Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /2010 13:59
Le 25 février, à l’initiative du gouvernement, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité une loi qui, sous prétexte de protéger les femmes contre les violences exercées par leurs conjoints, représente un véritable danger pour les familles.

Notre propos, en dénonçant ce danger, n’est évidemment pas de disculper ou de défendre les époux – ou les « compagnons » – indignes qui battent leurs femmes.

La nouvelle loi est dangereuse pour les familles, à deux égards au moins. En premier lieu, elle en dénature l’image : j’entendais récemment sur une radio nationale le rédacteur en chef du Nouvel-Observateur se féliciter des mesures adoptées, en expliquant que c’était dans l’intimité familiale que les femmes étaient le plus menacées. La famille, le couple sont déjà fragilisés : les voilà mis au ban d’infamie.

Un grand quotidien – Le Parisien, pour ne pas le citer – annonçait à la une des « statistiques » effrayantes : 160 femmes meurent chaque année sous les coups de leur conjoint (ou concubin). C’est évidemment tragique. Mais si l’on établit des statistiques, justement, ces 160 cas représentent moins de 0,001 % des quelque 14,7 millions de couples recensés en France. (Notons que figure parmi eux le chanteur bien-pensant Bertrand Cantat, que notre bonne presse s’est citoyennement empressée d’absoudre et auquel elle continue de tresser des couronnes.)

Le deuxième danger concerne la notion de « violences psychologiques », désormais punie de 3 ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amendes. Elle est dangereuse pour deux raisons : d’une part, elle menace le patrimoine familial, puisqu’une amende, à l’inverse de dommage-intérêts, est payée à l’Etat. D’autre part et surtout, elle introduit davantage encore qu’ils ne l’étaient déjà le policier et le juge dans l’intimité des couples. Elle prétend légiférer dans un domaine sensible, auquel n’accédaient jusqu’ici, avec l’assentiment des intéressés, que le « psy », le conseiller conjugal ou le prêtre.

Les magistrats eux-mêmes n’en demandent pas tant. En hommes de métier et de terrain, ils prévoient déjà à quelle impasse la démagogie des politiques va les conduire. « Il s’agit, une fois encore, d’une loi d’affichage et de communication, déclarait dans Le Monde du 26 février Chritophe Vivet, secrétaire national de l’Union des magistrats (USM) et procureur-adjoint à Grenoble. « Etre désagréable de manière répétée, critiquer sans cesse sa compagne, est-ce une violence psychologique au sens pénal ? Il y a un vrai risque d’arbitraire dans ce texte qui va autoriser la justice à s’immiscer dans la vie privée des couples. »
Par ailleurs, on peut prévoir que la nouvelle loi menacera aussi bien les femmes que les hommes. Pour la justifier, le secrétaire d’Etat à la famille, Nadine Morano, affirme : « J’ai rencontré des femmes dont les conjoints ne cessaient de les rabaisser, de les humilier. Elles sont psychologiquement détruites. » L’inverse se rencontre aussi et les hommes n’ont pas le monopole de la manipulation ou de la perversité.

Comment qualifier objectivement, en effet, ce qui relève de la violence psychologique ?
 
On frémit en écoutant le porte-parole du ministère de la Justice, Guillaume Didier : « Il ne s’agit pas de pénaliser les tensions au sein d’un couple, mais de sanctionner de véritables violences qui ont causé un préjudice à la victime ».

Quelle forme de préjudice ? Comment l’établir ? Va-t-on poser des micros sous les tables à manger, des caméras de vidéo-surveillance dans les chambres à coucher, planquer des inspecteurs La Vertu sous les lits ou dans le placard aux amants ? On n’en est pas loin ; Guillaume Didier répond sans rire : « Pour cela, les magistrats pourront s’appuyer sur tout élément de preuve : des certificats médicaux, des témoignages de proches, des expertises, des lettres, des messages enregistrés sur un répondeur, des SMS ou des relevés d’appels téléphoniques qui révèlent un véritable harcèlement. » Des relevés d’appels téléphoniques pour prouver l’existence d’un hypothétique harcèlement au sein d’un couple ?…

On a le sentiment que rien de tout cela n’a été pensé. Aucune leçon n’a été tirée non plus des expériences passées, par exemple de la multiplication des accusations d’inceste, souvent fantaisistes, dans les procédures de divorce, où tout est bon pour faire pencher en sa faveur la balance judiciaire. On imagine sans difficulté sur quels abus la nouvelle loi risque de déboucher et ses conséquences sur le cours d’une justice que l’on sait déjà débordée par l’ampleur de sa tâche. Comme s’il n’était pas assez fragilisé, on introduit dans le couple de nouveaux germes de guerres intestines.

Si ce monument d’imbécillité juridique a toute chance d’empoisonner les procédures de divorce, on voit mal quelle sera son efficacité sur le « terrain », en particulier dans les cités de banlieue, où les « violences psychologiques » faites aux femmes au nom de l’islam ou de la coutume ne manquent pas. Comment le gouvernement envisage-t-il de les réduire, quand l’apparition d’un policier dans certains de ces quartiers suffit à y déclencher une émeute ?

« Il faut légiférer non pour l’affichage, mais quand le droit n’est pas suffisant ou plus pertinent », rappelait un éditorial du Monde du 26 février en commentant la création de ce nouveau délit. Il est dommage que nos politiques ne s’en soient pas avisés eux aussi. Ça l'affiche mal.

Hervé Bizien


Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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