Je l’avoue ! J’ai été piégé par le titre de cette dépêche de l’AFP : « L’euro fort dangereux pour la reprise économique », comprenant un peu vite qu’il s’agissait d’une remise en cause de la monnaie unique ; ce qui, dans la bouche du futur Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire, le libéral finlandais Olli Rehn, constituait une véritable révolution.
En réalité, ce dernier s’en prenait au taux de change de l’euro par rapport au dollar et au yuan, taux qu’il considère être « un risque potentiel pour la reprise européenne ».
On le comprendra sans peine, cette cherté de l’euro est favorable aux exportations américaines et chinoises, et pénalise, en revanche, les nôtres.
Cela dit, Olli Rehn « trouve intéressant et en fait prometteur que la Chine veuille s’engager dans une coordination multilatérale des politiques monétaires et des taux de changes ».
Ce commentaire appelle quelques remarques. En effet, il n’est pas dit que la compréhension chinoise d’une telle coordination corresponde à ce que l’on imagine à Bruxelles – et quand cela serait… A moins d’admettre, comme ses autorités politiques l’affirment, que Pékin a contribué activement à lutter contre le réchauffement climatique à Copenhague – et de façon efficace, si j’en crois le thermomètre.
En effet, on imagine mal la Chine, qui a considérablement fait croître ses exportations ces dernières années au détriment de nos propres industries que ne protégeait plus un honteux protectionniste, renoncer à une telle manne, alors même qu’elle vient d’annoncer une nouvelle augmentation de 17,7 % au mois de décembre, pour atteindre les 1 200 milliards de dollars sur 2009.
La Chine, supplantant l’Allemagne, est ainsi devenue le premier exportateur mondial. Il est vrai qu’il est devenu extrêmement difficile de ne pas s’habiller chinois, de ne pas manger chinois, de ne pas jouer chinois, de ne pas rouler chinois (le secteur automobile ayant dépassé l’année dernière les 13,5 millions de véhicules…), etc.
Point n’était besoin, dans ces diverses conditions, de boule de cristal, vendredi, au directeur général de l’OMC Pascal Lamy pour nous annoncer que la sortie de crise n’était pas garantie en 2010…
On peut noter au passage que Pascal Lamy continue, avec un certain ridicule, à classer la Chine parmi les pays émergents. Sauf à comparer avec les pays immergés (dans la crise) que nous sommes devenus !
Olivier Figueras
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)