« La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble ». Il faut remercier Eric Besson pour cette phrase déjà ancienne, lancée aux jeunes de la Cité des 4000 à La Courneuve. Il ajoute, pour faire bonne mesure : « Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage ».
On a déjà pas mal glosé sur cette formule, mais il me semble qu’elle mérite mieux que des gloses éventuellement et à juste titre scandalisées. Elle mérite une analyse parce qu’elle constitue la doctrine officielle sur le peuple français de la Upper class mondialisée qui nous dirige.
La France n’est pas un peuple ? Cette formule, aujourd’hui est fausse. Il y a un peuple français et, pour le meilleur (parfois pour le pire) ce peuple français s’identifie avec la France. Seulement voilà, le négationnisme de M. Besson ne recule pas devant cette énormité, nier l’existence de ce peuple. Parce que son dessein politique, clairement, c’est qu’il n’y ait plus de peuple, mais seulement des administrés, qui votent pour lui, administrés qui forment, prononce-t-il avec un mépris souverain, « un conglomérat ».
Sur « conglomérat », la définition du Larousse est clair. Au premier sens, « conglomérat » signifie : « ensemble géologique d'origine glaciaire, constitué d'éléments mal classés, emballés dans une matrice argilo-sableuse, signalant une période de glaciation ». Deux élément dans le « conglomérat » : la glaciation et le mauvais classement. Curieuse façon pour M. Besson d’administrer des vérités désagréables à entendre, en se planquant derrière le vocabulaire. Avec un conglomérat, c’est sûr, on ne risque pas d’aller très loin. Le déclassement est à portée de longue vue.
En revanche, ce conglomérat n’a pas de frontière. Il peut s’étendre aussi loin. Je pourrais m’attarder longtemps sur les négations de M. Besson. Mais je me contenterais ici de souligner la plus flagrante : « la France n’est pas un territoire ». Effectivement si la France est un conglomérat, où donc s’arrête-t-elle ?
Il n’y a pas de raison d’enfermer la francité dans l’hexagone. Tous ceux qui se retrouveraient dans l’expression « conglomérat » pourraient former les Etats unis du monde civilisé, dont les Français comme M. Besson auraient en quelque sorte le leadership (oui, il vaut mieux parler anglais puisque ce conglomérat qui porte le nom « France » « n’est pas une langue » dixitM. Besson), au moins le leadership moral. Et voilà où mène le déni de nation et la nostalgie de l’empire France. Dans cette perspective la France n’est plus rien qu’un conglomérat, mais elle est partout… Elle est le monde cosmopolite de demain.
Jean Michel Hardy
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)