Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.

Abbé de Giacomoni

L’abbé de Giacomoni, jeune prêtre enthousiaste, membre de la Fraternité Saint-Pierre, est depuis septembre 2009 en charge d’un projet capital pour la ville de Lyon. Offrir à ceux qui en font la demande les moyens d’une éducation humainement performante et spirituellement épanouissante en développant une école primaire complète, où l’on prend en charge les enfants dès le premier âge. Ce type d’initiative représente la chance d’une véritable poche de résistance à la marée matérialiste et consumériste. Comme à chaque époque, l’Eglise se montre ainsi sous son vrai visage de mère et de maîtresse des hommes.

M. l’abbé, vous avez pris en main les destinées de l’école Sainte-Jeanne d’Arc à Lyon. Depuis quand la Fraternité Saint-Pierre à laquelle vous appartenez s’intéresse-t-elle à l’enseignement?
Avrai dire depuis toujours… Evidemment nos fondateurs n’ont pas commencé par créer des écoles. Mais des prêtres peuvent-ils faire l’impasse sur cet aspect majeur de leur vocation ? Je ne le pense pas. Surtout à notre époque où ce n’est pas seulement la Foi qui est attaquée mais aussi la nature humaine. Voilà pourquoi la Fraternité dirige aujourd’hui un Collège-Lycée et deux écoles primaires dont l’Ecole Ste-Jeanne d’Arc.

J’ai eu l’occasion de découvrir le cadre merveilleuxde la Maison Padre Pio, véritable îlot de verdure dans la ville. Cela permet certainement un épanouissement des enfants vraiment hors norme?
Le réalisme éducatif passe par un cadre éloigné de « l’esprit citadin ». Nous ne sommes pas des anges: il faut ouvrir nos sens, découvrir la beauté de la nature. Dans ses lois, l’enfant découvre combien la soumission à la loi divine est la condition absolue de son bonheur. La Maison Padre Pio est aussi la résidence de la Fraternité St-Pierre à Lyon, ce qui garantit une présence sacerdotale constante auprès des enfants, notamment le directeur et l’aumônier.

Vous insistez, dans les textes et brochures que j’ai eu l’occasion de lire, sur l’éducation à la beauté. Pouvez-vous en dire plus aux lecteurs de Monde et Vie? Ya-t-il un rapport entre ce souci qui est le vôtre et la liturgie que vous célébrez?

A l’époque de la réforme, le cardinal Journet a écrit : « tout le monde n’a pas le goût de la laideur, ou de la platitude ». La liturgie doit amener à Dieu. Et puisque l’éducation ne consiste pas à enseigner les interdits mais à rendre raisonnable et accessible le choix du vrai, du bien et du beau, alors oui, la liturgie traditionnelle est en
rapport direct avec l’éducation. Elle nous enseigne deux connaissances des plus nécessaires : celle de Dieu (par des gestes expressifs d’adoration et de respect) et celle de nous-mêmes (par l’expression claire d’un sacrifice
pour nos péchés).

Que pensez-vous des méthodes actuelles d’apprentissage de la lecture et du calcul ? Y a-til des méthodes pour obtenir, du point de vue scolaire, l’excellence?

La faillite du système scolaire actuel est un constat de plus en plus partagé. Pourquoi ? Parce qu’il est une nature humaine qui nous dicte le fonctionnement de l’intelligence.Or les méthodes actuelles en font fi. Si toujours plus d’élèves ne savent ni lire, ni écrire,ni compter à leur arrivée en 6e, ce n’est pas dans leur intelligence qu’il faut chercher la cause.Elle est à chercher dans l’idéalisme, qui, s’éloignant du réel, oublie que les mots ont un sens et
qu’une pensée droite ne peut faire abstraction de la grammaire.Ces bases nous permettent de rechercher l’excellence scolaire, garantie par l’expérience de nos quatre institutrices. Mais nous visons plus haut. Si l’on fait des « polygénies » qui ne savent pas dire « bonjour » ou « merci », ils seront peut-être des intellectuels mais pas des hommes intelligents et accomplis, encore moins des saints.

Comment transmettez-vous la foi aux enfants ? Le matérialisme ambiant représente-t-il un handicap ? Est-il facile aujourd’hui de motiver les enfants pour qu’ils développent une vie spirituelle en rapport avec leur âge ? Y a-t-il une pédagogie pour cela ?

La transmission de la foi est vitale car elle offre un horizon que l’homme ne saurait atteindre seul. Le catéchisme est simple: transmettre l’enseignement vrai de l’Eglise. Les enfants y sont très réceptifs car ils ont une vraie vie spirituelle: l’intimité avec Jésus n’est pas un problème dans leurs âmes pures. Le matérialisme ambiant est un obstacle réel, non insurmontable. De ce fait l’on insiste sur l’amour de l’Eucharistie et la prière. Quand je
vois, dans des écoles catholiques, que la 1re Communion est proposée en CM2, je trouve cela criminel. Pourquoi priver des enfants de la nourriture de leur âme ? Nous les préparons donc dès le CP, et parfois dès la Grande Section. Nous comptons en outre sur la complémentarité entre la famille et l’école. Il faut redonner aux enfants le sens de l’effort et l’esprit de sacrifice ; cela oblige à dépasser l’égoïsme issu du péché originel et aggravé par le matérialisme.

