre à l’Église ce qu’elle nous a pris – la grâce, la vie spirituelle – car elle nous enferme dans un discours clos. Beaucoup de gens aujourd’hui sont malheureux car, en tournant le dos à la religion, ils renoncent au sacré et à la vie spirituelle. Deux dimensions indispensables à toute vie ».

Rassurez-vous je ne vais pas me lancer dans une analyse compliquée. Je dirai simplement que contrairement à Eugène green, qui laisse le mystère se déployer et nous envelopper tous, lui, Bruno Dumont, refusant d’emblée l’absolu, veut le beurre et le prix du beurre : pour lui, le bonheur est dans le pré, et la sainteté, comme l’agence du Crédit Agricole, forcément « près de chez vous ».

Bon courage Bruno Dumont. Quand vous vous serez lassé de chercher en vain la sainteté près de chez vous, vous retrouverez sans doute (et plus vite que vous ne le croyez vous même) le bon sens de la foi et vous comprendrez que la foi, parce qu’elle est la science de notre métamorphose, n’a rien à voir avec un discours clos.


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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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