Abbé Spinoza

Nous évoquons souvent dans ces pages les œuvres bénévoles de charité, à travers lesquelles le chrétien se met au service de la société. Cette fois, à travers l’œuvre nouvelle des frères du Bon Pasteur, nous envisageons une manière totale de vivre ce service, par la consécration de soi à un idéal d’éducation des enfants. C’est l’occasion de nous rappeler que la vie religieuse représente le sommet permanent du bénévolat…

 

M&V : Monsieur l’abbé, vous avez été ordonné prêtre il y a deux ans et vous entreprenez déjà de fonder une communauté de frères au service de l’Eglise, en particulier dans l’enseignement. Comment en êtes-vous arrivé là ? Quel est votre parcours personnel ?

Abbé Spinoza : Le travail éducatif auprès des enfants et des adolescents est la grande préoccupation de toute ma vie et le fil conducteur de mes séjours dans différentes maisons de formation. À l’Institut de la Sainte-Croix de Riaumont, j’ai découvert le scoutisme et la vie religieuse, et c’est dans l’Institut du Bon Pasteur (IBP), institut de droit pontifical, que cette vocation à l’éducation a pu se réaliser. Après mon ordination sacerdotale, le Supérieur Général de l’IBP, Monsieur l’abbé Laguérie, m’a nommé directeur de l’école Saint-Projet à Bordeaux. J’ai occupé cette fonction pendant deux années. Puis la découverte de L’Angélus, maison vouée à l’éducation depuis 1926, fut pour moi l’un de ces signes dont la divine Providence a le secret. Dès lors, Monsieur l’abbé Laguérie m’a confié la tâche de fonder les Frères des Écoles du Bon Pasteur et de former également les frères coadjuteurs.


Comment caractérisez-vous l’originalité ou la spécificité de cette nouvelle communauté ?

Dans la Tradition catholique, il existait depuis de nombreuses années des Dominicains, des Bénédictins, de nombreux prêtres séculiers, mais il n’y avait pas encore de Frères enseignants. Voilà sans doute la principale spécificité de cette nouvelle communauté, attachée exclusivement à la « forme extraordinaire du rite romain ». Pour le reste, notre projet éducatif entend donner aux enfants et aux adolescents le sens du Vrai, du Bien et du Beau. Le Vrai appelle des réponses aux questions que se posent les adolescents. Le Bien doit pouvoir se communiquer par l’exemple que donnent les Frères dans l’exercice des vertus naturelles et surnaturelles, enracinées dans une vie religieuse authentique. Le Beau se vit dans la liturgie : récitation au chœur d’une partie de l’office divin, soin apporté aux cérémonies par la beauté des gestes, du chant… C’est tout un équilibre qu’il s’agit de redonner aux jeunes générations, afin de compléter l’éducation qu’inculquent les parents catholiques.

 

On rapporte dans ces colonnes l’engagement d’un certain nombre d’associations au service de la collectivité. Mais vous, qu’est-ce que des frères séparés du monde peuvent apporter aux jeunes d’aujourd’hui ?

Les Frères des Écoles du Bon Pasteur ne sont pas « du monde », selon la formule consacrée, mais ils restent par leurs activités pastorales « dans le monde ». Par le don d’eux-mêmes et la profession des conseils évangéliques, ils sont entièrement dévoués aux enfants qui leur sont confiés. À son successeur, saint Jean Bosco conseillait : « Fais-toi aimer ». C’est là notre ligne de conduite, notre pédagogie. Les Frères, par leur amabilité, leur disponibilité, leur détachement se font tout à tous, et les enfants le sentent bien. Le mérite des associations dont vous parlez est incontestable. Mais les Frères des Écoles du Bon Pasteur voudraient apporter, dans leur spécificité religieuse, un nouveau dynamisme spirituel, un contrepoison aux fausses valeurs que véhicule le monde contemporain.

 

Quelle formation reçoivent-ils et quels engagements prennent-ils ?

Leur formation s’échelonne sur trois années. Les deux premières années proposent une formation spéculative, sanctionnée par des examens. La troisième année est davantage pratique puisque les Frères des Écoles du Bon Pasteur reçoivent une affectation, après une nouvelle formation appropriée : direction d’un niveau (primaire, collège, lycée), encadrement des œuvres de jeunesse (camp, retraite, scoutisme, enfants de chœur…), activités artistiques ou manuelles. Quant à leur engagement, il se fait pour cinq ans au sein de l’IBP, après deux années de « noviciat ». Les Frères font alors des vœux de religion privés.

 

Pouvez-vous nous parler de la première œuvre de votre communauté, l’école de l’Angelus. Où est-elle située ? Que comptez-vous y faire ?

