En somme, sauf malchance, le vaccin nous rendra malades pendant deux jours (« généralement… ») pour nous éviter la possibilité de contracter la grippe A pendant une semaine . On devrait signaler ce nouveau pari ludique à la Française des jeux, il y a sûrement là une idée à creuser qui pourrait permettre à l’Etat de récupérer au moins une partie de l’argent dépensé dans son stock de vaccins.
Ce n’est pas tout. Après la liste des effets indésirables fréquents, la note indique celle des « effets indésirables
peu fréquents : réactions cutanées généralisées, incluant un urticaire », et celle beaucoup plus embêtante des « effets indésirables
rares : réaction allergique pouvant induire une baisse importante de la pression artérielle qui, si elle n’est pas traitée, peut conduire à un choc. Les médecins connaissent ce
risque et disposent de traitements d’urgence pour réagir face à ces situations. ». Ce que ne précise pas la note, mais que le commun des citoyens est supposé savoir, c’est qu’un choc
septique peut entraîner la mort*.
Le futur vacciné n’est pas au bout de ses peines potentielles. Les rédacteurs du texte ministériel exposent encore les « effets indésirables très rares », et guère plus rassurants : « Vascularite (inflammation des vaisseaux sanguins pouvant se traduire par des éruptions cutanées, des douleurs articulaires et des problèmes au niveau du rein.) Troubles neurologiques tels qu’encéphalomyélite (inflammation du système nerveux central), névrite (inflammation des nerfs) et un type de paralysie connue sous le nom de syndrome de Guillain-Barré. »
Une question viennent à l’esprit, à laquelle la note omet de répondre : qu’est-ce qui différencie les effets indésirables « fréquents » des effets « peu fréquents », et ceux qui sont « rares » de ceux qui sont « très rares » ? Autrement dit, sur quels calculs de probabilité les critères de fréquence et de rareté reposent-ils ? Mystère.
Côté risque, avec pour l’instant une quarantaine de décès pour plus de 64 millions d’habitants, la grippe A, aussi contagieuse soit-elle, paraît moins dangereuse que la grippe saisonnière.
Est-il utile, dans ce cas, de vacciner les collégiens et les lycéens, qui, en général, ne font pas partie des populations à risque ?** Le ministère de la Santé aura sans doute du mal à les en convaincre ; dans la classe de mon fils (terminale S), aucun élève n’est pour l’instant candidat à la vaccination. En l’état actuel de l’épidémie, je les comprends.
* Le choc septique reste une pathologie grave et reste associé à un fort taux de mortalité http://fr.wikipedia.org/wiki/Choc_septique
** A propose de la fiabilité des vaccins, on peut utiliser un article du docteur Cannet, épidémiologiste, sur le site du Monde : http://www.lemonde.fr/planete/article_interactif/2009/11/20/le-vaccin-contre-le-grippe-h1n1-suscite-mefiance-et-toujours-autant-de-questions_1269695_3244.html
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)