Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /2010 13:07

Les commentaires sur le nouveau projet gouvernemental d’imposer 30 % de boursiers aux grandes écoles, dont le recrutement ne serait pas assez démocratique, et le refus desdites grandes écoles de sacrifier leur niveau et leur prestige à la démagogie de la « discrimination positive », ont déjà fait couler beaucoup d’encre.

Quant au fond du débat, le principe d’accorder des bourses aux élèves méritants, doués et d’origine trop modeste pour financer leurs études est évidemment excellent. « Il y a de l’or dans les enfants du peuple ! Cet or, il faut l’amener à la surface. », s’écriait naguère Léon Daudet, député royaliste, lors d’un célèbre débat à la Chambre sur les humanités (ô temps, ô mœurs !). Le système de bourses français peut certes être amélioré, mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici. La logique gouvernementale s’inscrit dans le fil de la « démocratisation » de l’enseignement supérieur, qui vise à conduire au baccalauréat (autrement dit au premier grade universitaire) 80 % de chaque classe d’âge et à la licence 50 % de cette même classe d’âge.

Or il n’existe que deux manières d’y parvenir : soit améliorer le niveau de l’ensemble des élèves et des étudiants, soit baisser le niveau de l’examen, et par conséquent de l’enseignement. La deuxième solution étant évidemment plus la plus facile, c’est non moins évidemment celle qui a été retenue au cours du dernier quart de siècle. La faillite de notre système scolaire montre ce qu’il faut en penser.

C’est pourtant dans la même logique que se place Luc Chatel lorsqu’il affirme qu’il faut « réfléchir au contenu des concours » et que « Le contenu même des épreuves peut entraîner une certaine discrimination ». Ce sont essentiellement les épreuves de culture générale qui sont dans le collimateur, accusées d’attenter à l’égalité républicaine.

L’idée des promoteurs de la réforme, comme Richard Descoings, n’est pas nouvelle : elle est reprise des analyses des Bourdieu et des Meirieu, qui prévalent au sein de l’Education nationale depuis 40 ans et sont à l’origine de ses échecs. Pour résumer cette idée, les enfants issus de familles aisées, dont les parents possèdent – d’ordinaire– une culture générale plus élevée que l’ouvrier immigré, sont favorisés. Et cette évidence constituerait, paraît-il, une entorse insupportable à la sacro-sainte Egalité.

Le plus simple, pour la rétablir, consisterait évidemment à enlever tous les enfants à leurs parents dès le plus jeune âge pour les placer dans des centres éducatifs républicains : c’est de cette solution qu’avait rêvé Saint-Just, et celle qui est encore appliquée en Corée du Nord.

Dans la France sarkozienne, il serait évidemment problématique de l’imposer. La solution consiste donc à évacuer la culture générale des critères de sélection des écoles. Mais cela suffira-t-il ? Est-il tolérable que certains enfants soient plus doués pour les mathématiques que d’autres, ou possèdent un don pour les langues, ou un meilleur style en français ?

Est-il concevable que certains soient plus portés sur le raisonnement abstrait et les matières intellectuels, et que d’autres soient plutôt manuels ? Est-il admissible – j’ose à peine l’écrire – qu’il existe des formes différentes d’intelligence et pis encore, des degrés d’intelligences différents ?

N’est-il pas scandaleux, en somme, que les êtres humains n’aient pas été tous conçus dans un moule unique et soient complémentaires ?

Nicolas Sarkozy ne le pense pas lui-même, puisqu’il affirme aujourd’hui – horresco referens ! – que « Les grandes écoles, c’est pour tout le monde, pourvu que l’on travaille, pourvu que l’on ait du talent ». Supposer que certains aient du talent, ou le goût du travail, et d’autre pas, c’est déjà établir une discrimination !

Les directeurs des grandes écoles n’ont jamais pensé autrement. Que veut donc dire le président de la République lorsqu’il juge « invraisemblables » et « parfaitement déplacées » leurs prétendue réticences à accueillir au sein de leurs établissements 30 % d’élèves boursiers ?

Sarkozy sait parfaitement que les grandes écoles ne refusent pas d’accueillir des élèves boursiers, mais d’intégrer des élèves d’un niveau insuffisant sous prétexte qu’ils sont issus de milieux défavorisés.

Il ne peut pas ignorer non plus que, comme le montrait en 2007 un rapport du sénateur socialiste Yannick Bodin, 29 % des élèves des grandes écoles étaient issus des milieux populaires dans les années 50, contre 9 % seulement quarante ans plus tard. Cette différence s’explique à la fois par les effets de la pseudo-démocratisation de l’enseignement, qui a entraîné une baisse du niveau ; et par l’arrivée massive sur le sol national de millions de familles issues de l’immigration extra-européenne, que la République n’est pas parvenue à intégrer.

Cela, Nicolas Sarkozy le sait parfaitement. Mais il est plus simple de se draper dans sa vertu en pointant du doigt le manque de générosité « invraisemblable » des directeurs des grandes écoles, que d’avouer qu’il s’est trompé.

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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