Votre œuvre s’adresse-t-elle par la force des choses aux familles aisées ? Avez-vous les moyens d’aider des familles nombreuses ou défavorisées pour leur permettre d’accéder au luxe que vous représentez ?

En valeur absolue la scolarité est plus élevée : notre liberté le vaut bien ! Mais de même que lorsqu’on fait son marché il vaut mieux voir le prix au kilo, dans le choix d’une école il vaut mieux regarder aux méthodes et au but. J’aimerais rappeler aux parents que presque tout se joue dès la petite enfance et que le choix d’une école vraiment catholique est un devoir moral grave. Certains, par souci de facilité, inscrivent leurs enfants dans l’école « d’à côté », se disant qu’ils « rattraperont » à la maison. Mais, oubliant les biens les plus hauts, ils ne voient que le court terme. D’autres comprennent l’urgence éducative. S’ils n’ont pas les moyens, qu’importe ?! Des associations sont là pour les aider en subventionnant une partie de la scolarité. Et pourrions-nous froidement refuser des enfants pour un motif économique ? Nous oublierions qui nous servons; et qu’à ceux qui Le cherchent, le bon Dieu donne toujours le nécessaire. Cette aide providentielle passe aussi par vous : aidez-nous
en libellant vos dons à « l’école autrement » pour obtenir un reçu fiscal. Pour tout don ou renseignement, écrivez à : Ecole Sainte-Jeanne d’Arc, 1 chemin de petite champagne, 69340 Francheville.

Entretien réalisé par Dominique Molitor

L'éditorial d'Eric Letty

L’honneur des capitaines

Le psychodrame à la française autour de la burqa finit par lasser jusqu’aux 32 membres de la commission parlementaire instituée pour réfléchir à cet épiphénomène. Coprésident – avec le communiste André Gérin – de ladite commission, Eric Raoult a fait savoir, en termes plus délicats, qu’il était temps que tout ça se termine et que la comédie commençait à incommoder jusqu’aux députés de province. Au bout de six mois de travaux et de deux cents auditions, comme on pouvait s’y attendre, la montagne accouche d’une souris, que les commentateurs autorisés appellent « un consensus a minima », adopté à une voix seulement de majorité. C’est pourtant à qui s’est montré le plus déterminé et le plus coup de menton, jusqu’à ce que Michelle Alliot-Marie siffle la fin de la récréation en faisant remarquer qu’il serait dangereux de voter une loi qu’on ne serait pas en mesure d’appliquer. On devrait donc commencer par voter solennellement, au printemps, une résolution affirmant que « C’est toute la France qui dit non au voile intégral ». Mais que se passera-t-il si toute la banlieue lui dit oui ? Pour l’instant, nos Belphégor ne sortent guère de leurs quartiers, où elles sont parfaitement tolérées. Entre une « sœur » musulmane et Eric Raoult, on a tout lieu de croire que les néo-Français de La Courneuve et des Minguettes auront vite choisi. Quant aux actes, il est prévu d’interdire le port du voile intégral dans les services publics et les transports en commun. Pourquoi pas les cabines de photomaton? Quel chauffeur de bus refusera-t-il de laisser monter une femme masquée à bord de son véhicule, en plein quartier immigré? Quel contrôleur de métro lui courra-t-il après pour l’empêcher de glisser son ticket de métro dans le composteur ? Je ne trouve même pas cette loi saugrenue, mais indécente. A l’heure où Nicolas Sarkozy veut imposer la discrimination positive aux grandes écoles contre la plus élémentaire équité, où son ministre de l’identité nationale définit la France comme un conglomérat de peuples métissés et envisage d’accorder le droit de vote aux immigrés aux élections locales, cette démonstration de fermeté à l’égard de 1 900 musulmanes doit convaincre les Français que la droite sait taper sur la table pour faire respecter ses valeurs, ou plutôt celles de la République. L’indécence est pourtant ailleurs. Début janvier, trois soldats français, deux sous-officiers et un capitaine, ont été tués en Afghanistan. On nous assure que le contingent qui est présent là-bas se bat pour que les Afghans et les Afghanes puissent jouir des Droits de l’homme – dont, selon toute apparence, un certain nombre d’entre eux ne veulent pas. Et l’on nous a présenté le port de la burqa comme le symbole même de l’asservissement de la femme afghane. Mais tandis que les soldats français se font tuer à l’autre bout du monde, nos parlementaires évitent de voter une loi interdisant à 1900 gamines, dont bon nombre de françaises converties, de porter la burqa dans les quartiers de banlieue, parce qu’une telle décision serait impossible à faire respecter. Encore faudra-t-il se réjouir si cette pantalonnade n’encourage pas d’autres candidates à porter une tenue devenue, à leurs yeux, emblématique de la résistance de la musulmane à l’intolérance de la société française. Tandis que des pères de famille français se font tuer sous l’uniforme, l’Etat français loge à l’hôtel, pour une semaine, soixante clandestins afghans qui trouvent plus confortable de défier nos lois à Paris que de servir leur propre pays.

On dit que le ridicule ne tue pas. En Afghanistan, si.

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