L’idée a été lancée par l’ancien ministre de l’Economie Thierry Breton. A dire vrai, elle n’est pas de lui, puisque nos voisins allemands ont déjà décidé de l’appliquer : inscrire dans la Constitution des pays de la zone euro une interdiction de présenter des budgets en déficit au Parlement.
Ainsi une nouvelle disposition de la Constitution allemande, visant à limiter l’endettement du pays, oblige désormais Berlin à réduire son déficit à partir de 2011, et à le restreindre de 10 milliards d’euros par an d’ici 2016 pour le limiter à 0,35 % du PIB.
Voire… En attendant, la loi publiée au Journal officiel prévoit actuellement un déficit budgétaire de 117,4 milliards d’euros. Il est vrai que, malgré son annulation par le Conseil constitutionnel, la contribution carbone, d’un montant de quelque 4 milliards d’euros, apparaît toujours dans les lignes de recettes de ladite loi de finances pour 2010.
Celle-ci, selon Bercy, ne sera corrigée que « lors de la présentation du collectif budgétaire qui sera présenté lors du Conseil des ministres du 20 janvier ».
Quoi qu’il en soit, cela ne devrait pas modifier beaucoup le déficit annoncé…
Et on ne voit guère, d’ailleurs, comment on pourrait effacer, par le simple vote d’une loi, une réalité comme celle que constitue le déficit. On pourrait certes le dissimuler, mais cela ne modifierait, comme de juste, que le contenu du JO. Pas l’état de la société française…
Le pouvoir politique semble ainsi s’éloigner à grands pas (si c’est encore possible…) de la réalité, comme Eric Letty en faisait samedi, sur ces mêmes sujets, le constat à propos des vœux sarkozyens.
Pour être plus directe, Angela Merkel aura été plus juste avec ses concitoyens. Lors de la présentation de ses vœux, le chancelier allemand les a en effet averti que 2010 ne verrait pas de reprise économique rapide :
« 2010 sera décisif pour savoir comment nous sortirons de la crise, [mais] je vous le dis très franchement : nous ne devons pas nous attendre à ce que l’accès de faiblesse de l’économie soit rapidement résolu. » Au contraire, ajoutait-elle, « certains aspects vont même d’abord se dégrader encore davantage au cours de la nouvelle année, avant de pouvoir se redresser ».
Les remèdes qu’Angela Merkel propose aux Allemands ne diffèrent certes guère de ceux que Nicolas Sarkozy nous vantent. Du moins a-t-elle l’honnêteté de n’avoir point recours à la méthode Coué…
Olivier Figueras
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)
“Un début de piste néanmoins, qui repose sur votre double emploi de l’adverbe virtuellement. Il me semble que l’Etat – quel qu’il soit – ne s’appauvrit pas uniquement virtuellement. Certains observateurs osent même employer parfois le terme de faillite de l’Etat. De même, ceux qui s’enrichissent ne s’enrichissent pas forcément, ou pas uniquement, virtuellement.
“Dès lors, l’un des nœuds de la crise peut se situer dans la relation entre richesse réelle et richesse virtuelle. Ainsi, un Etat qui s’appauvrit réellement est en mesure – s’il est encore maître de battre monnaie… – de compenser virtuellement. Ce qui ne change rien à sa pauvreté réelle, mais lui donne certains moyens. D’autant plus que la richesse affichée est de plus en plus virtuelle. Les analystes considèrent en effet que de moins en moins d’Etats seraient en mesure de couvrir une dette incalculable si tout l’argent virtuel des comptes en banque venait à être réclamé d’un seul coup. D’un autre côté, un pays comme les USA, pour être, comme vous le relevez, plus encore en déficit que nous, possède néanmoins plus de richesses réelles. Certains habiles – mais là il faut effectivement commencer à gratter – s’endettent virtuellement en prêtant un argent immatériel, contre des richesses réelles – ce qui leur permet de vivre fort bien…
“Une réflexion rapide, et donc floue, et qui nécessitera effectivement, non seulement de gratter, mais de creuser.”