Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /2009 09:03

 L’appel du muezzin à la prière remplacera-t-il l’Angélus en France ?

Au sein même du gouvernement, Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères qui s’était déjà élevé contre l’arrestation en Suisse de Roman Polanski, s’est déclaré « un peu scandalisé Â», en considérant que « si on ne peut pas construire de minarets, cela veut dire qu'on opprime une religion Â». Souhaite-t-il déclarer la guerre à la Suisse, comme hier à la Serbie ?

Autre ancien cacique du Parti socialiste converti au sarkozisme, le ministre de l’immigration, de l’Intégration, de l’identité nationale et du Développement solidaire (dans l’ordre…), Eric Besson, a estimé qu’il s’agissait d’un « faux débat Â», en ajoutant : Â«  Les minarets ne sont pas une question de principe à mes yeux et je ne souhaite pas qu'ils deviennent un sujet politique. Â»

Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, a affirmé avoir « beaucoup regretté ce vote. C'est un message très dur parce que c'est un message de stigmatisation d'une pratique religieuse Â».

Côté socialiste, Benoît Hamon, porte-parole du PS, l’a assimilé à une « tentation à se recroqueviller, à se replier sur soi et à faire de l'étranger, en l'occurrence le musulman, le bouc-émissaire de tous les maux des sociétés occidentales Â».

Ceux qui font entendre un autre son de cloche prennent des précautions oratoires, comme le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, qui admet qu’il faut « bien évidemment des lieux de culte Â» pour l’islam, mais « ne croit pas Â» souhaitable de « modifier nos règlements d'urbanisme pour permettre qu'il y ait des minarets d'une certaine taille Â». Ou encore comme le porte-parole adjoint du parti majoritaire, Dominique Paillé, qui fait lui aussi part de ses doutes : « Les salles de prières sont tout à fait indispensables, mais pour autant faut-il des minarets au-dessus de ces salles de prière ? Moi je n'en suis pas sûr Â».

Marine Le Pen, elle, affirme beaucoup plus fermement qu’en Suisse comme en France, les élites « doivent cesser de nier les aspirations et les craintes des peuples européens qui, sans s'opposer à la liberté religieuse, rejettent les signes ostentatoires que veulent imposer des groupes politico-religieux musulmans, souvent à la limite de la provocation. Â»

 La liberté des citoyens suisses hors de l’Union européenne

Lesdites élites n’ont cure des aspirations des peuples. Loin d’admirer le modèle de démocratie que donne la Suisse, où le référendum d’initiative populaire contraint le pouvoir à écouter le peuple, nos habituels professeurs de démocratie, hommes de parti ou de presse, se sont désolés, non seulement du résultat de ce référendum, mais aussi qu’il ait pu être organisé. Il ne faut pas demander leur avis aux citoyens quand on estime qu’ils risquent de se tromper. Ainsi notre ministre de la Défense, Hervé Morin, déclare-t-il : « Le référendum c'est bien, mais quand le référendum devient un facteur de populisme, cela devient plus gênant. Â» Dès qu’il vote en dehors des clous, le peuple devient en effet « populiste Â». Le « non Â» à la Constitution européenne, par exemple, relevait déjà du « populisme Â».

A cet égard, soulignons la liberté dont jouissent les citoyens suisses par rapport aux peuples courbés sous la domination bruxelloise. Les Suisses auraient-ils pu imposer à leur gouvernement l’organisation de ce référendum, si leur pays était membre de l’Union européenne ? Le socialiste Pierre Moscovici voit dans leur choix un « vote contraire aux valeurs européennes, un vote qui isole ». Traduction : en disant non aux minarets, la Suisse s’est éloignée de l’Union européenne…

 Une dimension religieuse, mais aussi civilisationnelle

« Ce qui semble ressortir du choix du peuple suisse est d'une part le respect de la liberté de religion, de l'autre la nécessité de mettre un frein aux aspects politiques et de propagande liés à l'islam. Cela devrait nous faire réfléchir Â», a encore dit Roberto Calderoli.

Comme pour illustrer les propos du ministre italien, Kamel Kebtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, a appelé sur France-Inter « Ã  une réaction de tous les musulmans, des fidèles de toutes les religions, et de tous les démocrates, au niveau européen, pour s'opposer à ce que ce vote, contraire aux fondements du droit, devienne une loi Â». A quel titre ? Et quelle réaction ?

« Il s'agit d'un vote d'intolérance, tournant le dos aux bases juridiques les plus constantes qui, à travers le monde, garantissent la liberté de religion Â», a poursuivi Kebtane sans la moindre pudeur.

Il ne faut pas avoir honte, en effet, lorsqu’on est recteur d’une grande mosquée en France, pour invoquer les « bases juridiques Â» censées garantir la liberté religieuse « Ã  travers le monde Â», alors qu’en terre d’islam les chrétiens, lorsqu’ils sont tolérés, ont un statut de dhimmis et que tout prosélytisme leur est interdit. Entend-on les cloches sonner en Arabie saoudite ?

Mgr Antonio Maria Sveglio, président du conseil pontifical pour les migrants, en convient lui-même tout en condamnant, comme l’ont également fait les évêques suisses, le vote helvète, comme « un coup dur porté à la liberté de religion Â». « Je ne vois pas comment on peut entraver la liberté de religion d'une minorité ou empêcher un groupe de personnes d'avoir sa propre église. On note un sentiment d'aversion et de peur un peu partout, mais un chrétien doit savoir dépasser cela, même s'il n'y a pas de réciprocité Â», a-t-il dit. On chercherait vainement, en effet, la réciprocité…

Le président du conseil pontifical pour les migrants et les évêques suisses peuvent regretter tant qu’ils voudront la décision du peuple suisse, la construction de minarets n’a pas seulement une dimension religieuse, mais aussi civilisationnelle et « identitaire Â». C’est en substance ce que signifiait Dominique Paillé en déclarant sur France-Inter : « Il y a évidemment des clochers sur les églises, mais c'est un héritage historique. Â»

Les racines de la France et de l’Europe sont chrétiennes. Depuis la naissance de la France elle-même, les cloches de nos églises ont rythmé l’existence de générations de Français, qui, comme les paysans peints par Millet, arrêtaient leurs travaux à l’heure de l’Angélus. Est-ce désormais l’appel musulman à la prière qui doit régler nos existences ? La future Grande mosquée de Marseille, que l’on peut virtuellement visiter sur le site du Monde sur un fond musical adéquat, comportera un minaret «  de 25 mètres diffusant un jet de lumière pour appeler à la prière avec une valeur symbolique forte de reconnaissance», selon son architecte…

On n’entend plus guère l’Angélus chez nous ; ce n’est pas une raison pour le remplacer par le chant du muezzin.


Nous pouvons nous aussi voter pour l'interdiction des minarets en France sur le site de l'Express :

http://www.lexpress.fr/opinions/sondages/?idSondage=831955

 Hervé Bizien

http://www.lemonde.fr/societe/video/2009/11/06/le-projet-de-la-grande-mosquee-a-marseille_1263508_3224.html

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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