Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /2010 08:18

Un évêque s’en prend au plus dynamique des curés de son diocèse, l’abbé Francis Michel curé de Thiberville. Il annonce sa mutation et le cœur de la Normandie prend feu. Entre Pays d’Ouche et Pays d’Auge commence une « pieuse jacquerie », comme dit Jean Mercier, qui n’a pas fini de faire du bruit.

Mgr Nourrichard le malencontreux évêque d’Evreux, qui a si bêtement raté son coup dimanche dernier, en venant en personne à Thiberville, annoncer la nouvelle et recevoir les huées et les quolibets que mérite son inconséquence, a passé la journée d’hier, jeudi, à la Nonciature, avenue du Président Wilson à Paris, où il a dû se faire taper sur les doigts pour son imprudence. Résultat : pour ne pas donner à nouveau matière aux caméras, en alimentant un feuilleton gaulois qui est en train de faire le tour du monde (on le trouve dans les liens du site Daily telegraph, comme sous la plume du vaticaniste ratzinguérien Andrea Tornielli, rédacteur à Il Giornale), l’évêque vient d’annoncer que le curé de Thiberville restait, dimanche prochain l’abbé Francis Michel et que le nouveau curé ne viendrait pas célébrer la messe. Une manière d’apaiser les esprits ? Un premier recul qui en annonce d’autres ? L’affaire est portée à Rome, s’écrie Nourrichard. Rome jugera.

Des cas comme celui de l’abbé Michel, de curés refusant leur mutation, il y en a des centaines par an dans la chrétienté. Mais celui-là ne passe pas inaperçu. L’enjeu ? Le respect par l’évêque d’une paroisse, la seule qui marche dans son diocèse, et qui marche, selon la volonté de Benoît XVI avec les deux rites. Un seul chiffre : il y a eu 170 confirmations l’an dernier dans le diocèse d’Evreux. 40 pour la seule paroisse de Thiberville. Quand l’abbé Michel est arrivé voici 22 ans, il y avait des ADAP, des assemblée du dimanche en l’absence de prêtre, la pratique’ n’était pas plus élevée qu’ailleurs. Au bout de 22 ans, Thiberville constitue que l’évêque le veuille ou non le seul fleuron d’un diocèse sinistré par une gestion progressiste qui dure depuis Jacques Gaillot, qui a continué avec Jacques David, et qui se termine dans le désert avec Christian Nourrichard.

Il faut ajouter que la mutation de l’abbé Michel comme vicaire à Louviers (à l’autre bout du diocèse) correspondrait à la fermeture de la paroisse. Comme l’a dit l’évêque qui ce jour là ne s’embarrassait pas de langue de buis : « La paroisse est supprimée » Eh bien ! L’abbé Michel ne refuse pas seulement sa mutation, il refuse cette suppression arbitraire.

Son vœu en cette année sacerdotale, particulièrement consacrée au Curé d’Ars ? Il l’a répété à plusieurs reprises : faire comme le Curé d’Ars, mourir dans sa paroisse, dont il connaît chaque famille, commençant sans doute à marier ceux qu’il a baptisé voici 22 ans.

L’évêque a répondu simplement que l’Evangile ne nous demandait pas de nous arrêter mais d’être toujours en mouvement. Je ne sais sur quel verset il s’appuie, mais il avait déjà été particulièrement malchanceux dimanche dernier en citant un verset de psaume qui n’existe pas. Ce qui est clair en tout cas c’est que rien ne remplacera jamais le dévouement à vie et le lien quasi charnel que le curé tisse avec sa paroisse.

Mais une fois de plus, c’est Vatican II qu’il faut mettre en cause. Première décision du Concile où tous les évêques du monde sont rassemblés : supprimer la charge de curé à vie. Donner des mandats, de six ans renouvelables une fois par exemple. Cette décision a pesé très lourd dans l’accélération de la déchristianisation qui s’est manifestée au tournant des années 70. Un curé à vie, j’en ai connu, c’était l’assurance d’une chrétienté locale stable. Certes lorsque le curé n’était pas consciencieux, il fallait sans doute se le farcir. Mais était-ce si fréquent ? Quand un prêtre est responsable d’un lieu dans lequel il sait qu’il va rester toute sa vie, il fait attention à ne pas causer de scandale et il a à cœur le développement du troupeau, qu’il pourra lui-même vérifier dans la suite de son âge. En un mot : il est responsable. Ce qui n’est pas vrai des arpettes, nommées pour trois six ou neuf ans et qui, du curé à l’évêque ne pensent d’ailleurs qu’à une chose, une fois nommées dans tel ou tel endroit pour trois, six ou neuf ans : en partir.

A l’ancienne, le curé ne part pas. Il doit faire fructifier son capital de fidèles… sur place. Il en est responsable. Il est marié à vie avec sa paroisse… qu’il aime comme sa propre chair. Voilà l’abbé Michel. Son dévouement de prêtre à l’ancienne n’est pas compris des ronds de cuir de l’administration ecclésiastique du diocèse d’Evreux (le sourire du Père Jean Vivien, remplaçant officiel, comme curé de Bernay, du curé de Thiberville, expliquant à la télévision que cette mutation « devait arriver un jour » me restera longtemps dans l’esprit comme un bel exemple de charité entre prêtres). Mais ses fidèles ont reçu le message. 5 sur 5. Et, à l’image du Maire du patelin, Guy Paris, ils font corps avec leur curé.

Nous sommes dans le pays de la Varende, pays de jacqueries et de chouanneries, à quelques kilomètres du Chamblac où, déjà sous Mgr David, avait eu lieu une véritable un véritable soulèvement pour protéger un curé traditionaliste anglais, l’abbé Montgommery. Seule la mort du curé, suite à un accident de voiture, avait interrompu la vie de la paroisse du Chamblac. Du haut de ses soixante ans l’abbé Francis Michel voit l’avenir sereinement. Quand on a le pays d’Ouche avec soi, il n’y a que le ciel qui peut nous tomber sur la tête.

Alain Hasso

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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