Alors que la première séance de débats doctrinaux aura lieu le 26 octobre, après avoir exhorté la FSSPX à la clarté dans un post précédent, on peut se demander ce que cherche Rome de son côté.
Parfaitement informés, connaissant personnellement les principaux protagonistes de la mouvance traditionnelle, sachant combien une part importante d'entre eux est peu encline à des accords, aussi bien dans l'ordre doctrinal que dans l'ordre pratique, les prélats vaticans, sous l'autorité patiente et intelligente de Benoît XVI, ne partent pas à l'aventure dans ce genre de négociations. Les experts, côté Vatican, ont été très rapidement nommés. La presse a été prévenue et les autorités romaines se réservent de diffuser un communiqué de presse après chaque séance.
On peut penser que l'affaire Williamson a définitivement contraint le pape à la transparence la plus totale dans cette affaire, la mouvance "progressiste" gardant toujours un oeil sur tout ce qui peut mener à un rapprochement. Reconnaissons que la période Castrillon, celle de la diplomatie secrète, est passée. On peut ajouter à cette analyse des circonstances que c'est l'intérêt du Vatican de publier le résultat de débats, dont elle énonce l'ordre du jour (le thème des débats du 26 a déjà été retenu... par Rome) et dont elle programme le dénouement.Dénouement à long terme dans des négociations prêtes à s'ensabler ? C'est ce qu'aimerait Mgr Fellay, qui a annoncé le probable ensablement des débats. Mais quand on regarde l'affaire de près, rien n'est moins sûr. Benoît XVI qui a ouvert le dossier à la face de l'Eglise souhaite certainement le refermer lui-même. Il ne dispose pas forcément de beaucoup de temps... Et la culture de l'indétermination n'est gère dans le caractère de celui que ses ennemis n'ont pas surnommé pour rien le Panzer Kardinal.
Où donc Rome veut-elle aller ?
Ce genre de dialogue n'est pas une première pour les autorités romaines. L'accord différencié avec les luthériens, qui a donné lieu à des rencontres multiples, orchestrées, côté Rome par un certain cardinal Ratzinger, peut représenter ce que cette méthode éprouvée est capable de produire de plus irénique. Un texte précis comme une horloge, qui permet aux uns et aux autres de comprendre pourquoi l'accord était possible et pourquoi il n'a pas eu lieu.
Le père Morerod, dominicain, a fait la théorie de ce genre de débat dans un livre paru en juin 2005, qui, sous le titre prémonitoire en quelque sorte Tradition et unité des chrétiens, entend placer "le dogme comme condition de possibilité de l'oecuménisme". Les années 60 ont été les années du grand dégivrage, où l'on a cultivé les formules floues pour faire croire à la possibilité d'un accord entre chrétiens qui se ferait au-dessus du dogme, dans la sphère fuligineuse d'une charité de commande. Il fallait "faire évoluer les positions des uns et des autres de quelques centimètres", comme disait le Père Congar. Dans la conclusion d'un autre ouvrage, oecuménisme et philosophie, le Père Morerod est particulièrement clair : "Dans un premier temps, [il y a 50 ans] l'accent a été mis sur la recherche des points communs entre chrétiens. (...) Le dialogue a commencé, depuis un quart de siècle, à développer la recherche des différences, voire "des différences fondamentales". (...) Une fois admis le désir d'unité, la recherche des différences devient un instrument nécessaire au service de l'unité. Comment pourrait-on surmonter des différences que l'on ne connaît pas ? Identifier les différences fournit la carte du voyage oecuménique, une liste des points à surmonter sur la route vers l'unité".
Il me semble que c'est cette méthode que le Père Morerod entend appliquer aux traditionalistes : découvrir les vrais points de rupture, pour voir à quelle échéance l'unité est réalisable. D'après quelques fuites autorisées, le premier sujet de débat sera : le pape peut-il donner une nourriture empoisonnée à ses fidèles ? Le sujet est donc d'emblée l'indéfectibilité de l'Eglise. Que de nuances en perspective, si l'on veut un vrai débat...
Il me semble encore, je l'ai écrit dans le post précédent, que cette méthode toute de clarté et de rupture, était aussi la méthode utilisée par les dominicains d'Avrillé au cours des Symposiums qui ont marqué, entre 2002 et 2005, le quarantième anniversaire du Concile. Cette clarté, que cultive le Père Morerod dans son oeuvre de théologien, est la condition de possibilité d'un accord véritable. Ce n'est pas en cachant l'objet du débat que l'on parviendra à faire avancer la longue contestation inaugurée, avec quelle clairvoyance, par Mgr Lefebvre lui-même dans l'aula conciliaire. Et lorsqu'il envoya à Rome ses "Questions" (dubia) sur la liberté religieuse, le fondateur de la Fraternité Saint Pie X montrait la voie à ses disciples d'aujourd'hui.
La vraie question qui plane autour de ces débats peut surprendre. Je la pose néanmoins : pourquoi la FSSPX ne reprendrait pas la méthode du Père Morerod au Père Morerod. Tout le monde aurait tout à y gagner.
Claire Thomas
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)