Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 22:05

Il me semble que trois réalités décisives sont en jeu dans le vote suisse, qui, à 57, 5 % des suffrages exprimés, interdit la construction sur le territoire de la Confédération de minarets « ostensibles ».

 

freysingerdrapeauPremière réalité touchée par Freysinger : il s’agit de savoir si seul l’islam radical est dangereux ou s’il n’existe pas une logique islamique qui, comme l’explique très bien le vaillant Valaisan, conduit l’islam à perdre sa légitimité religieuse pour déborder inéluctablement dans l’ordre politique. Les minarets seraient ainsi des signes ostensibles politico-religieux qui contredisent à la laïcité saine et légitime.

Devant cette première réalité, nos évêques eux mêmes sont perdus. Rien d’étonnant : les textes de Vatican II sur l’islam (celui de Lumen gentium 16 et celui de Nostra aetate) sont aussi catastrophiques l’un que l’autre, envisageant l’islam comme une « foi », simple variante de la foi chrétienne dans la commune descendance d’Abraham, alors que chacun sait que l’islam est une loi (la charia) immédiatement applicable à l’ordre social.

 

Deuxième réalité touchée par Freysinger : le chantre suisse d’une politique vraiment identitaire est parvenu à faire comprendre aux électeurs qu’il existait une politique respectueuse de l’identité chrétienne de la Suisse et de son drapeau frappé d’une croix blanche. « Refusons, s’écrie-t-il dans son discours programme du 1er août 2007 d’échanger la table en mélèze contre le meuble en formica ». La civilisation chrétienne, ce n’est pas simplement une « culture » au sens germanique du terme, une disposition subjective des individus, c’est aussi un patrimoine, fait de pierres et de mots, qui ne dépend pas de nous, que nous trouvons à notre naissance mais qu’il nous appartient de protéger. Les minarets sont conçus par Freysinger comme des pierres de trop…

 

Troisième réalité touchée par Freysinger : la nécessité de la foi en politique, une foi qui est aux antipodes de la résignation qui gagne l’Europe, une foi qui peut tout changer : « Un pays est toujours aussi fort que la foi que ses citoyens ont en lui et aussi faibles que les doutes qu’ils nourrissent à son égard ». Freysinger rendra-t-il aux Européens leur foi en eux-mêmes. Leur fera-t-il oublier enfin le triste sanglot de l’homme blanc en proie à la mauvaise conscience ?

 

Il me semble qu’il y a une quatrième réalité, dont Freysinger ne parle pas, mais que son action pourrait mettre en valeur. En écoutant Annie Laurent, hier dans une conférence sur les chrétiens d’Orient, donnée au Centre Saint Paul où elle faisait salle comble, j’ai été saisi par l’urgence du principe de réciprocité : ce que les musulmans font chez eux, ils doivent le subir chez nous… jusqu’à nouvel ordre. Si demain les conversions de musulmans étaient devenues vraiment libres, on ne sait pas quel impact pourrait avoir le christianisme dans ces pays non encore gagnés par la Révolution libérale.

Ce principe élémentaire de réciprocité, on ne comprend pas que les évêques qui y sont les premiers intéressés ne s’en fassent pas les fervents propagandistes. Si on l’applique aux Mosquées, cela signifierait des restrictions considérables dans la construction d’édifices cultuels, comme cela existe pour les édifices voués au culte chrétien dans tous les pays d’islam, intégrisme ou pas.

 

En regardant Oskar Freysinger, je pense à Soljenitsyne le dissident et à son mot : « une seule goutte de vérité peut changer le monde ». Cette goutte de vérité a entraîné la ruine du communisme en son temps. Que fera-t-elle dans le nôtre ?

Alain Hasso

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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