Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /2010 18:29
Cacophonie au sein de la classe politique française, à propos du port du voile intégral, la burqa et le nikab. Sans calembour, il faut bien dire que ces vêtements voilent les véritables problèmes que le développement de l’islam en son sein pose à la société française.


Du côté des politiques, c’est à qui proposera sa mesure-gadget pour impressionner favorablement un électorat que les sondages montrent très largement hostile à la burqa.

Pour Jean-François Copé, il faut une loi ; mais quelle loi ? Jusqu’où le voile devra-t-il descendre ou monter pour être interdit ? Jusqu’aux yeux ? On a parlé d’interdire tout ce qui masque le visage. Mais les personnes défigurées par un accident – voire les jeunes femmes vitriolées par les islamistes – cachent aussi leurs blessures derrière un masque ou un voilage…

Faut-il alors interdire aux femmes de se voiler la face pour des motifs spécifiquement religieux ? Mais à quel titre la République laïque se fera-t-elle juge des consciences ? Selon la déclaration des droits de l’Homme des 1789, « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». Or le port de la burqa ne nuit pas – au moins directement – à la liberté de ceux et celles qui ne la portent pas. Par ailleurs – ne nous cachons pas nous aussi les yeux – beaucoup des femmes qui portent aujourd’hui la burqa en France sont des musulmanes convaincues, et même prosélytes. Rien, ni personne, ne les y contraint.

Copé a parlé de leur infliger une amende de 750 euros. Mais qui contrôlera leur identité, puisqu’elles dissimulent leurs traits derrière un voile ou une grille ? Les emmènera-t-on au commissariat pour qu’elles se dévoilent devant une femme policier ? Ce serait céder à leur logique. Les découvrira-t-on de force ? Ce n’est pas imaginable et ouvrirait la voie à une kyrielle de procès, tout en leur donnant le beau rôle – celui du martyr.

Il faut les empêcher d’acquérir la nationalité française, propose Xavier Bertrand. Mais la plupart de ces femmes la possèdent déjà, soit en vertu du droit du sol, lorsqu’elles sont nées en France ; soit parce qu’il s’agit de Françaises de souche converties à l’islam ? Faut-il proclamer leur déchéance de la nationalité française, ou les condamner à l’indignité nationale ?

Il faut les priver de certains droits, leur interdire l’accès aux transports en commun, aux prestations sociales et aux allocations familiales, préconise Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Au nom de la laïcité et pour des motifs religieux ? Ce serait engager le doigt dans un engrenage dangereux ; et l’on imagine ce qu’en dirait la Halde… Au demeurant, Lefebvre sait pertinemment que sa proposition n’a aucune chance d’aboutir ; mais tout est dans les apparences qu’on donne.

Il faut que l’ensemble des parlementaires adopte une résolution solennelle, condamnant moralement le port de la burqa, suggère Eric Besson. Voilà qui devrait empêcher les islamistes de dormir…

Il faut d’abord une résolution, puis une loi, a tranché Nicolas Sarkozy, l’œil rivé sur les sondages. Voilà un président qui possède l’art de mettre tout le monde d’accord, ou presque – car sa solution ne résout évidemment aucune difficulté.

« La loi sera très difficile à appliquer mais nous sommes tous contre le port de la burqa parce que dans la tradition française il y a l'incarnation du visage, l'identité se fait à partir du visage », a déclaré Christine Boutin avec davantage d’a propos et de bon sens. Au reste, cette affaire de burqa n’est que l’arbre qui cache la forêt, le symbole qui permet de voiler des réalités plus inquiétantes.

A en croire un rapport confidentiel du ministère de l’Intérieur, néanmoins rendu public par Le Figaro en septembre dernier, environ 2000 femmes porteraient aujourd’hui la burqa en France. Mettons quelques milliers, sur environ 5 millions de musulmans. C’est infinitésimal.

A faire tant de publicité à un phénomène mineur, on risque surtout d’en favoriser le développement.

