Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /2010 16:42

Etranges, les vœux présidentiels pour 2010 ! Pas par leur contenu : tout va très bien, on a gagné contre la crise, tous ensemble, tous ensemble, mais surtout grâce à l’action de nos merveilleux pouvoirs publics ; et même s’il reste quelques efforts à consentir, la lumière brille au bout du tunnel, d’autant plus vive que nous nous en sommes beaucoup mieux sortis que beaucoup d’autres, cocorico, vive la République, vive la France.

En somme, c’est fou la chance qu’on a d’avoir un président comme ça !

Non, les vœux de Nicolas Sarkozy, ce 31 décembre, n’étaient pas étranges par leur contenu, mais par leur manière, à cent mille lieues de l’image de président « cool et fun », à l’américaine, à la Kennedy, qu’il avait voulu donner de lui-même jusqu’à présent. Faut-il imputer ce changement à l’effet Obama, imbattable sur ce terrain ? Costume anthracite, chemise blanche et cravate bleue, conventionnel jusqu’à la caricature, le président français s’est exprimé sur un fond décoratif presque austère : une vue de l’Elysée dans une tonalité blanche, bordée par les deux autres couleurs du drapeau national, Marseillaise et patrouille de France en ouverture. Il était évident que Nicolas Sarkozy, l’attitude plutôt figée, lisait son texte sur un prompteur.

Quant au contenu, il serait trop long ici de tout en reprendre pour tout commenter ; je me contenterai de quelques remarques.

Les trois mots inconnus de Sarkozy

Sur l’ensemble de ce discours très convenu et très optimiste, il est trois mots que le président de la République n’a jamais prononcé : déficit, Sécu, et dette.

Pour mémoire, le déficit public prévu par le Projet de loi de finances 2010 s’élève à 116 milliards d’euros. En 2007, avant la crise, il avoisinait 42 milliards et l’on trouvait que c’était considérable.

Le rapport Pébereau, remis à Thierry Breton en décembre 2005, tirait la sonnette d’alarme à propos de la dette publique, qui s’élevait fin 2004 à 1 067 milliards d’euros. Elle dépasse aujourd’hui 1457 milliards.

Le déficit de la Sécurité sociale devrait atteindre, selon les prévisions officielles, 30,6 milliards d’euros cette année, alors qu’on le considérait déjà comme pharamineux lorsqu’il n’atteignait « que » 12 milliards… en 2007.

De ces réalités-là, Nicolas Sarkozy n’a pas dit un mot. Il a annoncé, en revanche, « un plan d’investissement sans précédent » grâce auquel « nous allons pouvoir accomplir la révolution numérique, donner à tous l’accès au haut débit, numériser nos livres pour que notre langue, notre culture puissent continuer à rayonner, mais aussi créer 20 000 places d’internats d’excellence pour rétablir une réelle égalité des chances, et doter notre enseignement supérieur et notre recherche de moyens considérables pour réussir le pari de l’intelligence. » Avec quel argent ?

Les rêves présidentiels se fracassent sur les réalités

Il a parlé, aussi, de la « nouvelle organisation mondiale (qui) se dessine à travers le G20 », dont le sommet de Copenhague a pourtant montré les limites.

Il nous a expliqué que « l’Europe s’est enfin dotée des institutions qui vont lui permettre d’agir et la France a continué à se transformer », sans préciser que ces nouvelles institutions, imposées aux peuples contre leur volonté, visent à l’anéantissement des souverainetés nationales.

Il s’est réjoui de la réforme du lycée, qui se réduit en réalité à un gadget sans signification et même dangereux puisqu’elle devrait faire table rase de l’histoire en classe de Terminale, pour la section scientifique.

Il a osé parlé d’« un service minimum dans les transports publics qui fonctionne », alors qu’ en région parisienne, la récente grève de la RATP s’est traduite pour les passagers du RER A par trois semaines de complications insupportables.

Il a évoqué la création d’« un fonds souverain à la française qui se tient désormais aux côtés de nos entreprises pour les aider à se développer et pour les protéger », sans préciser que ces mêmes entreprises seront demain soumises à la taxe carbone, qui les handicapera par rapport à la concurrence mondiale.

Le président de la République prend-il ses rêves pour la réalité ?

La leçon de politesse du président « Casse-toi-pauvre-con »

Pour finir, Nicolas Sarkozy nous a donné aussi un petit cours de morale dont nous avions bien besoin : « Respectons-nous les uns les autres, faisons l’effort de nous comprendre, évitons les mots et les attitudes qui blessent, a-t-il dit. Soyons capables de débattre sans nous déchirer, sans nous insulter, sans nous désunir. » Venant du président « Casse-toi-pauvre-con », voilà qui prête à la méditation…

Il faudrait tout reprendre et tout commenter de ces vœux présidentiels, qui annoncent sur un ton quasi-prophétique une bonne nouvelle après Noël : « au cours de cette année, au milieu des difficultés de toutes sortes, un monde nouveau a commencé à se construire ».

Nous nous contenterons de souhaiter à nos compatriotes, à l’aube de cette nouvelle année, d’être un peu moins pris pour des veaux par leurs gouvernants – une tradition semi-séculaire, paraît-il.

Et pour le reste, bonne année quand même !

 Eric Letty

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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