Après avoir développé, ces dernières semaines, la question du dialogue islamo-chrétien, le cardinal Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, qui soulignait que le fondement dudit dialogue est « la condition humaine », mais qu’il nécessite cependant une certaine réciprocité, déclarait dimanche, au terme d’un colloque romain, la nécessité de l’identité chrétienne.
Interrogé sur Radio Vatican, le prélat a rappelé que « les racines chrétiennes sont un fait parce que la première école, les premières universités ont été fondées par l’Eglise ». « Nous ne pouvons donc pas comprendre l’Europe sans ces éléments qui ne sont pas des concepts mais des faits historiques », a-t-il expliqué. « Ainsi, nous devons avoir une identité pour survivre, sinon, nous n’avons aucune consistance. »
Evoquant ensuite la sentence de la cour de Strasbourg contre les crucifix, le cardinal n’a pas hésité à déclarer qu’il s’agit d’« une ingérence dans la culture d’un peuple ». « C’est une question d’identité, a-t-il clairement affirmé. Le crucifix fait partie de la culture en Italie et le peuple italien a donc tout à fait le droit de conserver sa spécificité culturelle. »
Elargissant le sujet à la question européenne, le cardinal Tauran a enfin affirmé que les chrétiens doivent « avoir le courage de la différence pour apporter une contribution spécifique du christianisme dans le débat public d’aujourd’hui ».
« Comme je l’ai dit, nous ne demandons pas l’asile, nous faisons partie de cette réalité de la société », a-t-il ajouté. Avant de conclure : « Dieu nous a plantés dans ce monde, dans la société d’aujourd’hui pour fleurir, et nous ne devons donc avoir aucun complexe : nous faisons partie de ce monde, et nous sommes plus que jamais décidés à contribuer au développement intégral des Européens. »
Un discours décomplexé dont on ne peut que se féliciter. Et espérer qu’il soit tenu un peu plus souvent au sein de l’épiscopat catholique…
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)