Nos élus auraient été mieux inspirés de tenir un discours aussi ferme au lendemain du référendum suisse sur les minarets. Car, à tout prendre, il serait encore plus gênant d’être réveillé dès potron-minet par l’appel du muezzin à la prière que de croiser Belphégor au coin de la rue.

Le minaret et la burqa ne sont d’ailleurs que les mêmes fruits pourris de l’immigration massive que nos politiciens ont tolérée ou encouragée depuis 35 ans, et de l’échec de la politique d’intégration sur lequel l’islamisme prospère.

Nos apprentis sorciers ont beau lever leur baguette, voilà beau temps qu’ils se la sont mise dans l’œil.

Hervé Bizien

Par monde et vie
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L'éditorial du 22.02.2010

Les deux France d’Eric Besson
La comédie de l’identité nationale s’est terminée comme on pouvait s’y attendre, en cul-de-sac. Pouvait-il en aller autrement ? A aucun moment il n’a été mené de réflexion de fond. Au sein des fameux « débats » organisés à travers la France, les voix dissonantes ont le plus souvent été bâillonnées. Ce que l’on retiendra principalement de cette pantalonnade, c’est l’aveu qu’a fait le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale – la superposition sur une même tête de ces deux casquettes est en elle-même très symbolique –, le 5†janvier à la cité des 4 000 de La Courneuve : «la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage» Il est vrai qu’Eric Besson a corrigé sa prose le 22 janvier en déclarant à l’AFP qu’à bien y réfléchir, la France était «un seul peuple, une langue, un territoire, des valeurs et une organisation institutionnelle : la République». Les journalistes qui avaient rapporté la première version avaient donc mal entendu ? Non, ils avaient mal compris, a expliqué le ministre, qui voulait, dit-il, évoquer la France d’avant la France, celle des tribus éparses décrites par Jules César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules.Ce que je comprends, moi, c’est que ce ministre qui a de la République plein la bouche considère l’ensemble de ses compatriotes comme un conglomérat d’imbéciles abyssaux. Ce que je comprends aussi, c’est que le ministre de l’Immigration tient à La Courneuve un discours propre à plaire aux populations issues de l’immigration extra-européenne ; et que le ministre de l’Identité nationale tient le discours exactement opposé pour amadouer l’électorat de droite.Tout le prétendu débat sur la question identitaire a été fait de ce tabac-là. Si le président de la République et son gouvernement ont pu donner l’impression qu’ils n’avaient ni stratégie, ni ligne directrice, c’est qu’ils avaient, au contraire, une double stratégie et un double discours. Jamais pouvoir n’a traité une question aussi fondamentale, à un moment aussi crucial, avec une telle démagogie. Observons au passage que Besson connaît son histoire de France. Il est vrai qu’il n’existe pas de race française ; nous sommes mieux que cela : une nation, disait Bainville. Il est exact aussi que la France n’a pas toujours constitué un ensemble aussi « un et indivisible » que l’ont prétendu par la suite les idéologues jacobins. Les rois qui ont construit ce pays, lorsqu’ils parlaient des Français, mettaient le pluriel au mot peuple. Mais chacun de ces peuples était enraciné dans une province d’un unique royaume, dans un sol français. Il est en effet deux sortes de communautés : celles qui s’enracinent dans un lieu et celles qui nomadisent. Lorsqu’il évoque un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble, Besson ne pense pas aux Auvergnats, aux Provençaux ou aux Bourguignons. Il pense aux Maliens, aux Maghrébins, aux Hottentots. C’est pourquoi il parle de métissage. Mais il n’en est pas moins symbolique qu’il se réfère, pour se dédire, à la Gaule d’avant la conquête. La tranche d’histoire assez large qui s’étend de la Gaule pré-romaine à notre bel aujourd’hui, et qui pour le ministre n’existe pas, porte un nom : la civilisation française.
Eric Letty

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