Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 17:36

En Suisse, une majorité importante – soit 57,5 % – a voté dimanche par référendum l’interdiction des minarets à l’appel du parti UDC de la droite populiste et du parti chrétien de droite UDF qui dénoncent un « symbole apparent d’une revendication politico-religieuse du pouvoir, qui remet en cause les droits fondamentaux ».

Sur les 26 cantons de la Confédération helvétique, seuls quatre cantons (Bâle-ville et les cantons francophones de Genève, Vaud et Neuchâtel) ont rejeté la proposition. Un résultat qui sonne comme un désaveu tout à la fois du politiquement correct et de l’angélisme, dont la plupart des politiques européens se font désormais les chantres.

« La construction de minarets est désormais interdite en Suisse », a annoncé le gouvernement helvétique dans un communiqué officiel. « Les quatre minarets existants ne sont pas concernés », ont précisé les autorités. L’interdiction de la construction de minarets doit être intégrée dans l’article 72 de la Constitution sur les relations entre l’Etat et les religions comme une mesure « propre à maintenir la paix entre les membres des diverses communautés religieuses ».

Sitôt connu le résultat de la votation, un tollé quasi-généralisé s’est élevé pour dénoncer tout à la fois l’intolérance, le réflexe de peur et l’esprit de clocher – sans jeu de mots, semble-t-il…

Le grand Mufti d’Egypte, Ali Gomaa, a même parlé d’insulte pour les musulmans du monde entier. Il a cependant lancé un appel à ses frères religieux, leur demandant de ne pas se sentir provoqués par cette interdiction.

Kamel Kebtane, recteur de la grande mosquée de Lyon, a d’ailleurs lancé un appel similaire, appelant à « une réaction de tous les musulmans, des fidèles de toutes les religions, et de tous les démocrates (sic !), au niveau européen, pour s’opposer à ce que ce vote, contraire aux fondements du droit, devienne une loi ».

« Préjugé » pour la Suède, préoccupation pour le Conseil de l’Europe, « vote de la peur » pour la Belgique, « décision inquiétante » pour les socialistes français, on pourrait multiplier les citations de déclarations politico-médiatiques allant dans le sens d’une… crainte, justement, de la réaction de l’autre.

Le ministre français de l’Immigration, Eric Besson, a été jusqu’à demander qu’on évite de « stigmatiser l’islam » ; et préciser que, en ce qui concerne la France, il aimerait beaucoup qu’on évite ce type de débat, qui relève de l’urbanisme

Il y a mieux… Il y a les évêques suisses, qui ne sont pas contents du résultat du référendum, selon ce qu’a déclaré dimanche le secrétaire général de la conférence épiscopale, Mgr Felix Gmür, qualifiant ce vote de « coup dur pour la liberté religieuse et l’intégration ».

« Le concile Vatican II dit clairement qu’il est licite pour toutes les religions de construire des édifices religieux, et les minarets sont des édifices religieux. C’est un coup dur pour l’intégration de tous ceux qui viennent en Suisse », a-t-il ajouté.

Nous sommes « sur la même ligne que les évêques suisses », a déclaré lundi le président du conseil pontifical pour les migrants, Mgr Antonio Maria Sveglio.

Mais certains hommes politiques italiens, allemands, français, autrichiens, ont néanmoins déclaré comprendre ce vote.

Critiquer la décision suisse serait contre-productif, avertit ainsi l’Allemand Wolfgang Bosbach, responsable de la commission des affaires intérieures du Parlement, et membre de la CDU. Ce résultat traduit la peur d’une islamisation de la société, et « cette crainte doit être prise au sérieux ».

Et il ajoute : « Cela fait des années que je constate un grand écart entre l’opinion publique et les autorités » à ce sujet.

Manfred Weber, député européen de la CSU, précise qu’il ne « suffira pas de coller l’étiquette racisme sur ce vote », mais qu’« il nous faut un débat sur l’identité européenne ».

On peut ainsi, comme Dominique Quinio, dans La Croix, se demander si « un tel référendum dans d’autres pays européens ne donnerait (…) pas des résultats semblables ».

Car là est peut-être la réalité : se demander ce que pensent les peuples – c’est-à-dire les gens de la rue – avant de qualifier leur vote de populiste. Marine Le Pen a ainsi demandé aux élites de « cesser de nier les aspirations et craintes des peuples européens ». Et Bruno Gollnisch estime que le problème de fond est « celui de l’immigration massive et de la mauvaise conscience des Européens, qui les empêche d’exiger ce que chaque pays est en droit d’exiger des plus récents arrivés : le respect de ses lois, mais aussi de ses mœurs, de ses coutumes, de ses traditions, et même de ses goûts ».

Plusieurs hommes politiques italiens, de leur côté, ont réagi favorablement au résultat du référendum suisse, qualifié de « leçon de démocratie ». « La Suisse nous envoie un signal clair : oui aux clochers, non aux minarets », a ainsi déclaré le ministre de la Simplification administrative Roberto Calderoli. « Ce qui semble ressortir du choix du peuple suisse est d’une part le respect de la liberté de religion, de l’autre la nécessité de mettre un frein aux aspects politiques et de propagande liés à l’islam », ajoute-t-il.

« Je suis satisfait du non contre les minarets en Suisse », renchérit le président de la région Veneto, Giancarlo Galan.

En France, pendant ce temps-là, des dizaines de projets de construction de mosquées se font jour, à l’instar de la Grande Mosquée de Strasbourg qui ouvrira ses portes à l’automne 2010, et de celle de Marseille dont la première pierre sera posée en avril…

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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