En ouvrant, mercredi, le 40e Forum économique mondial de Davos, Nicolas Sarkozy a dénoncé « une crise de la mondialisation », expliquant que « la mondialisation a dérapé à partir du moment où il a été admis que le marché avait toujours raison et qu’aucune raison ne lui était opposable ». En bref, ce n’est pas la politique qui est responsable de la situation, mais le système économique qu’il convient de moraliser pour « remettre l’économie au service de l’homme »…
Les banquiers – et pas seulement les banquiers… – ne se sont pas laissés prendre par cet écran de fumée lancé par le président français. Et les principaux d’entre eux ont dénoncé un interventionnisme dont il n’est pas dit que l’impact, à plus ou moins long terme, soit de nature à redresser la situation économique.
Quoi qu’il en soit – et il serait bien prétentieux de prétendre résoudre la crise actuelle d’un coup de baguette magique –, l’action du chef de l’Etat est à géométrie variable. Ainsi, jeudi, à l’Elysée, a-t-il annoncé, à l’occasion d’une première conférence sur le sujet, que des « décisions extrêmement importantes » pour « contenir » les déficits français seraient prises prochainement.
Prochainement, et plus précisément en avril ; c’est-à-dire après les élections régionales.
Les décisions sont effectivement nécessaires : avec un déficit public prévu à 8,2 % du PIB cette année et une dette à 83,2 %, les comptes publics sont effectivement anémiés. Et, en trente ans, « la dépense publique est passée de 9 500 euros par habitant à 16 500 en 2009 », souligne le ministre du Budget, Eric Woerth.
Puisqu’on a promis aux Français de ne pas toucher aux impôts, « il faut agir sur chacune des composantes de la dépense », assure Nicolas Sarkozy. Et diminuer notamment les dépenses sociales, en s’intéressant à la réforme des retraites et aux dépenses de santé.
En espérant que la main droite du contribuable ignorera ce que fait sa main gauche. Toutefois, comme une rencontre est toujours possible, on attendra pour ce faire que les élections soient passées.
Pourquoi inquiéter inutilement l’électeur ?
Olivier Figueras
Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été
marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les
non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la
République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques
pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un
test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu
par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à
ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle
n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort
de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et
les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la
première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter
durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace
l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux
cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute
spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?
Eric Letty
éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)