Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /2009 14:27
Le site du Monde met en ligne aujourd’hui un entretien avec Micheline Calmy-Rey, qui dirige le Département fédéral suisse des Affaires étrangères. La journaliste qui recueille ses propos, Agathe Duparc, lui pose deux questions qui me paraissent très révélatrice de l’état d’esprit dominant parmi nos prétendues élites, médiatiques ou politiques.

« Le vote anti-minaret ne révèle-t-il pas une sérieuse faille dans le modèle référendaire helvétique ? », demande la journaliste.

« Ce n'est pas parce que le résultat du vote déplaît qu'il faut parler d'une faille, répond Micheline Camy-Rey. La démocratie participative permet à des problèmes de société aigus de remonter à la surface beaucoup plus vite et plus directement, et d'éviter ainsi des réveils plus brutaux. La Suisse n'est pas un pays de révolutions. Les gens s'expriment et n'ont pas peur de dire des choses. Je suis assez sûre que si ce vote avait eu lieu ailleurs, en France par exemple, il aurait donné le même résultat. »

« Mais sur des questions aussi émotionnelles ne faudrait-il pas empêcher les votations populaires ? », insiste Agathe Duparc.

« Si vous allez au bout de ce raisonnement, vous arrivez à la conclusion qu'il faut supprimer la démocratie participative, l'encadrer, bref la remettre en cause. Personne ne le souhaite. Bien sûr, la compatibilité des engagements internationaux de notre pays, comme la Convention européenne des droits de l'homme, avec les résultats de certains votes se pose. La Cour européenne des droits de l'homme pourrait être amenée à se prononcer en cas de recours. »

On sent bien que Micheline Calmy-Rey souhaite qu’une telle solution vienne corriger, très antidémocratiquement, le choix de ses compatriotes. Mais en vraie citoyenne suisse, elle n’en considère pas moins qu’empêcher le peuple de s’exprimer revient à supprimer la démocratie.

En revanche, la République française a renoncé à demander leur avis à ses gêneurs imprévisibles que sont les Français. Sauf une fois tous les cinq ans, à l’occasion d’élections encadrées par les appareils politiques. Et les journalistes de la presse institutionnelle seraient, somme toute, moins choqués que l’on abolisse les référendums qu’ils ne le sont par l’organisation de « votations populaires » sur des questions taboues.

 Hervé Bizien

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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