Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 08:04

Connaissez-vous Robert le Gall, l’évêque de Toulouse, l’homme en violet de la Ville rose ? D’après notre confrère de Perepiscopus, il vient de donner – le 2 février, pour la Chandeleure - un entretien plutôt coton à La Dépêche du Midi sur le thème de l’identité nationale. Son obsession ? manifester qu’il est un homme de paix et de dialogue. Cela donne des lapalissades comme : « Il faut apprendre à se connaître avec les autres religions, musulmane ou juive. Par exemple, la mosquée sur le périphérique a le droit d'exister. C'est normal que les autres religions aient leur espace de vie. Je suis heureux qu'il y ait une mosquée à Toulouse » Nous reconnaissons une rhétorique très répandue, qui vole en ronronnant au secours de la victoire ou plutôt qui se tient avec délectation dans le fait accompli comme si elle en était à l’origine.

Mais je voudrais souligner deux « petites phrases » qui me semblent indignes d’un évêque, mais qui, en même temps caractérisent tout à fait un mode opératoire simplement suicidaire.

La première est énorme. Sur le ton paisible de celui qui est « un artisan de paix professionnel », l’évêque déclare : « La France n’est pas un pays totalement musulman ». Vous avez bien lu : pas totalement. En français, le synonyme de « pas totalement c’est « presque ». la France est presque un pays musulman mais quand même pas totalement. La première petite phrase caractéristique du mode opératoire épiscopal, c’est de valoriser l’adversaire.. A priori, il est plus fort que soi. A priori, il a déjà gagné (ou presque). A priori, face à l’islam, le christianisme est en position d’infériorité sur le plan quantitatif, sur le plan de l’efficacité et sur le plan du destin historique. La France n’est pas un pays totalement musulman, mais elle est un pays musulman… Est-elle un pays chrétien ? « Nos racines sont chrétiennes » concède l’évêque. Le christianisme, c’est le passé (les racines). L’islam c’est le présent, même si ce n’est pas encore totalement le cas. « Notre pays s'est construit à partir d'intégrations successives et massives »… La dernière intégration massive, suivez mon regard, est bien évidemment celle de l’islam, face auquel le christianisme se considère déjà comme une survivance (les racines).

La seconde petite phrase est absurde. Je lis : « adopter une position de défense n'est jamais très bon ». Ce genre de phrase qui se donne elle-même comme une évidence recèle une sorte de perversion de l’esprit qu’il est criminel de diffuser. Adopter une position de défense signifie simplement que l’on est l’agressé et qu’il y a un agresseur. Si l’on n’adopte pas une position de défense en fonction de l’agresseur, même potentiel, cela signifie que l’on accepte d’emblée l’idée de perdre et que l’on ne cherchera même pas à conjurer le sort. Cet impératif catégorique : il ne faut pas se défendre, ce n’est jamais très bon, est au cœur de la moraline chrétienne. C’est un dissolvant puissant.

Les évêques étaient considérés autrefois comme « les gardiens du troupeau ».  Ils sont aujourd’hui les annonciateurs de la faillite dont ils se font les syndics au quotidien. Et face à la faillite annoncée, il est interdit de se défendre, au motif que « ce n’est pas très bon ».

Jean-Louis Vandelle

Par monde et vie
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L'éditorial du 22.02.2010

Les deux France d’Eric Besson
La comédie de l’identité nationale s’est terminée comme on pouvait s’y attendre, en cul-de-sac. Pouvait-il en aller autrement ? A aucun moment il n’a été mené de réflexion de fond. Au sein des fameux « débats » organisés à travers la France, les voix dissonantes ont le plus souvent été bâillonnées. Ce que l’on retiendra principalement de cette pantalonnade, c’est l’aveu qu’a fait le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale – la superposition sur une même tête de ces deux casquettes est en elle-même très symbolique –, le 5†janvier à la cité des 4 000 de La Courneuve : «la France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France de métissage» Il est vrai qu’Eric Besson a corrigé sa prose le 22 janvier en déclarant à l’AFP qu’à bien y réfléchir, la France était «un seul peuple, une langue, un territoire, des valeurs et une organisation institutionnelle : la République». Les journalistes qui avaient rapporté la première version avaient donc mal entendu ? Non, ils avaient mal compris, a expliqué le ministre, qui voulait, dit-il, évoquer la France d’avant la France, celle des tribus éparses décrites par Jules César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules.Ce que je comprends, moi, c’est que ce ministre qui a de la République plein la bouche considère l’ensemble de ses compatriotes comme un conglomérat d’imbéciles abyssaux. Ce que je comprends aussi, c’est que le ministre de l’Immigration tient à La Courneuve un discours propre à plaire aux populations issues de l’immigration extra-européenne ; et que le ministre de l’Identité nationale tient le discours exactement opposé pour amadouer l’électorat de droite.Tout le prétendu débat sur la question identitaire a été fait de ce tabac-là. Si le président de la République et son gouvernement ont pu donner l’impression qu’ils n’avaient ni stratégie, ni ligne directrice, c’est qu’ils avaient, au contraire, une double stratégie et un double discours. Jamais pouvoir n’a traité une question aussi fondamentale, à un moment aussi crucial, avec une telle démagogie. Observons au passage que Besson connaît son histoire de France. Il est vrai qu’il n’existe pas de race française ; nous sommes mieux que cela : une nation, disait Bainville. Il est exact aussi que la France n’a pas toujours constitué un ensemble aussi « un et indivisible » que l’ont prétendu par la suite les idéologues jacobins. Les rois qui ont construit ce pays, lorsqu’ils parlaient des Français, mettaient le pluriel au mot peuple. Mais chacun de ces peuples était enraciné dans une province d’un unique royaume, dans un sol français. Il est en effet deux sortes de communautés : celles qui s’enracinent dans un lieu et celles qui nomadisent. Lorsqu’il évoque un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble, Besson ne pense pas aux Auvergnats, aux Provençaux ou aux Bourguignons. Il pense aux Maliens, aux Maghrébins, aux Hottentots. C’est pourquoi il parle de métissage. Mais il n’en est pas moins symbolique qu’il se réfère, pour se dédire, à la Gaule d’avant la conquête. La tranche d’histoire assez large qui s’étend de la Gaule pré-romaine à notre bel aujourd’hui, et qui pour le ministre n’existe pas, porte un nom : la civilisation française.
Eric Letty

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