Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 18:05

En ouvrant, mercredi, le 40e Forum économique mondial de Davos, Nicolas Sarkozy a dénoncé « une crise de la mondialisation », expliquant que « la mondialisation a dérapé à partir du moment où il a été admis que le marché avait toujours raison et qu’aucune raison ne lui était opposable ». En bref, ce n’est pas la politique qui est responsable de la situation, mais le système économique qu’il convient de moraliser pour « remettre l’économie au service de l’homme »…

Les banquiers – et pas seulement les banquiers… – ne se sont pas laissés prendre par cet écran de fumée lancé par le président français. Et les principaux d’entre eux ont dénoncé un interventionnisme dont il n’est pas dit que l’impact, à plus ou moins long terme, soit de nature à redresser la situation économique.

Quoi qu’il en soit – et il serait bien prétentieux de prétendre résoudre la crise actuelle d’un coup de baguette magique –, l’action du chef de l’Etat est à géométrie variable. Ainsi, jeudi, à l’Elysée, a-t-il annoncé, à l’occasion d’une première conférence sur le sujet, que des « décisions extrêmement importantes » pour « contenir » les déficits français seraient prises prochainement.

Prochainement, et plus précisément en avril ; c’est-à-dire après les élections régionales.

Les décisions sont effectivement nécessaires : avec un déficit public prévu à 8,2 % du PIB cette année et une dette à 83,2 %, les comptes publics sont effectivement anémiés. Et, en trente ans, « la dépense publique est passée de 9 500 euros par habitant à 16 500 en 2009 », souligne le ministre du Budget, Eric Woerth.

Puisqu’on a promis aux Français de ne pas toucher aux impôts, « il faut agir sur chacune des composantes de la dépense », assure Nicolas Sarkozy. Et diminuer notamment les dépenses sociales, en s’intéressant à la réforme des retraites et aux dépenses de santé.

En espérant que la main droite du contribuable ignorera ce que fait sa main gauche. Toutefois, comme une rencontre est toujours possible, on attendra pour ce faire que les élections soient passées.

Pourquoi inquiéter inutilement l’électeur ?

Olivier Figueras

Par monde et vie
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

L'éditorial du 22.02.2010

Les deux France d’Eric Besson
La comédie de l’identité nationale s’est terminée comme on pouvait s’y attendre, en cul-de-sac. Pouvait-il en aller autrement ? A aucun moment il n’a été mené de réflexion de fond. Au sein des fameux « débats » organisés à travers la France, les voix dissonantes ont le plus souvent été bâillonnées. Ce que l’on retiendra principalement de cette pantalonnade, c’est l’aveu qu’a fait le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale – la superposition sur une même tête de ces deux casquettes est en elle-même très symbolique –, le 5†janvier à la cité des 4 000 de La Courneuve : «la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage» Il est vrai qu’Eric Besson a corrigé sa prose le 22 janvier en déclarant à l’AFP qu’à bien y réfléchir, la France était «un seul peuple, une langue, un territoire, des valeurs et une organisation institutionnelle : la République». Les journalistes qui avaient rapporté la première version avaient donc mal entendu ? Non, ils avaient mal compris, a expliqué le ministre, qui voulait, dit-il, évoquer la France d’avant la France, celle des tribus éparses décrites par Jules César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules.Ce que je comprends, moi, c’est que ce ministre qui a de la République plein la bouche considère l’ensemble de ses compatriotes comme un conglomérat d’imbéciles abyssaux. Ce que je comprends aussi, c’est que le ministre de l’Immigration tient à La Courneuve un discours propre à plaire aux populations issues de l’immigration extra-européenne ; et que le ministre de l’Identité nationale tient le discours exactement opposé pour amadouer l’électorat de droite.Tout le prétendu débat sur la question identitaire a été fait de ce tabac-là. Si le président de la République et son gouvernement ont pu donner l’impression qu’ils n’avaient ni stratégie, ni ligne directrice, c’est qu’ils avaient, au contraire, une double stratégie et un double discours. Jamais pouvoir n’a traité une question aussi fondamentale, à un moment aussi crucial, avec une telle démagogie. Observons au passage que Besson connaît son histoire de France. Il est vrai qu’il n’existe pas de race française ; nous sommes mieux que cela : une nation, disait Bainville. Il est exact aussi que la France n’a pas toujours constitué un ensemble aussi « un et indivisible » que l’ont prétendu par la suite les idéologues jacobins. Les rois qui ont construit ce pays, lorsqu’ils parlaient des Français, mettaient le pluriel au mot peuple. Mais chacun de ces peuples était enraciné dans une province d’un unique royaume, dans un sol français. Il est en effet deux sortes de communautés : celles qui s’enracinent dans un lieu et celles qui nomadisent. Lorsqu’il évoque un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble, Besson ne pense pas aux Auvergnats, aux Provençaux ou aux Bourguignons. Il pense aux Maliens, aux Maghrébins, aux Hottentots. C’est pourquoi il parle de métissage. Mais il n’en est pas moins symbolique qu’il se réfère, pour se dédire, à la Gaule d’avant la conquête. La tranche d’histoire assez large qui s’étend de la Gaule pré-romaine à notre bel aujourd’hui, et qui pour le ministre n’existe pas, porte un nom : la civilisation française.
Eric Letty

Faire connaître le blog

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés