Lundi 19 octobre 2009 1 19 /10 /2009 12:25

Emile Poulat aura consacré sa vie à cette Eglise. Il en est aujourd’hui quelque chose comme la mémoire vivante. Nul mieux que lui ne saurait en restituer, de manière impartiale et engagée tout à la fois, les véritables motivations, les rêves, les espérances trompées, la désillusion et la « puissance latente Â» comme disait Alphonse Dupront.

Si l’on dépasse un cadre purement confessionnel qui serait sans intérêt, il faut souligner qu’en tout état de cause, l’Eglise est le théâtre privilégié du choc entre Tradition et Modernité. La Modernité semble s’être établie contre l’ordre chrétien des sociétés traditionnelles. Et en même temps, au sein même de l’Eglise, nombre de chrétiens reconnaissent leur bien dans les leit-motive  de la modernité. N’est-ce pas Jean Paul II lui-même qui, au Bourget en 1980, expliquait ainsi aux Français la devise de la République, Liberté, Egalité, Fraternité, comme une quintessence d’esprit chrétien ?

Au fond, ce n’est pas une question de foi personnelle, mais l’opposition entre christianisme et modernité déchire tout notre univers mental. C’est cette opposition qui fait le véritable objet de ce livre. Le paradoxe, c’est que cette opposition, ressentie par tous, est niée par les chrétiens. Toujours subtiles dans leurs expressions, les « stratégies Â» de l’Eglise de France sont des stratégies de contournement voire de reddition pure et simple. Tout se passe comme si, selon Poulat, l’Eglise avait su négocier un statut dans la société républicaine, à travers l’élaboration des associations cultuelles en 1923, mais sans jamais mener au bout un projet concret qui lui appartienne. Les condamnations romaines sont tombées sur tout ce qui prenait forme de manière trop ostensible dans le monde catholique : le Sillon et l’Action Française ont été pareillement crossés. Restaient aux chrétiens des années 30 le spectre indéfini de la parlotte, les Semaines sociales de Maurice Blondel ou l’Humanisme intégral de Jacques Maritain, des modèles de chrétienté, remplis de mots mais en réalité vides de sens et sans signification dans un Monde, qui, à ce moment-là, est travaillé surtout par la montée des totalitarismes. On mesurera pourtant l’impact de cette rhétorique lorsque s’ouvre le concile Vatican II. Les textes du Père de Chalendar que cite Poulat, proprement hallucinants, manifestent bien le côté Hamlet qui hante la pastorale catholique depuis quarante ans. Alors ? Faut-il s’étonner si la question ultime de l’Eglise de France vue par Emile Poulat est justement celle du roi de Danemark : être ou ne pas être ?

Joël Prieur

E. Poulat, Aux carrefours stratégiques de l’Eglise de France, XXème siècle, éd. Berg international 2009 238 pp. 19 euros
Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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