Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 08:29

Le 3 novembre dernier, la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné l’Italie pour la présence de crucifix dans les salles de classe, qu’elle a jugée contraire au droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions, et au droit des enfants à la liberté de religion.

L’affaire avait été portée devant les tribunaux par Solie Lautsi, une Italienne résidant à Abano Terme, dont les enfants, Dataico et Sami Albertin, âgés respectivement de onze et treize ans, avaient fréquenté en 2001-2002 l’école publique Vittorino da Feltre où toutes les salles de classe étaient pourvues d’un crucifix. Elle estimait leur présence contraire au principe de laïcité et avait informé l’école de sa position, invoquant un arrêt de la cour de cassation qui avait jugé la présence de crucifix dans les bureaux de vote contraire au principe de laïcité de l’Etat. A l’époque, la direction de l’école, se fondant sur une directive du ministère de l’Instruction publique, avait décidé de laisser les crucifix dans les salles de classe. En 2004, devant la Cour constitutionnelle, le gouvernement avait soutenu que cette présence était naturelle, le crucifix n’étant pas seulement un symbole religieux, mais aussi, en tant que « drapeau » de la seule Eglise nommée dans la Constitution, un symbole de l’Etat italien. Le 17 mars 2005, le tribunal administratif avait rejeté le recours de la requérante, jugeant que le crucifix était « à la fois le symbole de l’histoire et de la culture italienne et par conséquent de l’identité italienne ». Le 13 février 2006, le Conseil d’Etat avait ensuite rejeté son pourvoi au motif que la croix était devenue une des valeurs laïques de la Constitution italienne et représentait les valeurs de la vie civile. Mais les juges de Strasbourg ont estimé que la croix peut aisément être interprétée par des élèves de tous âges comme un signe religieux, signe qui peut être perturbant pour des élèves d’autres religions ou athées. Ils ont donc conclu à l’unanimité à la violation de l’article 2 du protocole 1 (droit à l’instruction) conjointement avec l’article 9 de la Convention (liberté de pensée, de conscience et de religion), et alloué de ce fait 5 000 euros à la requérante pour dommage moral. L’Etat, explique la Cour, doit s’abstenir d’imposer des croyances dans les lieux où les personnes sont dépendantes de lui. Le gouvernement italien a immédiatement fait appel de cette décision, tandis que la publication du jugement européen provoquait l’indignation populaire. Ainsi 84 % des personnes se sont dites favorables à la présence du crucifix dans les écoles, selon un sondage réalisé cinq jours après la décision de la Cour européenne des droits de l’Homme, contre 14 % qui ont dit non, et 2 % qui ont déclaré être sans opinion. La réaction politique a été très nette. Pour le chef du gouvernement italien, « il ne s’agit pas d’une sentence coercitive. Il n’y aucune possibilité de coercition qui nous empêche de garder les crucifix dans les salles de classe. » « Cette décision est inacceptable pour nous Italiens. » C’est « une de ces décisions qui nous font douter du bon sens de l’Europe », a précisé Silvio Berlusconi. Avant de conclure : « Nous sommes un pays où nous ne pouvons pas ne pas nous dire chrétiens. » La classe politique lui a emboité le pas. Dès l’annonce du verdict, le ministre de l’Education, Mariastella Gelmini, a dénoncé une décision « idéologique ». La croix « ne signifie pas une adhésion au catholicisme, mais c’est un symbole de notre tradition », souligne-t-elle. « L’histoire de l’Italie passe aussi à travers des symboles : en les supprimant on supprime une partie de nous-mêmes. (…) Personne, et encore moins une cour européenne idéologique, ne réussira à supprimer notre identité. Notre Constitution reconnaît en outre, justement, une valeur particulière à la religion catholique. » Ce verdict « piétine nos droits, notre culture, notre histoire, nos traditions et nos valeurs », renchérit le ministre à la Simplification administrative, Roberto Calderoli. « Dans tous les cas de figure, ajoute-t-il, les crucifix resteront sur les murs de nos écoles où ils ont toujours été, comme nous continuerons à avoir nos crèches ou à fêter Noël, car nous sommes fiers de nos symboles et de leur signification. » « Le dialogue interreligieux passe par la tolérance et le respect, non par une guerre contre le crucifix, qui est au contraire un symbole de bonté et de paix qui, par tradition, trouve depuis toujours sa place dans les salles de classe de nos écoles », commente pour sa part le sénateur Mauro Cutrufo, vice-maire de Rome.
Olivier Figueras

Par monde et vie
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L'éditorial du 22.02.2010

Les deux France d’Eric Besson
La comédie de l’identité nationale s’est terminée comme on pouvait s’y attendre, en cul-de-sac. Pouvait-il en aller autrement ? A aucun moment il n’a été mené de réflexion de fond. Au sein des fameux « débats » organisés à travers la France, les voix dissonantes ont le plus souvent été bâillonnées. Ce que l’on retiendra principalement de cette pantalonnade, c’est l’aveu qu’a fait le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale – la superposition sur une même tête de ces deux casquettes est en elle-même très symbolique –, le 5†janvier à la cité des 4 000 de La Courneuve : «la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage» Il est vrai qu’Eric Besson a corrigé sa prose le 22 janvier en déclarant à l’AFP qu’à bien y réfléchir, la France était «un seul peuple, une langue, un territoire, des valeurs et une organisation institutionnelle : la République». Les journalistes qui avaient rapporté la première version avaient donc mal entendu ? Non, ils avaient mal compris, a expliqué le ministre, qui voulait, dit-il, évoquer la France d’avant la France, celle des tribus éparses décrites par Jules César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules.Ce que je comprends, moi, c’est que ce ministre qui a de la République plein la bouche considère l’ensemble de ses compatriotes comme un conglomérat d’imbéciles abyssaux. Ce que je comprends aussi, c’est que le ministre de l’Immigration tient à La Courneuve un discours propre à plaire aux populations issues de l’immigration extra-européenne ; et que le ministre de l’Identité nationale tient le discours exactement opposé pour amadouer l’électorat de droite.Tout le prétendu débat sur la question identitaire a été fait de ce tabac-là. Si le président de la République et son gouvernement ont pu donner l’impression qu’ils n’avaient ni stratégie, ni ligne directrice, c’est qu’ils avaient, au contraire, une double stratégie et un double discours. Jamais pouvoir n’a traité une question aussi fondamentale, à un moment aussi crucial, avec une telle démagogie. Observons au passage que Besson connaît son histoire de France. Il est vrai qu’il n’existe pas de race française ; nous sommes mieux que cela : une nation, disait Bainville. Il est exact aussi que la France n’a pas toujours constitué un ensemble aussi « un et indivisible » que l’ont prétendu par la suite les idéologues jacobins. Les rois qui ont construit ce pays, lorsqu’ils parlaient des Français, mettaient le pluriel au mot peuple. Mais chacun de ces peuples était enraciné dans une province d’un unique royaume, dans un sol français. Il est en effet deux sortes de communautés : celles qui s’enracinent dans un lieu et celles qui nomadisent. Lorsqu’il évoque un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble, Besson ne pense pas aux Auvergnats, aux Provençaux ou aux Bourguignons. Il pense aux Maliens, aux Maghrébins, aux Hottentots. C’est pourquoi il parle de métissage. Mais il n’en est pas moins symbolique qu’il se réfère, pour se dédire, à la Gaule d’avant la conquête. La tranche d’histoire assez large qui s’étend de la Gaule pré-romaine à notre bel aujourd’hui, et qui pour le ministre n’existe pas, porte un nom : la civilisation française.
Eric Letty

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