Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /2010 18:07
La grippe A n’était pas celle qu’on croyait. La France, après avoir fait figure de meilleure élève de l’OMS, en est réduite à tenter de revendre des millions de doses de vaccin en surnombre. En attendant de les brader ?


Roselyne Bachelot était-elle déjà piquée avant de se faire vacciner ? C’est ce que l’on pourrait se demander en constatant que la France a passé une commande de vaccins contre la grippe A représentant une fois et demi sa population : 94 millions de doses, qui pour l’essentiel restent aujourd’hui sur les bras du ministre de la Santé, puisque 5 millions de doses seulement ont été utilisées à ce jour.

 Même si l’on nous annonce un possible retour offensif de l’épidémie en février-mars, il n’est guère imaginable que les 89 millions de vaccins restant trouvent preneurs alors que le pic de l’épidémie est passé, et que la grippe A, surtout, s’est révélée beaucoup moins virulente et contagieuse que prévu.

Le coût de l’opération s’élève à 869 millions d’euros, auxquels s’ajoute celui des millions de masques inutilisés et des traitements au Tamiflu également prévus. Le gouvernement cherche aujourd’hui à limiter les dégâts en revendant les vaccins à l’étranger, au prix d’achat, promet-il : le Qatar et l’Egypte ont ainsi acheté à la France 2,3 millions de vaccins, pour 16 millions d’euros. On voit mal, cependant, comment les Français pourraient maintenir leurs prix face à des concurrents commerciaux comme les Allemands, qui cherchent eux aussi à se débarrasser d’une partie de leur stock.

Du côté de la majorité présidentielle, on minimise, sinon l’ampleur des dégâts, du moins celle de l’erreur commise par le ministre. Ainsi le député du Nord Christian Vanneste demande-t-il sur son site : « que n’aurait-on pas entendu si l’épidémie avait pris les proportions que l’on craignait, avait provoqué un nombre de décès comparable à ceux connus il y a quelques mois encore dans certains pays d’Amérique latine (…), si les moyens d’y faire face n’avaient pas été réunis à temps. »

 « Il est très facile de déceler le problème, poursuit le député nordiste : l’affaire présente est le choc en retour de la canicule de 2003. Pour ne pas vouloir apparaître comme un ministre lointain et décontracté en polo devant sa villa pendant que les personnes âgées meurent dans la solitude, le ministre de la santé actuel en a sans doute trop fait. On peut à l’évidence regretter la gestion comptable de cette précaution apparemment excessive, mais cet excès est doublement la marque de notre époque où la précaution est devenue un principe constitutionnel, et où les politiques sont condamnés à la gesticulation médiatique du court terme, qui ne leur laisse guère le temps de faire les choix responsables du long terme. Que celui ou celle capable de s’extraire de ce système lance la première pierre… »

C’est une défense qui vaut accusation : en prenant des mesures de précaution excessives, le ministre aurait donc été guidé, non par l’intérêt général et le souci de la santé publique, mais par la crainte des réactions de l’opinion publique et le souci de son image !

« Le principe de précaution a été poussé à l’extrême stupidité », déclare, plus sévère que Christian Vanneste, le professeur de médecine Bernard Debré, lui aussi député UMP. Ainsi la France a-t-elle acheté un tiers des réserves mondiales de Tamiflu, avec une date de péremption fixée en avril 2010 ! On peut évidemment penser qu’il vaut mieux prendre trop de précautions que pas assez, et chercher des circonstances atténuantes à Roselyne Bachelot ; il n’empêche que ces pusillanimités politiciennes sont payées au prix fort : au total, les mesures prises auraient coûté entre 1,5 et 2 milliard d’euros.

Hervé Bizien

Cet article est extrait d’un texte plus long, à paraître dans le numéro 821 de Monde et Vie, disponible à partir du 9 janvier 2010

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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