Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /2009 15:19

Ayant aperçu la semaine dernière ici même le joli article de ma consoeur Claire Thomas sur le film d’Eugène Green, La religieuse portugaise, j’ai pensé que le texte qui suit, paru dans Minute, ne déparerait pas le Blog de Monde et Vie et permettrait au lecteur d’avoir une vision d’ensemble sur la production puissante et variée de cet auteur chrétien.

Oeuvre « impossible » entre littérature régionaliste et pochade métaphysique, entre roman d’initiation et manifeste politique, entre récit fantastique et scénario policier, La bataille de Roncevaux, signé Eugène Green, nous offre, moyennant un détour avoué par Rabelais, le meilleur de la littérature française contemporaine. Cette tentative sans limite et tellement humaine, on ne trouve qu’un épithète pour la qualifier : celui de baroque. Comment appeler autrement un espace stylistique dans lequel on nous laisse sans cesse le choix entre la perfection académique de l’imparfait du subjonctif et la rapidité incisive de dialogues qui flirtent avec l’humour  le plus ordinaire ?

Eugène Green a d’abord choisi un lieu, le Pays basque autour de Saint-Jean Pied de Port. Avec le lieu, c’est l’esprit du lieu qui s’est imposé, fait de sérieux et de rêverie, de virilité sans phrase et d’épanchements qui ne dédaignent pas la solennité. Il campe dans ce cadre un jeune garçon, Gotzon qui va devenir « un homme » (c’est la signification de Gotzon, en basque). Est-ce parce qu’il a perdu ses parents dans un accident de voiture et parce que c’est sa grand mère qui s’est chargée de son éducation ? L’enfant, rêveur, ne fraye pas avec les autres enfants, qui lui semblent superficiels. Monté sur sa mobylette, il hante le pays et vibre aux présences que lui apportent le vent et la lumière. Il connaîtra le coup de foudre avec Elisabeth, le « mystère de la sexualité » avec Justina, l’amour fou avec Maria, mais chaque fois ses conquêtes sont repoussées par son étrangeté. Devenu étudiant à Bayonne, il a un ami Ur (l’eau en basque), avec lequel il fait un bout de chemin et qui tente de l’initier à l’action politique. Mais qu’est-ce que ce poète comprend à la politique ? Dans son esprit, l’action politique pro-euskara prend un tour picaresque. Il va voir « la sorcière » locale et imagine un scénario. Ce montage aurait dû n’être que farcesque, comme un exutoire à la colère de celui qui voit disparaître son pays. La reconstitution de la bataille de Roncevaux, victoire des Basques sur les Français de Charles le Magne, allait se terminer en drame. Mais c’est ce drame qui calmera la colère de Gotson et lui rendra, avec la paix, la libre disposition de sa propre destinée. Il va pouvoir finalement vivre à la profondeur qu’il a choisi depuis toujours, en congédiant le tragique qui semblait attaché à ce choix, tragique provenant non de ce choix mais des soubresauts non maîtrisés d’une vie intérieure qui envahit le monde extérieur et tente de lui imposer un visage qu’il n’a pas.

Pourquoi avoir choisi le Pays basque, ce cadre qui dicte à Eugène Green son intrigue ? Parce que ce Français d’origine américaine trouve les Français décidément trop « atticistes » (le terme est de lui), ne pratiquant rien à fond, pas même leur propre grammaire. Le Pays basque lui offre l’occasion d’aller au bout d’un homme : Gotson.

Mais il y a peut être une autre raison cachée : lui qui n’écrit jamais les mots anglais que selon une graphie francisée (ouiski, koka, rogbi), peut-être imagine-t-il que le combat que mènent aujourd’hui les Basques pour la survie de leur langue – et de leur monde – sera demain celui de ces Français si sûrs d’eux pour la préservation du leur dans l’universel déluge américanomane ? Comme dans tout ce qui est humain, la politique la plus profonde n’est jamais loin de la poésie la plus librement spirituelle.

Joël Prieur

Si l’on veut se convaincre de la profondeur unique de l’œuvre d’Eugène Green, on peut aussi   aller voir son dernier film, La religieuse portugaise, qui passe actuellement dans deux salles à Paris
Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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