Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /2010 14:30
XAM&VLe Forum Catholique, couramment nommé FC par ses fans, fête ses dix ans en septembre prochain. Une occasion de faire le point avec son fondateur, Xavier Arnaud, sur l’influence de ce vecteur traditionaliste sans équivalent et sur les conditions de son fonctionnement…

Comment définiriez-vous la ligne du Forum Catholique dans la blogosphère catholique actuelle?
Le Forum Catholique se veut être un espace de discussions entre catholiques attachés à la messe grégorienne en étant fidèles au Magistère romain. La particularité du forum réside dans la multiplicité de ses rédacteurs puisqu'il compte à ce jour plus de 2 100 contributeurs plus ou moins réguliers. Ce sont autant de sources variées pour dénicher une information et la porter rapidement à la connaissance des internautes. C'est aussi une bonne caisse de résonance pour toute initiative locale ou pour tout webmestre qui souhaite annoncer la mise à jour de son site. Il me semble également que le Forum Catholique échappe un peu au côté parfois un peu "parisien" de la blogosphère catholique. Cela est certainement dû à l'hétérogénéité des intervenants qui sont présents sur plusieurs continents, essentiellement en Europe, en Amérique (du Nord et du Sud) et en Afrique.
Acceptez-vous que l'on puisse tout dire sur ce grand site du débat inter catholique?
Sur le principe, oui. Contrairement à certaines idées reçues, il y a peu de censure sur le forum. Nous ne refusons pas une discussion dès lors qu'elle se déroule dans un esprit courtois. Il est en revanche certaines thèses que nous souhaitons modérer par principe, car elles nous semblent contraires à la foi catholique. C'est ainsi par exemple que nous ne souhaitons pas que soit abordée la question du "sédévacantisme", cette thèse selon laquelle le pape n’est pas pape…
La censure des internautes désagréables, cela se passe comment concrètement?
Le Forum Catholique compte plusieurs modérateurs qui agissent de concert pour tenter d'encadrer les discussions, de les contrôler et d'éviter des dérapages verbaux que cet exercice rend possibles. Ces modérateurs sont volontairement issus de familles catholiques diverses, chacun pouvant ainsi réagir en fonction de critères qui lui sont propres. Un mot qui peut ne pas choquer untel peut être perçu comme une vexation par un autre. Notre diversité permet, je le pense, de rester objectif.
Y a-t-il des conditions à remplir pour s'inscrire sur votre Forum ou n'importe qui peut-il le faire?
Là encore, le Forum Catholique a ceci de spécifique que les internautes sont invités à motiver leur inscription au forum en spécifiant ce en quoi ils pensent pouvoir apporter au débat. Je me suis refusé à mettre en place un système de formulaire qui permettrait une inscription automatisée. De la même façon, tout nouvel inscrit est invité à se présenter lorsqu'il intervient pour la première fois. Cela permet à chacun de savoir qui discute avec lui et quelles sont ses motivations, voire sa culture catholique.
Combien de connexions avez-vous chaque jour? Quelle est votre clientèle?
Le Forum Catholique enregistre un peu plus de 10000 visites quotidiennes. Chaque mois, ce sont plus de 5 millions de pages lues. Ce qui est important, c'est de constater que la "clientèle" du forum, pour reprendre votre terme, est très diverse, et de plus en plus institutionnelle, qu'il s'agisse de responsables religieux ou de journalistes qui viennent y trouver une information ou prendre la température des catholiques attachés à la forme extraordinaire du rite romain.
Quels sont les principaux "scoops" que vous avez pu faire émerger dans les médias?
Nous ne recherchons pas forcément le "scoop". En revanche, nous apportons un soutien aussi appuyé que possible à des communautés qui peuvent connaître des difficultés. Je pense par exemple au rôle qu'a tenté de jouer le forum lors de l'incardination de trois prêtres de la Fraternité Saint-Pierre à Lyon, qui devait déboucher sur le départ de la Fraternité du diocèse. Cette affaire a été extrêmement médiatisée. Cela a incité l'archevêché à adoucir sa position jusqu'au maintien de la Fraternité dans le diocèse. Nous avons aussi apporté notre soutien à l'abbé Michel, le curé de Thiberville, en diffusant pendant plusieurs jours la liste de tous les contacts possibles pour le soutenir. Je crois que le FC a aussi tenu un certain rôle lors de la crise qu'a connue la Fraternité Saint-Pie X au moment du départ de certains prêtres comme les abbés Laguérie et de Tanoüarn. Il me semble que le FC a un rôle à jouer afin de donner la parole à ceux qui peuvent subir une situation en étant aux prises avec une hiérarchie qui a priori, sans nous, aurait la totale maîtrise de la communication.
Vous vous appelez Forum catholique et vous accueillez surtout des traditionalistes. Comment expliquez-vous que ce sont les traditionalistes qui sont à la pointe dans le domaine des blogs et des forums?
Amon avis, cela trouve son origine dans le fait que les catholiques traditionnels ont souvent été muselés. On leur a dénié même le droit de bénéficier d'offices religieux correspondant à des aspirations que le pape Benoit XVI a lui-même reconnues comme légitimes. Il y a donc une réelle culture de résistance dans ces milieux. Il était naturel qu'avec l'avènement du net ceux-ci en tirent profit pour faire enfin entendre leur voix. Il reste aussi des causes accidentelles que l'on ne peut toujours prévoir. En août 2000, lorsque je l’ai fondé, il m'était difficile d'envisager que le FC puisse un jour connaître la notoriété qui est la sienne aujourd'hui. C'est en effet la succession des événements qui ont touché les catholiques traditionnels (crises de la FSSP et de la FSSPX, création de l'IBP, motu proprio, levée des excommunications par exemple) qui en ont fait une tribune importante pour communiquer et s'informer.
Pensez-vous que la culture Internet possède intrinsèquement un caractère démocratique?
Internet est en effet ouvert à tous. L'essor des blogs fait que chacun est à même d’écrire n'importe quoi sur n'importe quel sujet, avec le risque de diffuser des erreurs. Dans le cadre du forum, nous tentons de limiter ce risque, mais ce n'est pas toujours facile, notamment à cause des moteurs de recherche qui recensent y compris les propos malheureux. J'aimerais que des prêtres puissent intervenir plus régulièrement sur le forum, pour éviter cet écueil. Mais tous ne sont pas disponibles pour le faire sur la durée. C'est, je le pense, LA limite du genre. Elle n'est pas neutre.

Propos recueillis par Alain Hasso


Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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