Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 15:48

Qu’est-ce qui fait l’événement ? Mystère… Deux déclarations épiscopales se sont télescopées ces derniers jours sur les téléscripteurs, qui offrent un aspect particulièrement noir de la Conférence épiscopale et de la communion (ou disons mieux : de la désunion) qui y règne.

Prise en elle-même, aucune des deux n’aurait arrêté l’attention des analystes. Ensemble, elles constituent un signe fort. Dans le tunnel interminable dans lequel nos seigneurs n’en finissent pas de se dépêtrer, un feu rouge s’est allumé : Stop !

La première de ces déclaration est parue le 2 novembre – jour des morts – dans la lettre de Paix liturgique. Il s’agissait d’une réaction « à chaud » de Mgr Philippe Gueneley, évêque de Langres. Au mois d’août dernier, quelques personnes s’étaient rendus à la messe à Joinville pour distribuer le nouveau tract de l’association Paix liturgique. Sur ce tract, on voit Benoît XVI ouvrant les bras et on y lit des questions sur la messe traditionnelle et sa possible réintroduction dans les diocèses, après le Motu proprio de notre pape. Chacun peut se prononcer librement sur ce sujet en renvoyant le tract à l’expéditeur. Ce n’était pas du goût de Mgr Guéneley qui a manifesté violemment sa mauvaise humeur après la messe, alors qu’il avait déjà fait un avertissement solennel avant l’office, et une diatribe furibarde en guise d’envoi des fidèles. La place nous manque. Nous donnerons toutes les informations dans le prochain numéro de Monde et Vie. Ce sera comme si vous y étiez.

Le fait est en tout cas, que l’évêque s’est abaissé à prendre publiquement pour cible trois de ses confrères dans l’épiscopat. Entouré de sa garde rapprochée, rassemblée autour de lui, il s’est écrié : « Mgr Centène, on l’a fait plier. Mgr Aillet, on lui donne trois ans. Après, nous verrons. Dominique Rey, son diocèse finira par couler ».

Notons que Mgr Centène est actuellement évêque du diocèse de Vannes ; je pense qu’il appréciera d’être considéré par son confrère comme un évêque « plié ». Mgr Aillet est le jeune et fougueux évêque de Bayonne : dans trois ans, aura-t-il tellement vieilli ? Quant à Mgr Dominique Rey, évêque de Toulon, c’est lui qui possède, depuis au moins deux ans maintenant, le plus grand nombre de séminaristes. Il y a plus de jeunes qui se préparent à devenir prêtre à Toulon qu’à Paris… S’il coule un jour, ce sera de surcharge ! Mais je crois qu’en ce domaine comme en beaucoup d’autres, abondance de biens de nuit pas… Le naufrage de Mgr Rey est simplement un vilain fantasme auquel publiquement cède son confrère Mgr Guéneley, avec une de ces délectation qu’autrefois, non sans raison, on appelait moroses.

Vous me direz : mais non ! Madame Véronique Gallissot, déléguée épiscopale à l'information, a publiquement démenti que de telles énormités aient jamais pu être proférées par un évêque français : « Monseigneur Gueneley, de retour de Lourdes, me charge de vous dire qu'il n'a pas tenu les propos qui lui sont attribués » a-t-elle écrit à nos confrères du Salon beige, qui avaient relayé l’information.

Eh bien ! Madame Gallissot n’y était pas et Monde et Vie a retrouvé le témoin. Nous sommes en mesure de dire – parole contre parole – que ces propos ont bel et bien été tenu et nous vous donnerons, dans notre prochain numéro, diverses information sur l’évêque de Langres.

Oh ! Ces mots doux ne seraient rien. On est tellement habitué au mépris des évêques français pour leurs fidèles que l’on n’est guère surpris de constater qu’ils se méprisent aussi entre eux. Le problème c’est que sur ces entrefaites, le 5 novembre précisément, soit trois jours après, c’est le président de la Conférence épiscopale, Mgr Vingt-Trois, d’habitude pourtant tellement maître de lui, qui se met à tenir, sur certains confrères dans l’épiscopat qu’il ne nomme pas… un discours disqualifiant, qui ressemble fort – un zest d’ironie en plus – au discours de Mgr Gueneley. Il n’est pas tendre : « On peut avoir un évêque qui croit aux communautés nouvelles : il sonne la cloche, appelle six communautés nouvelles dans son diocèse et pense que ça va marcher ! Cela va peut-être marcher tant qu’il sera là, mais après ? ». Ce texte hallucinant, paru dans La Croix du 5 novembre, où le premier des évêques français rompt publiquement la communion de rigueur entre frères et entre pasteurs en critiquant l’un d’entre eux de toute son autorité, prend un relief fâcheux si on le rapproche des paroles de Mgr Gueneley.

Personne n’est dupe, du reste ! Dès le 8 novembre, même si Mgr Vingt-Trois, dans sa semonce, n’a donné aucun nom, c’est Mgr Rey qui est interviewé par RCF. Les deux déclarations – celle de Mgr Gueneley et celle du cardinal Vingt-Trois - sont impitoyablement rapprochées l’une de l’autre par la rédaction de la Radio chrétienne, qui n’hésite pas à demander à Mgr Rey ce qu’il pense de ces deux mises en cause.

De son côté, Mgr Rey, avec beaucoup de panache et un sens profond de la communion ecclésiastique, souligne que Mgr Vingt-Trois ne peut pas avoir pris position « contre l’accueil », car « l’accueil est une vertu évangélique ». Mgr Vingt-Trois va-t-il lui-même démentir ses propres paroles ou faire acte de repentance au nom de l’Evangile ? Ou bien devra-t-on dire que le principal fruit de l’Assemblée des évêques à Lourdes est d’avoir montré définitivement la collusion de l’évêque de Langres et de l’archevêque de Paris dans une même détestation indiscrète de tout ce qui leur semble opposé à leur propre projet pastoral.

En tout état de cause, cette collusion étrange contient un enseignement de la plus haute importance. Il y a un peu plus d’un an, à Lourdes justement, le Saint Père avait dit : « Personne ne doit se sentir de trop dans l’Eglise ».

Aujourd’hui, pour l’Eglise de France, le problème fondamental, ce n’est ni le manque de prêtre ni la déchristianisation inexorable… C’est que beaucoup de prêtres, au seul titre qu’ils font partie de communautés nouvelles, sont considérés comme étant des prêtres « en trop ». Et qu’il est inadmissible qu’il se trouve un évêque – Mgr Rey - pour les accueillir.

Alain Hasso

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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