Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 19:12

Il y a un autre enseignement d’Oskar Freysinger. Celui-là il est involontaire. Il faut dire que même Freysinger n’imaginait pas le ras de marée auquel donnerait lieu sa votation, et les 57, 5 % d’électeurs suisses votant contre les Minarets. Le résultat du referendum suisse concerne au plus haut point la vie politique française. Il nous montre la méfiance de plus en plus librement affichée de la classe médiatique pour la démocratie. Prenez Renaud Dély, journaliste à Marianne, grand donneur de leçon sur tous les plateaux télé. Cette fois, dans Marianne, c’est à la démocratie qu’il s’en prend. Jugez plutôt :

 

« Cette votation suisse souligne les limites mêmes de l’’arme référendaire. Elle n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Il s’agit d’un outil démocratique à manier avec une extrême précaution. L’identité de ceux qui y recourent (sic), le sujet de la consultation (re-sic) et la manière même dont la question est posée, tous ces ingrédients doivent être étroitement contrôlés pour que le referendum d’initiative populaire éveille les consciences plutôt que les plonge dans les ténèbres de l’obscurantisme. Sauf à verser dans une démagogie infantilisante, l’exercice démocratique ne consiste pas à voter sur tout et n’importe comment » (Marianne du 5 décembre)

 

Nous ne sommes plus en démocratie (ce gouvernement de la majorité des citoyens). Nous ne sommes plus en république (ce gouvernement de l’unanimité présumé des citoyens : cette unanimité personne n’y croit plus). Nous sommes en oligarchie et il est urgent de contrôler l’usage de la démocratie, pour que les gens ne votent pas « n’importe comment », mais votent dans le sens qu’on attend d’eux. L’Union européenne a compris le système : si les gens votent « mal », on les fait revoter jusqu’à ce que le résultat escompté sorte des urnes. Dans le cas de la Suisse (qui rappelons le ne fait pas partie de l’UE et peut encore se permettre ce genre de liberté, raison pour laquelle sans doute on s’en prend à ses banques plus qu’à n’importe quel autre paradis fiscal), le résultat de la votation populaire est tellement sacré qu’il fait immédiatement partie de la constitution.

 

On notera le niveau intellectuel de cette petite coterie mondialisé qui normalise le vote des citoyens et ne supporte pas que l’on vote « n’importe comment ». Renaud Dély n’hésite pas à utiliser une phraséologie complètement obsolète mais toujours diabolisante, en évoquant, à propos de ceux qui votent « mal », « les ténèbres de l’obscurantisme ». il suffit de voir et d’entendre Oskar Freysinger pour s’apercevoir que les ténèbres de l’obscurantisme, son charisme personnel les transperce immédiatement.

 

Depuis la révision du 21 jullet 2008, nous possédons constitutionnellement le pouvoir d’exprimer nos intentions par referendum. En Suisse, il suffit de réunir 110 000 signatures. En France, il faut avoir regroupé 10 % des électeurs inscrit avant de pouvoir penser créer un débat autour d’un référendum . Autant dire que Renaud Dély n’a pas trop de soucis à se faire et que la démocratie en France, la vraie, la démocratie directe, ce n’est pas pour demain.

Alain Hasso

 

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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