Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 16:33

Ca y est : on reparle du communisme. Ce grand système que l’on croyait mort depuis la chute du Mur de Berlin continue à passionner les intellectuels. Il ne faut pas oublier que c’est Platon qui, le premier, a développé l’idée communiste, en s’appuyant d’ailleurs sur les réalisation sociales étonnantes de la grande rivale d’Athènes : Sparte. Education collective des enfants, discipline de fer, communisme des femmes, égalité stricte des hommes et des femmes (« ce que fait un cheval, une jument ne le fait-elle pas aussi ? » demande le Socrate platonicien avec sa légendaire sagesse). Oui, tout cela est dans Platon. Et ce n’est pas le passage de témoin manqué entre Brejnev et Gorbatchev qui va interdire aux intellectuels de cultiver le fantasme du communisme.

Cette semaine, Le Monde distribue à prix cassé le Manifeste communiste de Karl Marx. Et les intellectuels occidentaux intéressés par le sujet se sont groupés pour essayer de définir la figure du communisme, tel qu’il peut encore exister, ce que Alain Badiou, l’actuel Mentor de cette génération orpheline d’idéologie et qui ne se résigne pas à l’être, appelle prudemment « l’hypothèse communiste » ou encore (c’est le titre du recueil des conférences qui vient de paraître) « l’idée du communisme ». Il n’en faut pas davantage pour que Le Monde des Livres, sur quatre grandes pages, invoque « le spectre du communisme ». Un spectre qui trouble encore les bourgeois libéraux, il faut croire !

Au même moment, au Centre Saint Paul, Kostas Mavrakis est venu parler non pas de l’idée communiste, mais de la méthode d’analyse et d’observation proposée par Karl Marx dans Le Capital.

Dans les années Soixante, souvent, les curés, « dans leur volonté farouche de vivre et de mourir à l’avant-garde de leur siècle » (Bernanos), faisaient profession de marxisme. Mais ils isolaient la pensée idéaliste du jeune Marx (celui de l’Idéologie allemande) et ils snobaient le Capital et le Marx matérialiste, celui de la maturité. Le calcul du Père Jean-Yves Calvez, jésuite, mort le 11 janvier 2010, était simple : le matérialisme c’est mal. L’idéalisme c’est bien. Idéalisons Marx, il ne pourra que se bonifier et on en fera une référence acceptable pour les Bulletins paroissiaux en tous genres. On pourra, à travers lui glorifier l’homme et sa capacité non pas seulement à contempler le monde mais à le changer.

Calcul faux, qui a emmené l’Eglise sur les pentes glissantes de la théologie de la Libération. Ce calcul me fait irrésistiblement penser à une question posée par Charles Maurras au jeune Henri Massis qui venait le voir : « Jeune homme, qu’est-ce qui est le plus faux, le matérialisme ou l’idéalisme ? » Et Maurras de conclure sans laisser à son interlocuteur le temps de répondre : « C’est l’idéalisme, parce qu’il ment plus ». Dieu sait que l’idée du culte de l’homme a fait des ravages dans la liturgie, dans la théologie, dans les méthodes catéchétiques ! Dieu sait que cet idéalisme de gauche a fait des petits parmi les clercs, qui votent souvent pour des candidats d’ultra-gauche.

Au Centre Saint Paul, Kostas Mavrakis nous expliquait que l’idée du communisme était un leurre politique, que Marx lui-même ne l’avait jamais développé comme tel et que seul compte la méthode d’analyse et d’observation mise au point, ce matérialisme historique qui distingue partout les forces productrices (les travailleurs) et les rapports de production (le système qui fait tenir ensemble l’esclave et son maître, le seigneur et son paysan, le patron et son ouvrier).

Certes les prophéties marxistes sont toutes fausses (il n’y a pas eu de paupérisation universelle attendue par l’auteur du Capital). Mais la description qu’il donne de la vie sociale en Occident à la fin du XIXème siècle n’est pas forcément sans intérêt, empruntant d’ailleurs beaucoup aux historiens louis-philippards que sont Guizot et Augustin Thierry.

