Du côté des politiques, c’est à qui proposera sa mesure-gadget pour impressionner favorablement un électorat que les sondages montrent très largement hostile à la burqa.
Pour Jean-François Copé, il faut une loi ; mais quelle loi ? Jusqu’où le voile devra-t-il descendre ou monter pour être interdit ? Jusqu’aux yeux ? On a parlé d’interdire tout ce qui masque le visage. Mais les personnes défigurées par un accident – voire les jeunes femmes vitriolées par les islamistes – cachent aussi leurs blessures derrière un masque ou un voilage…
Faut-il alors interdire aux femmes de se voiler la face pour des motifs spécifiquement religieux ? Mais à quel titre la République laïque se fera-t-elle juge des consciences ? Selon la déclaration des droits de l’Homme des 1789, « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Or le port de la burqa ne nuit pas – au moins directement – à la liberté de ceux et celles qui ne la portent pas. Par ailleurs – ne nous cachons pas nous aussi les yeux – beaucoup des femmes qui portent aujourd’hui la burqa en France sont des musulmanes convaincues, et même prosélytes. Rien, ni personne, ne les y contraint.
Copé a parlé de leur infliger une amende de 750 euros. Mais qui contrôlera leur identité, puisqu’elles dissimulent leurs traits derrière un voile ou une grille ? Les emmènera-t-on au commissariat pour qu’elles se dévoilent devant une femme policier ? Ce serait céder à leur logique. Les découvrira-t-on de force ? Ce n’est pas imaginable et ouvrirait la voie à une kyrielle de procès, tout en leur donnant le beau rôle – celui du martyr.
Il faut les empêcher d’acquérir la nationalité française, propose Xavier Bertrand. Mais la plupart de ces femmes la possèdent déjà, soit en vertu du droit du sol, lorsqu’elles sont nées en France ; soit parce qu’il s’agit de Françaises de souche converties à l’islam ? Faut-il proclamer leur déchéance de la nationalité française, ou les condamner à l’indignité nationale ?
Il faut les priver de certains droits, leur interdire l’accès aux transports en commun, aux prestations sociales et aux allocations familiales, préconise Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Au nom de la laïcité et pour des motifs religieux ? Ce serait engager le doigt dans un engrenage dangereux ; et l’on imagine ce qu’en dirait la Halde… Au demeurant, Lefebvre sait pertinemment que sa proposition n’a aucune chance d’aboutir ; mais tout est dans les apparences qu’on donne.
Il faut que l’ensemble des parlementaires adopte une résolution solennelle, condamnant moralement le port de la burqa, suggère Eric Besson. Voilà qui devrait empêcher les islamistes de dormir…
Il faut d’abord une résolution, puis une loi, a tranché Nicolas Sarkozy, l’œil rivé sur les sondages. Voilà un président qui possède l’art de mettre tout le monde d’accord, ou presque – car sa solution ne résout évidemment aucune difficulté.
« La loi sera très difficile à appliquer mais nous sommes tous contre le port de la burqa parce que dans la tradition française il y a l'incarnation du visage, l'identité se fait à partir du visage », a déclaré Christine Boutin avec davantage d’a propos et de bon sens. Au reste, cette affaire de burqa n’est que l’arbre qui cache la forêt, le symbole qui permet de voiler des réalités plus inquiétantes.
A en croire un rapport confidentiel du ministère de l’Intérieur, néanmoins rendu public par Le Figaro en septembre dernier, environ 2000 femmes porteraient aujourd’hui la burqa en France. Mettons quelques milliers, sur environ 5 millions de musulmans. C’est infinitésimal.
A faire tant de publicité à un phénomène mineur, on risque surtout d’en favoriser le développement.
Nos élus auraient été mieux inspirés de tenir un discours aussi ferme au lendemain du référendum suisse sur les minarets. Car, à tout prendre, il serait encore plus gênant d’être réveillé dès potron-minet par l’appel du muezzin à la prière que de croiser Belphégor au coin de la rue.
Le minaret et la burqa ne sont d’ailleurs que les mêmes fruits pourris de l’immigration massive que nos politiciens ont tolérée ou encouragée depuis 35 ans, et de l’échec de la politique d’intégration sur lequel l’islamisme prospère.
Nos apprentis sorciers ont beau lever leur baguette, voilà beau temps qu’ils se la sont mise dans l’œil.
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)