L’Angélus, située dans le Cher, non loin de Vierzon, est la maison mère des Frères des Écoles du Bon Pasteur. Elle est également, à titre expérimental, la maison de formation des frères coadjuteurs de l’IBP. En plus de sa vocation première, L’Angélus accueille dès novembre prochain des retraites spirituelles, notamment pour enfants et pour adolescents, selon une méthode que j’ai établie et expérimentée depuis quelques années. Nous avons également l’intention de mettre en place « les estivales de l’Angélus » à l’été 2010, afin de développer la formation religieuse des familles. Pour en revenir à sa raison d’être première, L’Angélus accueillera dès septembre 2010 ses premiers élèves, externes et internes, de l’école primaire jusqu’à la classe de Quatrième. Puis, Dieu aidant, nous ouvrirons chacune des années suivantes une nouvelle classe, jusqu’à la Terminale. Notre projet éducatif insiste sur un bon équilibre entre la formation intellectuelle dispensée selon les méthodes explicites (lecture syllabique, mathématiques et grammaire structurantes…) et les activités sportives, manuelles et artistiques, développées dans un cadre tout à fait propice. Un suivi individuel sera assuré par la mise en place d’études dirigées. Un dernier mot, sans doute attendu ? Il nous faut sauver L’Angelus en ayant payé 225 000 € avant le mois de juin 2010 sous peine d’être contraints de le rendre. Si 3 500 chrétiens versent seulement 10 € par mois, ou 120 € pour toute l’année, le projet deviendra réalité. À nous tous de jouer…

Propos recueillis par Dominique Molitor

 

Pour aider les frères : Comptabilité de l’Angelus - L’Angelus, 18 380 Presly.Libellez votre chèque à l’ordre de ASEC ou de IBP Angelus et vous recevrez un reçu fiscal pour déduire de vos impôts 66 % du montant de votre don.

NOS DEUX MOIS DE MAI

Le mois de mai est propice aux conflagrations sociales. Qu’en sera-t-il du cru 2010 ? Le mois d’avril, déjà, a été marqué par une grève des transports. Ce 12 mai, les enseignants ont à leur tour appelé à la grève pour protester contre les « coupes budgétaires » et les suppressions – ou plutôt les non-remplacements – de postes. Les syndicats fourbissent leurs mégaphones en prévision de la réforme annoncée des retraites, dont ils savent ne rien avoir à craindre puisque le président de la République a déjà fait savoir qu’on ne toucherait pas à l’essentiel – à savoir, à la sacro-sainte répartition. Et dans ce contexte, François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques pour trois ans, ce qui n’aura rien pour plaire aux fonctionnaires.
Les traditionnelles manifestations organisées par les syndicats le 1er mai n’ont, certes, pas attiré la foule des grands jours. Si les patrons des grandes confédérations voulaient en faire un test avant la réforme des retraites, c’est raté : à Paris, 45 000 personnes ont défilé – à peine le quart de ce que les cortèges avaient mobilisé l’an dernier. Encore s’agit-il du chiffre retenu par les organisateurs : la police, quant à elle, a compté 21 000 manifestants. Une gifle.
Or cette gifle arrive un mois et demi seulement après l’échec cuisant de la droite aux élections régionales et au moment où Nicolas Sarkozy s’enfonce dans les sondages. On aurait pu s’attendre à ce que les syndicats recueillent les fruits du désamour, surfent sur la victoire – certes relative, mais néanmoins… – de la gauche, rassemblent les mécontents.
C’est le contraire qui s’est produit. Bernard Thibault, François Chérèque, Jean-Claude Mailly peuvent se gratter la tête : le syndicalisme n’est pas moins en panne que la politique. La nouvelle n’est d’ailleurs pas bonne non plus pour les partis de gauche ; elle s’inscrit dans la logique qui a conduit la moitié du corps électoral à faire l’élection buissonnière au mois de mars.
Nous sommes entrés, semble-t-il, dans une période d’attente. Qu’attend-on ? La crise financière se rappelle au bon souvenir des peuples ; on se demande si d’autres Etats ne vont pas subir le sort de la Grèce, combien de temps tiendra l’euro et si le dernier plan de sauvetage suffira à éviter le pire ; aux grèves des bus caillassés dans les banlieues succèdent les débats sur la burqa et les affaires de polygamie ; l’enterrement du deuxième volet du Grenelle laisse indifférent le bon peuple, qui apprend que les avions ne volent plus pour cause d’éruption volcanique et que la première puissance du monde se montre impuissante à endiguer la marée noire géante qui menace ses côtes, faute de parvenir à fermer un puits sous-marin.
A la télévision, les Français regardent ces Grecs, dont l’Etat est acculé à la faillite par les spéculateurs et pour lesquels l’Europe entière est invitée à se serrer la ceinture, affronter durement la police parce qu’ils refusent, alors que leur pays est pratiquement en faillite, de perdre leurs 13e et 14e mois de salaire. Et si rien n’est fait, leur dit-on, le même sort menace l’Espagne, le Portugal, l’Irlande… Pourquoi pas, à terme, la France ? On a l’impression que le temps est suspendu en attendant de savoir dans quel sens penchera l’Histoire.
Dieu merci, le joli mois de mai est aussi celui de la Sainte Vierge. « C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau, A la Vierge chérie, disons un chant nouveau… » proclame un vieux cantique. Et le pape Jean Paul II déclarait en 1979 : « C'est en effet son mois. Le temps de l'Année liturgique et ce mois de mai nous invitent à ouvrir nos cœurs à Marie d'une façon toute spéciale. »
N’est-elle pas reine de France ?

Eric Letty

éditorial du n° 827 actuellement en kiosque (www.trouverlapresse.com)

Notre conviction

  • : La chrétienté n’est pas un idéal mort, que l’on ne retrouverait qu’en feuilletant des livres d’images aux couleurs jaunies par le temps. La chrétienté, ce n’est pas non plus un programme rêvé pour préparer des lendemains qui chantent. Nous ne sommes ni des nostalgiques ni des idéalistes. La chrétienté ce n’est pas hier ou demain, c’est aujourd’hui.
 
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