Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 15:41

Divine surprise, le retour en foule des anglicans au Bercail romain? La nouvelle semble trop belle pour être vraie… Que s’est-il vraiment passé?

C’est un cardinal Levada visiblement fatigué qui ouvrait, mardi 22 octobre à 11 h du matin, une conférence de presse précipitamment convoquée à 17 heures la veille, les journalistes accrédités auprès du Saint-Siège ayant été pour la plupart prévenus par SMS (sic). Du jamais vu ! On comprend la fatigue du Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (CDF) : il était rentré à Rome à minuit passé le lundi soir, après un voyage éclair à Londres dans l’après-midi, pour  informer l’archevêque de Cantorbéry, primat d’Angleterre et de la Communion anglicane, Rowan Williams, de la décision de Benoît XVI, acceptant la demande de nombreux anglicans d’entrer dans l’Église catholique.

Cette décision peut sembler très rapide, elle a été mûrement pesée. Dès 2006, Benoît XVI avait demandé à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de réfléchir aux conditions de l’accueil  en masse des anglicans dans l’Église, un accueil « en masse » qui avait déjà fait l’objet de vœux du pape Léon XIII en… 1896…

À la même heure, 11 heures donc, ce mardi, se tenait en Angleterre une conférence de presse, avec, conjointement, Rowan Williams, primat anglican, et Vincent Nichols, archevêque de Westminster, et nouveau “patron” de l’Église catholique Outre-Manche. A Rome, le cardinal Levada était flanqué à sa gauche du Père Federico Lombardi, directeur de la Salle de presse du Vatican, et à sa droite de l’archevêque Joseph DiNoia, ancien sous-secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et aujourd’hui secrétaire de la Congrégation pour le culte divin, qui a mené, depuis au moins deux ans, les négociations avec les anglicans voulant faire retour à Rome et que l’on peut considérer comme l’un des principaux architectes de la proposition romaine qui allait leur être faite.

Les journalistes présents ne manquèrent pas de s’interroger sur une absence singulière : celle du cardinal Walter Kasper, préfet du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens depuis 2001, et donc officiellement en charge du dialogue avec les anglicans… Les explications embarrassées du cardinal Levada – problème de calendrier, présence de l’intéressé à Chypre pour des discussions avec des orthodoxes – ne convainquirent personne. Sur le dossier des anglicans, on avait décidé de contourner l’incontournable Kasper, et de traiter l’affaire directement au Saint Office. La politique de Kasper consistant à soutenir le Primat anglican Rowan Williams et sa Communion anglicane au détriment des anglicans  traditionalistes  de la TAC est bien morte et enterrée. Benoît XVI s’apprête à en signer l’acte de décès. Traiter directement avec la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, c’était une condition exigée par les anglicans rassemblés dans la TAC – une vingtaine d’ Églises, deux fois plus d’évêques, environ 500 prêtres et près de 400 000 fidèles, séparée de la Communion anglicane en 1991 –, afin d’éviter de passer par le cardinal Kasper, en risquant du même coup de passer par pertes et profits…

C’est donc à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi que le « collège des évêques » de la TAC, réuni en session plénière à Portsmouth en octobre 2007, avait écrit pour solliciter « une union pleine, en corps et sacramentelle » tout en conservant certaines de leurs traditions propres (liturgie, spiritualité, clergé marié…): démarche qui avait été « reçue avec cordialité » par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, selon le primat de la TAC, l’archevêque John Hepworth. L’année suivante, dans une lettre du 5 juillet au primat Hepworth, le cardinal Levada assurait la TAC « de l’attention sérieuse que cette Congrégation prête à la perspective d’unité en corps » sollicitée huit mois plus tôt. Une assurance spectaculairement confirmée ce 22 octobre par le cardinal Levada. Bien que la Constitution apostolique, qui ne sera promulguée que dans quelques semaines, soit toujours en préparation selon la Note du Saint Office, diffusée le 22 octobre, cette dernière en précise l’essentiel. Rome propose une structure canonique […] en formant des Ordinariats personnels [permettant] d’entrer dans la pleine communion […] tout en préservant des éléments particuliers du patrimoine spirituel et liturgique de l’anglicanisme. Il s’agit là d’une structure canonique nouvelle qui devrait être, à certains égards , semblable à celle de l’Ordinariat militaire (les options “Église sui generis”, “administration apostolique” et “prélature personnelle” n’ont pas été retenues). Le libellé de la Note prévoit une ordination sacerdotale pour tous les prêtres anglicans de ces Ordinariats – pouvant être dirigés par un évêque ou un prêtre –, et reconnaît donc explicitement la position de Léon XIII de 1896 sur la nullité des ordres anglicans. Les prêtres ainsi ordonnés pourront demeurer mariés s’ils le sont, mais cette dispense de célibat ne devrait pas s’appliquer aux jeunes gens qui seront ordonnés pour ces Ordinariats. Pour la formation de ces futurs prêtres, Rome envisage soit un cursus dans les séminaires diocésains, soit dans une maison relevant de l’Ordinariat. Rome tient à maintenir un équilibre entre « ce qui est digne dans le patrimoine liturgique et spirituel anglican» et sa préoccupation que clercs et fidèles soient intégrés dans l’Église catholique. Équilibre assez semblable à celui que Rome a disposé pour les traditionalistes qui lui sont demeurés fidèles, et qui constitue aussi sa proposition à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X six jours avant le début des colloques doctrinaux…

Daniel Hamiche
Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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