Le 3 novembre dernier, la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné l’Italie pour la
présence de crucifix dans les salles de classe, qu’elle a jugée contraire au droit des parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions, et au droit des enfants à la liberté de
religion.
L’affaire avait été portée devant les tribunaux par Solie Lautsi, une Italienne résidant à Abano Terme, dont les enfants, Dataico et Sami Albertin, âgés respectivement de onze et treize ans,
avaient fréquenté en 2001-2002 l’école publique Vittorino da Feltre où toutes les salles de classe étaient pourvues d’un crucifix. Elle estimait leur présence contraire au principe de laïcité et
avait informé l’école de sa position, invoquant un arrêt de la cour de cassation qui avait jugé la présence de crucifix dans les bureaux de vote contraire au principe de laïcité de l’Etat. A
l’époque, la direction de l’école, se fondant sur une directive du ministère de l’Instruction publique, avait décidé de laisser les crucifix dans les salles de classe. En 2004, devant la Cour
constitutionnelle, le gouvernement avait soutenu que cette présence était naturelle, le crucifix n’étant pas seulement un symbole religieux, mais aussi, en tant que « drapeau » de la seule Eglise
nommée dans la Constitution, un symbole de l’Etat italien. Le 17 mars 2005, le tribunal administratif avait rejeté le recours de la requérante, jugeant que le crucifix était « à la fois le
symbole de l’histoire et de la culture italienne et par conséquent de l’identité italienne ». Le 13 février 2006, le Conseil d’Etat avait ensuite rejeté son pourvoi au motif que la croix était
devenue une des valeurs laïques de la Constitution italienne et représentait les valeurs de la vie civile. Mais les juges de Strasbourg ont estimé que la croix peut aisément être interprétée par
des élèves de tous âges comme un signe religieux, signe qui peut être perturbant pour des élèves d’autres religions ou athées. Ils ont donc conclu à l’unanimité à la violation de l’article 2 du
protocole 1 (droit à l’instruction) conjointement avec l’article 9 de la Convention (liberté de pensée, de conscience et de religion), et alloué de ce fait 5 000 euros à la requérante pour
dommage moral. L’Etat, explique la Cour, doit s’abstenir d’imposer des croyances dans les lieux où les personnes sont dépendantes de lui. Le gouvernement italien a immédiatement fait appel de
cette décision, tandis que la publication du jugement européen provoquait l’indignation populaire. Ainsi 84 % des personnes se sont dites favorables à la présence du crucifix dans les écoles,
selon un sondage réalisé cinq jours après la décision de la Cour européenne des droits de l’Homme, contre 14 % qui ont dit non, et 2 % qui ont déclaré être sans opinion. La réaction politique a
été très nette. Pour le chef du gouvernement italien, « il ne s’agit pas d’une sentence coercitive. Il n’y aucune possibilité de coercition qui nous empêche de garder les crucifix dans les salles
de classe. » « Cette décision est inacceptable pour nous Italiens. » C’est « une de ces décisions qui nous font douter du bon sens de l’Europe », a précisé Silvio Berlusconi. Avant de conclure :
« Nous sommes un pays où nous ne pouvons pas ne pas nous dire chrétiens. » La classe politique lui a emboité le pas. Dès l’annonce du verdict, le ministre de l’Education, Mariastella Gelmini, a
dénoncé une décision « idéologique ». La croix « ne signifie pas une adhésion au catholicisme, mais c’est un symbole de notre tradition », souligne-t-elle. « L’histoire de l’Italie passe aussi à
travers des symboles : en les supprimant on supprime une partie de nous-mêmes. (…) Personne, et encore moins une cour européenne idéologique, ne réussira à supprimer notre identité. Notre
Constitution reconnaît en outre, justement, une valeur particulière à la religion catholique. » Ce verdict « piétine nos droits, notre culture, notre histoire, nos traditions et nos valeurs »,
renchérit le ministre à la Simplification administrative, Roberto Calderoli. « Dans tous les cas de figure, ajoute-t-il, les crucifix resteront sur les murs de nos écoles où ils ont toujours été,
comme nous continuerons à avoir nos crèches ou à fêter Noël, car nous sommes fiers de nos symboles et de leur signification. » « Le dialogue interreligieux passe par la tolérance et le respect,
non par une guerre contre le crucifix, qui est au contraire un symbole de bonté et de paix qui, par tradition, trouve depuis toujours sa place dans les salles de classe de nos écoles », commente
pour sa part le sénateur Mauro Cutrufo, vice-maire de Rome.
Olivier Figueras
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)