Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 16:50

Nicolas Sarkozy vouait naguère Dominique de Villepin à la pendaison à un croc de boucher. Ironie du sort, c’est lui qui se trouve, aujourd’hui, pendu au « croc de boucher » de la justice. En demeurant partie civile dans l’affaire Clearstream après son élection à la présidence de la République, il a commis une grave erreur.

 Erreur, en premier lieu, par rapport à la fonction qu’il incarne et dont l’actuel chef de l’Etat n’a jamais mesuré l’exigence, en termes de prestige et de solennité. Quoi qu’on en ait, et quelle que soit l’incongruité de cette usurpation, le président de la République française, surtout sous la Vème du nom, apparaît comme l’héritier des rois de France. « Le roi de France ne vengera pas les offenses faites au duc d’Orléans », disait Louis XII après son sacre. Nicolas Sarkozy n’a pas compris – ou pas voulu comprendre – la force et la sagesse de cette règle de conduite politique.

Lui, qui n’a eu de cesse d’apparaître comme un artisan d’unité en affectant de rassembler autour de sa personne des personnalités débauchées de la gauche aux côtés de ministres issus de sa majorité, a montré qu’en dépit des apparences qu’il veut donner, il reste incapable de se situer au-dessus de la mêlée et du niveau ordinaire de la politichiennerie.

 Cette première erreur en a provoqué une seconde. La relaxe de Villepin est un camouflet qui l’atteint directement. Si Sarkozy ne s’était pas constitué partie civile, s’il n’avait pas, depuis New-York, anticipé la décision du juge en se prononçant publiquement sur la culpabilité de l’accusé Villepin, la décision du Parquet de faire appel de la relaxe de l’ancien premier ministre semblerait peut-être moins commandée par l’Elysée.

 Dans les circonstances actuelles, on a le sentiment que le président de la République s’accroche à sa rancune et refuse de renoncer à sa vengeance. Il importe peu que ce sentiment soit vrai ou faux, et que l’Elysée ait fait pression ou pas sur le Parquet : telle est la lecture que la majorité des Français fera de l’événement.

 Si la cour d’appel confirme le jugement de première instance, sa décision n’apparaîtra même plus comme un camouflet pour le chef de l’Etat, mais comme sa complète déconfiture. Si elle condamne Dominique de Villepin, on accusera la justice d’avoir pris ses ordres du pouvoir.

 Car Villepin le manipulateur, Villepin le combinard, Villepin tel qu’on l’a vu en ses œuvres, a beau jeu dès à présent de se présenter en victime expiatoire de la vindicte présidentielle. Il en remet. Il en rajoute. Il vibrionne. Respirant lui aussi la haine et la vengeance, il endosse déjà le manteau des Atrides, celui du frère ennemi, issu du même bord politique, de la même droite abâtardie et mollassonne, celle des repentances et de la discrimination zéro-positive, qui, depuis des années, enfonce du même pas que la gauche le pays dans l’impasse.

 Il avertit qu’il sera, contre Sarkozy, candidat à la présidentielle et l’on comprend déjà que le but principal de l’ex-premier ministre ne consistera pas à gagner l’élection – les enquêtes d’opinion, pour l’instant, ne le créditent pas plus que de 8 % des voix – mais à faire perdre Sarkozy.

 Ainsi divague la politique française en ce début d’année 2010, alors que l’OCDE prévoit 11 % de chômeurs en France en 2010, que nos entreprises sont étranglées, que le déficit du budget de l’Etat et celui de la Sécurité sociale battent des records, et que le pays, qui ne parvient même plus à définir sa propre identité, risque de se désintégrer sous la pression de communautarismes exogènes.

Hervé Bizien

Par monde et vie
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NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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