Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /2009 08:44

Ca y est... Mgr Fellay a rendu publique la liste des dialogueurs de la Fraternité Saint Pie X, qui circulait depuis quelques semaines de bouches à oreilles. Je n'ai pas pu l'écrire sur papier, dans la dernière livraison, par manque de preuve tangible, mais l'espace Internet me donne la possibilité de commenter cette nouvelle immédiatement. Bénit soit le Blog de Monde et Vie.

 

Je crois que ce tiercé de théologiens désignés donne l'orientation des dialogues voulus par Mgr Fellay. Si on cite ses propres paroles, on se trouve conforté dans l'impression que donne l'énumération officielle de ces trois noms : le but des dialogues, du côté des Alpes suisses, apparaît clairement. Il faut faire en sorte que "Rome" revienne à la Tradition. Dans une interview récente à Tradition, le périodique de la FSSPX en Afrique du Sud, le supérieur de la Fraternité Saint pie X s'exprime sans ambiguïté :

"Le but que l’on cherche à atteindre avec ces discussions doctrinales est une importante clarification dans l’enseignement de l’Église ces dernières années. En effet, la Fraternité St Pie X, à la suite de son fondateur, Mgr Lefebvre, a de sérieuses objections au sujet du Concile Vatican II. Et nous espérons que les discussions vont permettre de dissiper les erreurs ou les graves ambiguïtés qui depuis lors ont été répandues à pleines mains dans l’Église catholique, comme l’a reconnu Jean-Paul II lui-même".

La mission reçue par les trois théologiens élus est simple : ramener "Rome" à sa Tradition. Mgr Fellay cite Jean Paul II, mais il est mort. De l'oeuvre formidable de Benoît XVI, il n'est pas question : ni le discours du 22 décembre 2005, qui passe le concile Vatican II au sanibroyeur de l'interprétation (que l'on appelle herméneutique quand on veut avoir l'air au courant), ni, passant par dessus la collégialité des évêques, la formidable déclaration de liberté du Rite traditionnel (ou : Motu proprio de 2007) ne se trouvent rappelés par Mgr Fellay.

Vous me direz peut-être : "Mais, Mgr Fellay ne peut pas tout dire ! Ces deux actes fondateurs, il y pense". - Je vous avoue que cela m'aurait semblé important qu'il nous le dise, qu'il y pense. Oh ! A plusieurs reprises, on a pu constater sa souplesse. Cette souplesse est aussi celle de l'abbé de La Rocque, pétulant théologien qui, dans un petit livre bleu, remit naguère sans beaucoup d'arguments, la réforme liturgique en question. Mais il ne me semble pas que ce terme - souplesse - puisse caractériser valablement ni l'abbé de Jorna, ni l'abbé Gleize. Mgr Fellay cherche-t-il l'équilibre dans le contraste ? Sans doute... Mais cette démarche est périlleuse. Il faut s'appeler Hegel pour y croire...

Prenons un exemple : la liberté religieuse. Dans Le Nouvelliste du Valais, à la fin de l'été - je laisse mes lecteurs faire la recherche, je suis sûr qu'ils retrouveront ce texte, je prends l'avion demain matin et le temps me manque - Mgr Fellay nous assénait que, dans le cas d'une société plurireligieuse, c'est l'Etat qui, au nom de la tolérance, devait servir d'arbitre... Il poussait le bouchon très loin ! Je ne suis pas certaine que l'abbé de Jorna estime que la clarification à laquelle le supérieur de la FSSPX appelle tout le monde passe par là. Je pense, en revanche, que cette mise au point du Supérieur de la FSSPX convient parfaitement ("trop même" comme je disais en Afrique et comme disent les jeunes) à ses interlocuteurs romains. Mais quid des théologiens qu'il a lui-même désignés ? Une telle déclaration leur convient-elle ? 

La clarification naîtra-t-elle du choc des arguments ? Le Père Morerod, responsable romain des dialogues, a écrit plusieurs livres sur le dialogue interreligieux, dans lesquels il soutient cette idée. J'aimerais penser qu'il a raison, mais je n'y crois guère. Si les discussions ont lieu sans publicité, elles resteront obscures.

Si l'on cherche la clarification, il me semble que la FSSPX, vaisseau amiral de la flotille traditionaliste dans l'Eglise, s'honorerait en publiant un syllabus de ses arguments, que tout le monde puisse consulter et qui permette de soustraire la discussion aux problèmes personnels des uns et des autres. Il y a eu, à Paris, en 2002, 2003 et jusqu'à 2005 je crois, à l'Institut Saint Pie X, de très remarquables Symposiums sur Vatican II, au sein desquels les dominicains d'Avrillé eurent un rôle prépondérant et dans lesquels des "déclarations finales" permettaient de synthétiser clairement le propos des participants. Pourquoi ne pas se servir de ce travail pour "clarifier" le débat, selon le voeu de Mgr Fellay ? Pourquoi ne pas demander à Mgr Fellay lui-même une synthèse de ses arguments ?

L'enjeu est décisif. La première séance est annoncée pour le 26 octobre. Je ne suis qu'une faible femme et je n'ai rien à dire. Je vais me taire. Mais je prie pour la clarté, oui, c'est trop grave, il s'agit de nos enfants, je prie pour la transparence de ces débats. Vous aussi ?

Claire Thomas

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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