Que faut-il garder du communisme ? Surtout pas son idée, cette idée au nom de laquelle on a fait des millions de morts au cours du XXème siècle. Surtout pas cette idée qui a vidé les églises plus efficacement encore que le consumérisme sans entrailles qui s’impose aujourd’hui. Mais la méthode d’analyse et d’observation mise au point par Karl Marx reste une manière séduisante d’organiser l’empirie. Oui, c’est une sorte d’empirisme organisateur, qui fonctionne encore pourvu qu’on veuille bien observer les faits sociaux tels qu’ils sont.

Il y a trente ans encore, Jean-Paul Sartre expliquait doctement que « le marxisme est l’horizon indépassable de l’esprit humain ». Le pire ? C’est qu’il était sincère. Aujourd’hui nous en sommes réduits à un  laborieux exercice d’inventaire sur l’idée et sur la méthode du marxisme, qui, il ne faut pas se le cacher, recèle quelque chose de macabre. Nous intervenons sur un système, mais c’est une intervention qui ne sauvera rien ou presque rien, une intervention post mortem, juste capable de prélever un organe ici ou là, en vue d’une greffe éventuelle.

Alain Hasso

Par monde et vie
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L'éditorial du 22.02.2010

Les deux France d’Eric Besson
La comédie de l’identité nationale s’est terminée comme on pouvait s’y attendre, en cul-de-sac. Pouvait-il en aller autrement ? A aucun moment il n’a été mené de réflexion de fond. Au sein des fameux « débats » organisés à travers la France, les voix dissonantes ont le plus souvent été bâillonnées. Ce que l’on retiendra principalement de cette pantalonnade, c’est l’aveu qu’a fait le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale – la superposition sur une même tête de ces deux casquettes est en elle-même très symbolique –, le 5†janvier à la cité des 4 000 de La Courneuve : «la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage» Il est vrai qu’Eric Besson a corrigé sa prose le 22 janvier en déclarant à l’AFP qu’à bien y réfléchir, la France était «un seul peuple, une langue, un territoire, des valeurs et une organisation institutionnelle : la République». Les journalistes qui avaient rapporté la première version avaient donc mal entendu ? Non, ils avaient mal compris, a expliqué le ministre, qui voulait, dit-il, évoquer la France d’avant la France, celle des tribus éparses décrites par Jules César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules.Ce que je comprends, moi, c’est que ce ministre qui a de la République plein la bouche considère l’ensemble de ses compatriotes comme un conglomérat d’imbéciles abyssaux. Ce que je comprends aussi, c’est que le ministre de l’Immigration tient à La Courneuve un discours propre à plaire aux populations issues de l’immigration extra-européenne ; et que le ministre de l’Identité nationale tient le discours exactement opposé pour amadouer l’électorat de droite.Tout le prétendu débat sur la question identitaire a été fait de ce tabac-là. Si le président de la République et son gouvernement ont pu donner l’impression qu’ils n’avaient ni stratégie, ni ligne directrice, c’est qu’ils avaient, au contraire, une double stratégie et un double discours. Jamais pouvoir n’a traité une question aussi fondamentale, à un moment aussi crucial, avec une telle démagogie. Observons au passage que Besson connaît son histoire de France. Il est vrai qu’il n’existe pas de race française ; nous sommes mieux que cela : une nation, disait Bainville. Il est exact aussi que la France n’a pas toujours constitué un ensemble aussi « un et indivisible » que l’ont prétendu par la suite les idéologues jacobins. Les rois qui ont construit ce pays, lorsqu’ils parlaient des Français, mettaient le pluriel au mot peuple. Mais chacun de ces peuples était enraciné dans une province d’un unique royaume, dans un sol français. Il est en effet deux sortes de communautés : celles qui s’enracinent dans un lieu et celles qui nomadisent. Lorsqu’il évoque un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble, Besson ne pense pas aux Auvergnats, aux Provençaux ou aux Bourguignons. Il pense aux Maliens, aux Maghrébins, aux Hottentots. C’est pourquoi il parle de métissage. Mais il n’en est pas moins symbolique qu’il se réfère, pour se dédire, à la Gaule d’avant la conquête. La tranche d’histoire assez large qui s’étend de la Gaule pré-romaine à notre bel aujourd’hui, et qui pour le ministre n’existe pas, porte un nom : la civilisation française.
Eric Letty

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