Copenhague est devenue lundi, et pour quinze jours, la capitale d’un monde écolo, où 193 pays se sont réunis afin de lancer un appel
pressant à « voter pour la Terre ».
« Vous êtes, durant une courte période, dépositaires des espoirs (…) de l’humanité », a lancé le Premier ministre danois Lars Loekke Rasmussen en ouvrant les travaux du sommet devant 1 200 délégués du monde entier, suggérant que la capitale danoise devienne, le temps de cette quinzaine, “Hopenhague” – le port de l’espoir.
La réunion a d’ailleurs débuté par la projection d’un court film-catastrophe montrant une fillette endormie au côté de son ours blanc en peluche, et qui s’éveille au milieu d’un désert au sol craquelé, avant d’être rattrapée par des vagues déchaînées. Les participants auront ainsi économisé le prix de la place de cinéma pour aller voir “2012”…
Cette conférence ne sera un succès que « si une action significative et immédiate commence » le jour-même où ses travaux s’achèveront, a prévenu le patron du climat à l’ONU, Yvo de Boer. « Les pays en développement attendent désespérément une action tangible et immédiate », affirme-t-il. Mais aussi sonnante et trébuchante, puisque les organisateurs n’hésitent pas à proposer l’idée d’un financement de 10 milliards de dollars par an jusqu’en 2012 pour leur permettre de s’adapter aux besoins de la planète…
Aide d’un côté, mais aussi promesse, de l’autre, de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et là, les choses se compliquent.
« A l’heure actuelle, les conditions ne sont pas remplies pour faire passer notre objectif de 20 % à 30 % », déclare ainsi le ministre polonais des Affaires européennes, Mikolaj Dowgielewicz. Notamment parce que les Européens aimeraient bien que les autres pays développés fassent un effort comparable…
Les organisations de défense de l’environnement aimeraient bien, quant à elles, que les Européens franchissent le pas pour montrer l’exemple. Certains pays affirment être prêts à franchir le pas. « C’est le cas de la Suède, des Pays-Bas ou encore du Royaume-Uni », indique un diplomate. En France ou en Allemagne, c’est autre chose…
L’aide à apporter aux pays en développement pose également problème. L’Union européenne n’a pas encore défini le montant global de son aide, même si une contribution annuelle volontaire (sic !) de 1 à 3 milliards d’euros entre 2010 et 2012 est évoquée. Car comment la répartir ?
Il ne faudrait d’ailleurs pas que la réponse à ces questions génère d’autres difficultés. « Avant que nous ne déployons tous nos efforts dans la lutte contre le changement climatique, les pays pauvres rencontraient déjà une série de problèmes », souligna ainsi Kandeh Yumkella, directeur général de l’organisation des Nations unies pour le développement industriel. « Nous ne voulons pas, poursuit-il, que le changement climatique cannibalise d’autres financements pour le développement. »
Autre difficulté, le Climategate, c’est-à-dire l’affaire des courriels de scientifiques piratés en Angleterre, exploitée par les sceptiques du réchauffement pour le remettre en cause. Certains pays, dont l’Arabie saoudite, ont estimé que cette mise en cause d’un certain discours scientifique affectait le « niveau de confiance » des peuples en la science.
Mais, on le voit, sans même remettre en cause le dogme climatologique, certains pays ne semblent guère décidés à mettre la main à la poche…
Olivier Figueras
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)